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Thomas Isidore Noël Sankara est né le 21 décembre 1949 à Yako en Haute-Volta, actuelle Burkina Faso, de Sambo Joseph Sankara et de Marguerite Sankara. Thomas Sankara est d’ethnie Silmimandé ou Peul-Mossi. Son père, Joseph Sankara, tirailleur voltaïque avait été fait prisonnier pendant la deuxième guerre mondiale et, né dans une famille musulmane, il s’est converti au catholicisme au cours de la guerre mondiale et a servi comme infirmier lors de cette guerre. Revenu au pays, il soignait gratuitement ses voisins et les notables de son quartier Paspanga et il contribuait au règlement des conflits de voisinage. Le 5 août 1960, la Haute-Volta obtient son indépendance et Maurice Yaméogo devient le premier Président du nouvel Etat. Maurice Yaméogo tente d’imposer l’ »Union démocratique voltaïque » (UDV) comme unique Parti politique en Haute Volta mais il n’y parvient pas et mène une politique d’austérité. Il diminue les salaires des fonctionnaires et augmente les impôts. Ces mesures entraînent des soulèvements et bien qu’ayant été réélu avec 99 % des voix, il démissionne le 3 janvier 1966. Le lieutenant-colonel Aboubacar Sangoulé Lamizana prend le pouvoir et instaure un pouvoir autoritaire également. Le nouvel homme fort de la Haute-Volta supprime les Partis politiques. A cette époque, Thomas Sankara fréquente l’école primaire et est enfant de cœur à l’Eglise catholique. Son père, sa mère et les prêtes espèrent le voir intégrer le séminaire mais il choisit le Lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso. Déjà à l’école primaire, Thomas Sankara prend conscience de l’injustice coloniale. En octobre 1966, il est admis à son « Brevet d’Etudes du premier Cycle » (BEPC) et à son concours d’entrée au « Prytanée Militaire du Kadiogo » (PMK) de Ouagadougou. Au PMK, son professeur Adama Touré, d’idéologie communiste, donne le goût de la politique à Thomas Sankara. Le 1er octobre 1969, après le Baccalauréat, Thomas Sankara part à Madagascar pour une formation d’Officier à l’ »Académie militaire d’Antsirabé » et de 1971 à 1972, il est témoin des soulèvements de la population Malgache contre le régime colonial. Rentré en Haute Volta en 1973, Thomas Sankara, Henri Zongo et Jean-Baptiste Lingani créent le « Rassemblement d’Officiers Communistes » (ROC) pour la formation des recrues des écoles militaires étrangères qui se trouvent être encore sous les ordres d’anciens officiers de l’Armée coloniale. Thomas Sankara est affecté le 19 mars 1974, à la « Compagnie de génie de Ouagadougou« . Une crise parlementaire en Haute Volta emmène le Chef de l’Etat, le lieutenant-colonel Aboubacar Sangoulé Lamizana à suspendre la Constitution et à dissoudre l’Assemblée nationale le 08 février 1974. Les 16 et 17 décembre 1974, un problème foncier engendre un affrontement entre le Mali et la Haute Volta et Thomas Sankara réussit avec ses hommes à faire une percée chez l’adversaire. En 1976, il est affecté au « Centre National d’Entraînement Commando » (CNEC) de Pô, dans la province du Nahouri, à 150 km au sud de la capitale. Thomas Sankara et Blaise Compaoré partent ensemble faire un stage au « Centre de Formation de Parachutistes » de Rabat au Maroc de janvier 1978 à mai 1978. Au Maroc, Thomas Sankara et Blaise Compaoré se lient d’amitié. Pour contenter son nouvel ami, Thomas Sankara fait une entorse à la procédure d’avancement au CNEC et demande à ses camarades, Henri Zongo, Boukary Kaboré, Jean-Baptiste Lingani et Abdul Salam, d’accepter que Blaise Compaoré saute des étapes dans sa promotion. En mai 1978, Blaise Compaoré devient l’adjoint de Thomas Sankara au sein du CNEC. Devenus plus que des amis, Blaise Compaoré est adopté par Joseph Sankara, le père de Thomas Sankara qui traite Blaise Compaoré comme son propre fils. Blaise Compaoré est l’invité des parents de Thomas Sankara, toutes les fois qu’il est de passage à Ouagadougou et l’on avance que :« Ses parents (Thomas Sankara) préféraient Blaise ! C’était dans nos coutumes. Ici quand vous avez un fils qui a un ami et que vous l’adoptez, c’est cet ami que vous considérez d’abord comme votre fils et votre propre fils vient après. C’est dans le sens sacré et noble.» Un ami d’enfance de Thomas Sankara nommé Fidèle Toe dit : « Quand Blaise Compaoré rentrait de Pô, c’est là (chez Thomas Sankara) qu’il dormait. » Le 21 juillet 1979, Thomas Sankara épouse Mariam Sérémé et le couple met au monde deux (2) enfants, Philippe Sankara né le 10 août 1981 et Auguste Sankara né le 21 septembre 1982. Le 25 novembre 1980, un coup d’Etat renverse le lieutenant-colonel Aboubacar Sangoulé Lamizana et porte au pouvoir, le Colonel Saye Zerbo qui dirige le « Comité militaire de Redressement pour le Progrès National » (CMRPN). Thomas Sankara est affecté à l’Etat-major, à la division opérationnelle en février 1981 et est promu Capitaine quand Blaise Compaoré est affecté au « Centre national d’Entraînement Commando de Pô. » Le 13 septembre 1981, le Capitaine Thomas Sankara accepte, presque sous la contrainte, d’être nommé Secrétaire d’Etat chargé de l’Information et pour la première réunion au Cabinet, il se rend au travail à vélo. En 1982, Blaise Compaoré part à Pau, en France pour affiner ses compétences d’Officier para et en cette même année 1982, il est promu Capitaine. Seulement huit (8) mois après sa nomination comme Secrétaire d’Etat chargé de l’Information, le Capitaine Thomas Sankara démissionne lorsque le droit de grève est supprimé par le nouveau régime. A la télévision, avant sa démission, il prononce cette phrase : « Malheur à ceux qui bâillonne le peuple». Le Capitaine Blaise Compaoré et Henri Zongo démissionnent également du « Comité militaire de Redressement pour le Progrès National » (CMRPN). Le 14 mai 1982, le Capitaine Thomas Sankara, le Capitaine Blaise Compaoré et Henri Zongo sont arrêtés et emprisonnés ; Le premier cité est emprisonné à Dédougou, le deuxième à Fara et le troisième à Ouahigouya. Le 7 novembre 1982, un autre coup d’Etat survient en Haute Volta et le Colonel Saye Zerbo est contraint de céder le pouvoir au « Conseil provisoire de Salut du Peuple » (CSP) dirigé par le médecin militaire Jean-Baptiste Ouédraogo. Des Observateurs voient la main du Capitaine Thomas Sankara dans ce coup d’Etat. Le 11 janvier 1983, le Capitaine Thomas Sankara est nommé Premier ministre et tout au long de son discours, l’on note le mot « Peuple« , cinquante neuf (59) fois. Le Capitaine Thomas Sankara effectue plusieurs voyages, dans les « pays dits du Tiers-monde » qui l’emmène au Niger, en Lybie et en Corée du Nord. Au « Sommet de New Delhi » du 7 mars au 13 mars 1983 des « Pays non-alignés« , il se fait remarquer par son discours en disant : « …Nous ne pourrons jamais mettre sur le même pied d’égalité celui qui opprime un peuple, le pille et le massacre quand il lutte pour sa libération et celui qui aide de façon désintéressées et constante ce peuple dans sa lutte de libération. Nous ne pouvons-nous tenir à équidistance de celui qui arme, fortifie, soutient diplomatiquement et économiquement une clique raciste qui assassine froidement et depuis des décennies tout un peuple et celui qui aide ce peuple à mettre une fin par les armes au régime raciste qui le massacre…» (Lire le discours entier ICI). Le Capitaine Thomas Sankara expose devant la face du monde, ses accointances avec des progressistes, des révolutionnaires et des personnes qui mènent la lutte anti-apartheid, Chris Hani et Winnie Mandela de l’Afrique du Sud ; Le Colonel Kadhafi de la Libye, Fidel Castro de Cuba, José Edouardo Dos Santos de l’Angola, Samora Machel du Mozambique, John Garang du Soudan, Samuel Nujoma dit Sam Nujoma de la Namibie… Un coup d’Etat contre le « Conseil provisoire de Salut du Peuple » (CSP) organisé par un groupe de militaires est déjoué le 28 février 1983. De même, les meetings de nature panafricaniste organisés par le Capitaine Thomas Sankara à Ouagadougou les 26 mars et 15 mai 1983 ne plaisent pas au Président Jean-Baptiste Ouédraogo. Effectuent une visite le 16 mai 1986 à Ouagadougou, M. Guy Penne, Conseiller du Président français François Mitterrand et Jean-Christophe Mitterrand, fils du Président français surnommé « Papamadit » pour son attitude à s’abriter derrière l’autorité de son père Président lorsqu’il commente la politique africaine. Le 17 mai 1983, à deux (2) heures du matin, sur instruction du Colonel Somé Yoriam Gabriel et sur accord du Président Jean Baptiste Ouédraogo, le Capitaine Jean Claude Kamboulé, Commandant de la division de blindés, encercle le domicile du Capitaine Thomas Sankara et l’arrête. Henri Zongo et Jean-Baptiste Lingani sont aussi arrêtés. Le Capitaine Blaise Compaoré prend la fuite, se réfugie à Pô au « Centre national d’Entraînement Commando » et organise la résistance. Le rapprochement entre la visite du Conseiller français à Ouagadougou et l’arrestation du Capitaine Thomas Sankara et ses camarades est dénoncé par la population. Des personnes bien introduites dans la sphère diplomatique française avancent que le Président français, par le biais de son Conseiller avait promis 22 milliards de Francs CFA, sans conditions à la Haute Volta après l’arrestation du Capitaine Thomas Sankara. Des manifestations de protestation pour exiger sa libération et celle de ses compagnons sont organisées les 20 et 21 mai 1983 à Ouagadougou par les lycéens, les membres du « Parti africain de l’Indépendance » (PAI) et l’ »Union des luttes Communistes Reconstruites » (ULCR). La réunion du « Conseil provisoire de Salut du Peuple » (CSP) tenue le 25 mai 1983 enregistre une grande fracture au sein de l’Armée et deux (2) jours après, le Président Jean-Baptiste Ouédraogo annonce la libération très prochaine des prisonniers politiques. Le Capitaine Thomas Sankara et Jean-Baptiste Lingani sont libérés et placés en résidence surveillée le 29 mai 1983. Bien qu’en résidence surveillée, le Capitaine Thomas Sankara, Jean-Baptiste Lingani et le Capitaine Blaise Compaoré font un coup d’Etat en juin 1983 avec le soutien des « Para-commandos de Pô« . Le Capitaine Blaise Compaoré exfiltre discrètement environ 5.000 jeunes du camp « Para-commandos de Pô » et la France informée de cette opération, livre cinq (5) tonnes d’armes au Président Jean-Baptiste Ouédarogo. Le 31 juillet et le 2 août 1983, le Capitaine Blaise Compaoré et son groupe annulent deux (2) assauts sur Ouagadougou mais donnent le top départ au petit matin du 4 août 1983. Les putschistes marchent sur Ouagadougou, tuent un automobiliste et prennent son véhicule. Le Président Jean-Baptiste Ouédraogo est arrêté et les armes livrées par la France sont confisqués par les assaillants. Après négociations entre les meneurs du coup d’Etat, le Capitaine Thomas Sankara prend les règnes du pouvoir et prononce à 22H45 du 4 août 1983, son premier discours radio-télévisé : « Peuple de Haute-Volta, aujourd’hui encore, les soldats, les sous-officiers de l’armée nationale et les forces paramilitaires se sont vus obligés d’intervenir dans des affaires de l’Etat pour rendre à notre pays son indépendance et sa liberté, et à notre peuple, sa dignité… ». Les 7 et 8 août 1983, dans une liasse populaire, le coup d’Etat est fêté mais le 9 août, le Colonel Somé Yoriam Gabriel, l’un des putschistes est assassiné. Le « Conseil National de la Révolution » (CNR) est mis en place et est composé de cinq (5) membres du Parti africain de l’Indépendance (PAI) et de trois (3) membres de l’ »Union des luttes Communistes Reconstruites » (ULCR). Quatre (4) militaires dont le Capitaine Thomas Sankara deviennent les Chefs de la Révolution et le nouveau Chef d’Etat utilise une petite Renault 5 pour ses déplacements. Il vend les voitures de luxe « Limousines » et « Catillacs » des anciens ministres et s’habille en tenues fabriquées en Haute Volta. Il demande à ses ministres de ne plus porter des vestes et leur demande de se vêtir en « Dan Fani« , un tissu en coton fabriqué en Haute Volta. Surnommé « Tom Sank » ou « Camarade Sankara » le Président Thomas Sankara cherche à transmettre son intégrité dans la gestion des affaires publiques à ses compatriotes et un journaliste dit : « Vous êtes un des Chefs d’Etat les plus pauvres du monde. » Avec les changements entrepris qui paraissent insignifiants, la Haute Volta réussit à réduire de manière spectaculaire le train de vie de l’Etat. Le Président Thomas Sankara déclare ses biens et exige de ses ministres qu’ils en fassent autant. Même pour changer sa vieille voiture de marque R5 devenue impraticable, le Chef de l’Etat burkinabè est confronté à un dilemme et son ami d’enfance, Fidèle Toe rapporte les propos de Thomas Sankara à cette époque : « (…) C’est un problème parce que cette voiture, je ne peux pas la vendre. Un président qui met sa voiture en vente, ça paraît ridicule. Mais si je me mets à acheter un véhicule, on va penser que j’ai volé, que j’ai puisé de l’argent dans les fonds de l’Etat (…) Est-ce qu’il faut que j’achète un véhicule d’occasion depuis un pays européen ? (…) Sincèrement, Fidèle, je ne trouve pas de solution (…) » Les voitures qu’il reçoit d’autres Chefs d’Etat comme celles offertes par le Guide libyen Mouammar Kadhafi, il les remet au responsable du parc autos de l’Etat. En janvier 1984, le Président burkinabè fait savoir au Guide libyen Mouammar Kadhafi qu’il n’apprécie pas son intervention au Tchad. Le 28 mai 1984, les révolutionnaires au pouvoir dénoncent un coup d’Etat manqué. La « Cour martiale révolutionnaire de Ouagadougou » rend sa décision le 11 juin 1984. Il s’agit de ces sept (7) personnes ci-après déclarées coupables et sanctionnées de la peine de mort par exécution : 01°) le Colonel Didier Tiendrebeogo ; 02°) le Lieutenant Moumouni Ouedraogo ; 03°) le Lieutenant Maurice Ouédraogo ; 04°) Monsieur Adama Ouédraogo, homme d’affaires à Ouagadougou ; 05°) le Major de Gendarmerie, Barnabé Kaboré ; 06°) le Sergent Moussa Kaboré ; 07°) le Pilote Issa Anatole Tiendrebeogo. Ces sept (7) condamnés à la peine de mort par exécution sont immédiatement fusillés. Cinq (5) personnes sont condamnées à des peines de travaux forcés : 01°) Monsieur Paul Rouamba, condamné à perpétuité ; 02°) le Lieutenant Tapsoba Boukari, condamné à trente deux (32) ans de prison ; 03°) Monsieur Salvatogo Stitongo, électricien, condamné à vingt-et-un (21) ans de prison ; 04°) le soldat Amboise Norgo, condamné à dix-sept (17) ans de prison ; 05°) le Commandant de gendarmerie, Barthélémy Kaboré condamné à quinze (15) ans de prison. Quatorze (14) personnes sont acquittées. Jonas Hien, confident du père du Capitaine Thomas Sankara, Joseph Sankara, rapporte ce que le Capitaine a confié à son père par rapport à la fusillade des sept (7) accusés : « (…) Mais je me rappelle qu’il est venu par deux fois et a demandé à me parler à huis clos. La première fois c’était en 1984, un an seulement après leur prise du pouvoir. Cette année-là, il y avait eu une tentative de coup d’Etat qui a valu l’exécution physique de sept personnes accusées, si je me rappelle bien du nombre. C’est après l’exécution de ces personnes qu’il est venu me voir. Quand nous nous sommes assis à deux, il m’a demandé si j’ai appris qu’ils ont tué des gens pour tentative de coup d’Etat. J’ai répondu par l’affirmative. Il m’a dit que c’est de ça qu’il voulait me parler. Il m’a dit qu’il ne comprenait rien dans cette affaire ; qu’on lui a dit qu’ils ont tenté de renverser le régime mais lui il ne croit pas en cette histoire. Thomas a failli pleurer ce jour-là quand il me parlait. Il m’a dit qu’il ne voulait pas qu’un jour ses parents aient des problèmes quand il ne sera plus président parce que quand il l’était il a tué les parents des gens. Que c’est pourquoi il voulait que je sache que ce n’est pas lui qui a ordonné l’exécution de ces gens. Il m’a dit qu’il n’arrivait pas à dormir avec cette affaire, même s’il allait dans le même sens que ses camarades. Je lui ai dit que j’avais bien compris et qu’il devait assumer. Comme c’était lui le président, il fallait qu’il accepte que c’était lui. Je lui ai conseillé de ne plus le dire à quelqu’un d’autre et qu’il devait continuer d’aller dans le même sens que ses camarades d’armes. Je l’ai rassuré que si demain j’avais des ennuis avec les parents de ces personnes exécutées, je ne ferais que demander pardon. Et si je ne suis pas compris, je ne peux pas dire aussi que mon fils n’a rien fait contre leurs parents. Je ne ferai que continuer à demander pardon. C’est ce jour-là que j’ai profité lui donner quelques conseils pour remonter son moral. (…)» Le 4 août 1984, au premier anniversaire de la révolution, le Président Thomas Sankara change le nom du pays qui passe de « Haute Volta » en « Burkina Faso« qui signifie « Pays des hommes intègres.« Le 19 septembre 1984, le Président fait passer les frais de scolarité du primaire de 10.000 FCFA à 4.000 FCFA et de 85.000 FCFA à 45.000 FCFA pour le secondaire. Il rend les logements gratuits pour l’année 1985. Le Président Thomas Sankara mène la lutte contre l’excision, réglemente la polygamie et améliore les conditions de vie des femmes et pour ce faire, il oblige les maris à connaître le prix des condiments pour ne plus imposer des sommes dérisoires à leurs femmes. Ainsi, une » journée des maris au marché » est organisée le 22 septembre 1984 car pour, il est primordial d’appliquer son slogan qui est : « Deux (2) repas et 10 litres d’eau pour tous et tous les jours. » Le Burkina Faso devient effectivement auto-suffisant en matière alimentaire. Avec le soutien de la population et sans aucune aide extérieure, le régime du Président Thomas Sankara parvient à faire passer le taux de scolarisation de 16,5 % en 1983 à 24 % durant son mandat, suivant les statistiques de l’UNICEF. Le taux des enseignants passe à 16 %. L’énergie du Burkina Faso provient désormais du bois à 94 % et pour lutter contre l’avancée du Sahel, chaque famille est tenue de planter 100 arbres par an et ainsi, dix millions d’arbres ont pu être plantés en quinze (15) mois. Le Président Thomas Sankara axe sa politique sur le social et le bien-être de la population burkinabée. Cependant, lorsqu’il réduit les indemnités des fonctionnaires de 25 % à 50 % ; Supprime les enveloppes spéciales pour les frais de mission; Met fin à l’impôt de capitation et met en prison quelques opposants, ces mesures le rendent impopulaire. Certains burkinabés reprochent au Président Thomas Sankara la rapidité avec laquelle il opère les changements de mentalités ; Ce qui conduit à des trahisons et des incompréhensions. Surtout que les Institutions contre la corruption font du zèle et cela fâche des fonctionnaires. A la 39ème Assemblée générale de l’ONU du 4 octobre 1984, le Président Thomas Sankara dit : « Notre révolution au Burkina Faso est ouverte aux malheurs de tous les peuples. Elle s’inspire aussi de toutes les expériences des hommes depuis le premier souffle de l’Humanité. Nous voulons être les héritiers de toutes les révolutions du monde, de toutes les luttes de libération des peuples du Tiers Monde. Nous sommes à l’écoute des grands bouleversements qui ont transformé le monde. Nous tirons des leçons de la révolution américaine, les leçons de sa victoire contre la domination coloniale et les conséquences de cette victoire. » (Lire le discours entier ICI) Le 29 juin 1985, le Capitaine Blaise Compaoré prend pour épouse Chantal Terrasson de Fougères, une franco-Ivoirienne proche du Président ivoirien Félix Houphouët-Boigny. Au 4ème anniversaire de la révolution, en 1987, l’amitié entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré s’est considérablement effritée. Le Président Thomas Sankara en reconnaissant la réussite de la révolution déclare néanmoins qu’elle est entachée d’erreurs et de tâtonnements. Pour lui, si le peuple l’a suivi jusqu’alors, il se doit de faire une pause et il dit : « Il vaut mieux faire un pas avec le peuple que cent pas sans le peuple. » et ajoute qu’il est important de créer les conditions d’un adoucissement politique. Lorsque le Capitaine Thomas Sankara invite le Guide libyen Mouammar Kadhafi à Ouagadougou, les puissances étrangères n’apprécient pas cette politesse mais, le 09 décembre 1985, le Guide libyen effectue une visite de soixante-douze (72) heures à Ouagadougou et est accueilli à sa descente d’avion par le Capitaine Thomas Sankara. De plus, le Capitaine Thomas Sankara rend hommage, le 31 octobre 1986, au nationaliste mozambicain Samora Machel, tué dans un crash d’avion provoqué le dimanche 19 octobre 1986 : « Camarades militantes et militants, il ne s’agit pas aujourd’hui pour nous de pleurer mais d’avoir une attitude révolutionnaire face à cette situation tragique que provoque en nous la disparition de Samora Machel (…) Il ne s’agit pas pour nous de pleurer non plus, pour ne pas nous confondre avec tous ces hypocrites, ces crocodiles et ces chiens qui ici et ailleurs font croire que la mort de Samora Machel provoque en eux la tristesse…» (Lire le discours entier ICI) Le 29 juillet 1987 au 25ème Sommet des membres de l’OUA, le Président Thomas Sankara tient le discours ci-après, où il invite les autres Chefs d’Etat africains à ne plus payer les dettes contractées auprès des Occidentaux : « …Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n’avons pas de quoi payer. Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous ne sommes pas responsables de la dette. Nous ne pouvons pas payer la dette parce qu’au contraire les autres nous doivent ce que les plus grandes richesses ne pourront jamais payer, c’est-à-dire la dette de sang. C’est notre sang qui a été versé. Qui ici ne souhaite pas que la dette soit purement et simplement effacée. Celui qui ne le souhaite pas, il peut sortir, prendre son avion et aller tout de suite à la banque mondiale payer. Nous tous le souhaitons. (Rires et applaudissements) (…) Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serais pas là à la prochaine conférence… » (Lire le discours entier ICI) Les demandes de sacrifice du Président Thomas Sankara à son peuple créé le mécontentement de certains burkinabés y compris ses propres collaborateurs dont le Capitaine Blaise Compaoré. Les tenants du pouvoir veulent jouir du prestige de leurs positions. Basile Laetare Guissou, ministre de l’Information dit ce que le Président Thomas Sankara a déclaré lors d’un Conseil des ministres : « J’empêche les gens de manger. Ils veulent manger… Mais il faudra me tuer avant de manger. » La révolution se trouve donc être divisée entre « Pro-Sankara » et « Pro-Compaoré« et le ministre Guissou de l’affirmer : « C’est difficile à expliciter. C’était par les non-dits plutôt que par les dits. Mais tout le monde sentait qu’il y avait un malaise. Ce n’était pas comme au départ où il y avait l’enthousiasme. L’atmosphère était vraiment malsaine. » Le climat entre le Président Thomas Sankara et le Capitaine Blaise Compaoré devient pesant en cette année 1987 et Maître Apollinaire Kyélem, avocat au Barreau du Burkina et Directeur du « Centre de recherches internationales et stratégiques » (CRIS) dans son livre expose : « Thomas Sankara et la Révolution au Burkina Faso – Une expérience de développement autocentré » écrit : «(…) Le Président Sankara a échappé à plus de cinq tentatives d’assassinat (…) Avant le 15 octobre 1987, plusieurs tentatives d’assassinat de Sankara avaient été planifiées, puis reportées pour des raisons d’opportunité. L’une d’elles était prévue pour se dérouler pendant les cérémonies du 4 août 1987 à Bobo Dioulasso. Sous prétexte d’assurer la sécurité des manifestations, Blaise Compaoré y avait fait transporter beaucoup de soldats de Pô. Flairant un piège, Sankara fit suivre les hommes de Pô par ceux du Bataillon d’intervention aéroporté (B.I.A) de Koudougou du Capitaine Boukary Kaboré. La tentative échoua… » Début octobre 1987, le Président Thomas Sankara et le Capitaine Blaise Compaoré ne se parlent pratiquement plus. Des personnes avisées avaient déjà constaté des signes de changement chez le Capitaine Blaise Compaoré depuis son mariage avec Chantal Terrasson de Fougères. Le Chef des « Comités de défense de la Révolution » (CDR), le Capitaine Pierre Ouédraogo le confirme : « C’est après ce mariage qu’on a commencé à voir quelques « signes d’embourgeoisement » dans le langage de l’époque. Blaise a commencé à avoir un niveau de vie avec le confort autour qui avait changé. Blaise Compaoré, on le connaissait très bien. Quand on allait chez lui à Pô, par exemple, les verres, il n’y en avait pas deux qui se ressemblaient. C’était tellement rustique… que ce changement m’a paru quelque chose de significatif […] Quelque chose était en train de changer. » Mariam Sankara, l’épouse du Capitaine Thomas Sankara donne son point de vue sur leurs Germaine Pitroipa, Haut-commissaire de la province du Kouritenga de 1984 à 1986 déclare : « Thomas Sankara rêvait avec passion pour le peuple burkinabè alors que Blaise n’avait pas les mêmes ambitions (…) Thomas connaissait la profondeur du peuple burkinabé et il avait l’âme du peuple. Blaise n’était pas un révolutionnaire. La première fois que j’ai vu Blaise j’ai dit à Valère Somé (ancien ministre et ami de Sankara) que celui-là ne pouvait pas être révolutionnaire parce qu’il portait une Rolex en 1982. On ne nait pas révolutionnaire on le devient mais le comportement de Blaise ne présageait pas qu’il pouvait devenir révolutionnaire. Mais Sankara nous assurait qu’il pouvait répondre de lui (…) » L’ancien conseiller en communication du Capitaine Thomas Sankara, Serge Théophile Balima dit : « Sur le plan idéologique et politique, les deux conceptions n’étaient plus les mêmes. Thomas Sankara était plutôt assez doctrinaire, intransigeant sur les questions idéologiques alors que Blaise Compaoré, peut-être par réalisme, par realpolitik, était plus conciliant, plus axé vers le compromis (…) Sur le plan social, Thomas Sankara était plutôt axé sur la remise en cause de l’ordre établi à tel point que la chefferie coutumière, ce qu’on appelle les chefs traditionnels, les hiérarchies religieuses, il avait tendance à les remettre en cause et à les qualifier de parasitaires (…) Au contraire, Blaise Compaoré était chargé de dialoguer avec ces forces dites féodales et religieuses, il était beaucoup plus conciliant.» En ville, des tracts sont distribués dans les rues pour dénoncer la direction prise par la Révolution. Les messages véhiculés discréditent le Président Thomas Sankara. L’atmosphère est explosive au Burkina Faso et l’aide de camp du Président Thomas Sankara, Étienne Zongo dit avoir reçu un appel téléphonique d’un journaliste parisien le 8 octobre 1987 qui lui a dit : « On me dit que Thomas a été assassiné. » L’entourage du Président Thomas Sankara le met en garde contre un coup du Capitaine Blaise Compaoré mais comptant sur la forte amitié qui les lie, le Président burkinabè Thomas Sankara ne veut pas croire à une trahison venant de lui et dit à un journaliste : « Le jour que vous entendrez que Blaise Compaoré prépare un coup d’Etat contre moi, ce n’est pas la peine de me prévenir. Car, ce serait trop tard. » Le Président burkinabè ajoute, lors d’une interview : « Je me retrouve un peu comme un cycliste qui grimpe une pente raide et qui a, à gauche et à droite, deux précipices (…) Pour rester moi-même, pour me sentir moi-même, je suis obligé de continuer sur cette lancée. » Mariam Sankara dit : « …Il évitait le sujet ; il ne voulait pas m’effrayer mais on sentait que tout n’était pas parfait entre les hauts dirigeants. Chaque fois que je revenais de la ville avec une information alarmante, il me rassurait en disant qu’ils réussiront à surmonter la situation. Car pour lui, la révolution, l’intérêt du peuple était au-delà de tout. Il me disait que Blaise était manipulé par des déviationnistes de la révolution, mais qu’il finirait par s’en rendre compte. Il se démarquera d’eux et reviendra sur les voies de la révolution (…) Des responsables de sa sécurité m’en ont parlé, mais ils avaient du mal à le lui faire accepter ; sans doute savait-il qu’il ne pouvait rien faire pour arrêter ce qui allait se passer. A certaines personnes comme Jean Ziegler, il a confié que «si Blaise veut m’éliminer, on ne pourra rien y faire» (…) Il pensait que la découverte des intentions de Blaise le conduirait à renoncer à ses projets. A la sortie d’une de leur réunion du CNR (Conseil National de la Révolution), il m’a confié qu’il craignait que Blaise se suicide parce que certains militaires ont dévoilé son manège…» Le mercredi 14 octobre 1987, se sentant certainement en danger, le Président Thomas Sankara en Conseil des ministres propose un projet de loi portant création de la « Force d’Intervention du Ministère de l’Administration Territoriale et de la Sécurité » (FIMATS), une brigade anti-putsch confiée au franco-burkinabè Vincent Askia Sigué, l’homme sûr du Président Thomas Sankara. La FIMATS devient une seconde Force aux côtés des Paras commandos de Pô, principale force d’intervention dirigée par le Capitaine Blaise Compaoré. La FIMATS doit veiller à la préservation des acquis de la révolution ; à la sécurité des dirigeants et à la protection des points sensibles. Le Capitaine Blaise Compaoré furieux, s’oppose à la création de la FIMATS et absent lors de l’adoption de cette loi, se pose ces questions: « Que doit être cette FIMATS ? Une police politique ? Une milice ? » Les partisans du Capitaine Blaise Compaoré jugent inopportune l’instauration d’une telle Force alors que la tension est déjà élevée et l’adoption de cette loi ressemble à l’attaque d’un camp contre l’autre, selon eux. Lorsque le ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité, Nongma Ernest Ouédraogo plaisante en disant lors de ce Conseil des ministres du mercredi 14 octobre 1987 : « Pendant longtemps, nous nous sommes occupés de nos ennemis, maintenant nous allons nous occuper de nos amis », la blague ne passe pas et elle est mal perçue par les hommes du Capitaine Blaise Compaoré. Pendant ce Conseil des ministres, informé de la distribution de tracts en ville, le dénigrant, le Président Thomas Sankara, pour détendre l’atmosphère dit : « On dit que j’ai tiré sur le commandant Lingani, on dit que j’ai tiré sur le capitaine Henri Zongo (un membre de la révolution présent au Conseil des ministres) et que je l’ai raté. Si j’attrape ces gens, je porte plainte contre eux. Penser que je puisse tirer sur un ami et le rater en plus, c’est-à-dire que je suis maladroit. C’est une insulte à mon adresse! (…) » et il rassure ses collaborateurs : « Les choses sont en train de se calmer. Tout est entré dans l’ordre. Nous nous sommes vus et nous allons repartir de plus belle ensemble. » L’ami d’enfance du Président Thomas Sankara, Fidèle Toe, ministre du Travail dit : « Moi en tout cas, je me suis senti soulagé et j’ai raconté l’anecdote autour de moi. Vous imaginez ma surprise le lendemain. » Le lendemain, jeudi 15 octobre 1987, le Président Thomas Sankara est assassiné. Ce jeudi 15 octobre 1987, le Chef d’Etat burkinabè Thomas Sankara est présent à une réunion avec ses Conseillers notamment, l’adjudant Christophe Saba, Frédéric Kiemdé, Paulin Bamouni Babou, Bonaventure Compaoré, Patrice Zagré et Alouna Traoré… au « Conseil de l’Entente » de Ouagadougou, Etat-major du Conseil national de la Révolution, situé entre les ministères et la Présidence. Un groupe de soldats « Para-Commandos » fait irruption au « Conseil de l’entente » et tire dans tous les sens. Le Président Thomas Sankara entend des crépitements d’armes et dit à ses Conseillers : « Restez-là, c’est moi qu’ils veulent ! », vêtu ce jour d’une tenue de sport, il se précipite dehors, les mains levées mais il est fauché à l’arme automatique avec une quinzaine de balles à feu. Le leader burkinabé, Thomas Sankara est assassiné à l’âge de trente sept (37) ans, deux (2) mois et demi seulement après son discours d’Addis-Abeba où il recommandait aux Chefs d’Etat africains à refuser d’honorer les dettes contractées auprès des Occidentaux. Tous ses gardes et Conseillers sont tués en même temps que lui, au total treize (13) personnes. Les assassins les enterrent à la hâte, la même nuit, au cimetière d’un quartier de l’Est de Ouagadougou appelé Dagnoen lieu devenu un endroit de pèlerinage pour beaucoup d’africains chaque 18 octobre. Le seul survivant de la tuerie, Alouna Traoré qui dit ne plus avoir peur de parler, ceci après la chute du pouvoir de l’ex-Président Blaise Compaoré dit : « Sankara arrive à 16 h 30 à bord de sa 205, escorté par cinq gardes du corps. À 16 h 35, il s’assoit à la table. Alouna Traoré prend la parole. Mais un bruit de pot d’échappement couvre sa voix. Puis le vacarme des kalachnikovs. Les sept hommes s’aplatissent au sol. Ils ne le savent pas encore, mais dehors, la garde rapprochée du président a été liquidée. « Sortez ! » entendent-ils. Sankara se lève. « Restez ! C’est moi qu’ils veulent. » Nouvelle rafale. « Il avait à peine franchi la porte de la villa, les mains en l’air, qu’il a été canardé. Puis on est sorti, et on nous a tiré dessus»». Au total, treize corps obstruent l’entrée de la villa ce 15 octobre à 16 h 45. Ils seront enterrés à la va-vite, comme des chiens, une fois l’obscurité tombée. » Vincent Askia Sigué, l’homme de main du Capitaine Thomas Sankara est tué le 17 octobre 1987 lorsqu’il essayait de fuir vers le Ghana. Boukari Kaboré dit le Lion évoque l’une de ses dernières discussions avec le Président Thomas Sankara : « Pour impliquer tout le monde dans la sécurité de l’État, on avait demandé à la 5e région militaire commandée par Blaise Compaoré de se déporter sur Diébougou pour sécuriser la frontière. Ce qu’il n’a jamais fait. Compte tenu de la situation de l’époque, j’avais proposé au président Thomas Sankara d’arrêter Blaise Compaoré. Il a catégoriquement refusé, en disant que nous ne devions pas trahir l’amitié. Je lui ai dit que s’il mourait, la révolution allait mourir en même temps : lui était convaincu que la révolution n’allait pas mourir. » Le même jour de l’assassinat du nationaliste Thomas Sankara, le 15 octobre 1987, le Capitaine Blaise Compaoré devient le Président du Burkina Faso. Plus tard, Blandine Sankara, la petite sœur du leader, Agroécologiste de profession, accorde une interview au Journal « Le Pays » en 2009 et explique comment la famille Sankara a reçu l’information de l’assassinat du Capitaine Thomas Sankara : « (…) Et puis à 16h, on a entendu des coups de feu. (…) Je me rappelle que, comme tout le monde ce jour-là, on s’est enfermé. On n’écoutait pas du tout la radio ; c’était le silence absolu. On ne comprenait pas ce qui se passait dehors. Nous sommes restés dans cette situation jusqu’au lendemain 16 octobre. Et à la première heure ce jour-là, il y avait déjà beaucoup de monde dans la cour familiale. Nous n’étions toujours pas informés de ce qui était arrivé à notre frère. C’est… »(Voir l’interview entière à la page du présent ouvrage). Même si les auteurs de l’assassinat du leader africain Thomas Sankara et ses compagnons demeurent inconnus, la veuve Sankara Mariam et les proches des personnes assassinées désignent le Capitaine Blaise Compaoré, les autorités françaises et le Président ivoirien Félix-Houphouët Boigny comme les vrais commanditaires de ces assassinats. Le 16 octobre 1987, trois (3) militaires burkinabés témoins du coup d’État affirment dans un procès-verbal, qu’une équipe de spécialistes français est venue pour faire le ménage afin de ne pas incriminer les personnes soupçonnées d’être à la base des tueries. L’un des militaires dit : « Dès le lendemain, le 16 octobre 1987, Jean-Pierre Palm (un des hommes de Compaoré) est venu, accompagné d’un Blanc qui serait un technicien plus un autre qui serait un capitaine français dénommé Baril (…). Notre chef de service aurait déploré qu’on emmène ces Français inspecter notre service et nos installations qui avaient été équipés par des Soviétiques et le personnel formé par les Russes, les Algériens et les Cubains (…) » et un autre déclare : « Comme l’exige la procédure nous avons pris les archives d’écoute concernant Blaise Compaoré et Jean-Pierre Palm que nous nous sommes partagées (pour) procéder à leur destruction. Ce dernier en personne est venu dans notre service, accompagné de Français, avant même de prendre le commandement, à la recherche des preuves qu’il était sur écoute. » Le troisième militaire dit : « Notre chef, le lieutenant Tibo, passait nous encourager. Jusqu’au jour où le capitaine Jean-Pierre Palm est venu dans notre bureau avec des Blancs, probablement des Français. Un d’entre eux a dit au capitaine Jean-Pierre de m’arrêter. » L’homme de main du Capitaine Blaise Compaoré, Jean-Pierre Palm atteste les dires des trois (3) militaires en déclarant : « C’est une mission française qui était là et qui demandait à faire le point des matériels des forces armées. Ils étaient à la gendarmerie et dans d’autres corps je pense. C’est la présidence (burkinabè) qui les avait envoyés, à la gendarmerie, et ils sont venus me rencontrer. Ils se sont intéressés aux transmissions. » L’aide de camp du Capitaine Thomas Sankara, Étienne Zongo révèle qu’une personne proche de son leader Thomas Sankara nommé Bossobé Traoré qui avait infiltré l’équipe de Diendéré, un proche du Capitaine Blaise Compaoré a entendu le Capitaine Blaise Compaoré dire : « qu’il fallait agir avant le 18 octobre, jour du début du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO), et que l’ordre était bien de l’exécuter. » Le 20 octobre 1987, sur la « Radio France Internationale » (RFI), le Président Blaise Compaoré incrimine le Capitaine Thomas Sankara et dit: « Je reproche à Thomas Sankara d’avoir par moment méprisé son peuple. » Le 4 novembre 1987, le Président Blaise Compaoré accorde un entretien au magazine « Jeune Afrique » et dit : « Nous avons essayé de l’épauler au maximum mais son entourage l’a beaucoup influencé. Nous aurions pu concilier nos positions sur l’avenir du pays mais c’est le débat qui a manqué : ou plutôt le refus du débat a conduit au dénouement dramatique que nous avons connu. Thomas a incarné, à un moment de sa vie, l’espoir de notre peuple. Par manque de modestie il n’a pas su combler cet espoir (…) » Mariam Sankara quitte précipitamment le Burkina Faso avec ses deux (2) garçons et s’exile pendant un (1) an au Gabon où elle bénéficie de la nationalité gabonaise offerte par le Président Omar Bongo. La famille Sankara part ensuite à Montpellier en France et y reste pendant vingt sept (27) ans. Mariam Sankara se confie au journal « Le Monde » dans une interview qui raconte comment elle a quitté le Burkina Faso juste après l’assassinat du Capitaine Thomas Sankara : « Les gens avaient peur de parler du Président Sankara : tout était fait pour effacer son image. C’était une époque de répression, d’intimidation. Elle reçoit même des menaces de mort. Les hommes de «Blaise» viennent fouiller sa maison. Embarquent les documents administratifs. La jeune veuve se retrouve sans papiers, sans appuis, prisonnière dans son propre pays. C’est finalement l’ancien Président du Gabon Omar Bongo, dont un frère était ami de son mari depuis un stage militaire en France, qui parvient à lui faire quitter le pays. Elle vit un an au Gabon, en obtient la nationalité, puis s’exile à Montpellier avec ses deux fils, pour poursuivre ses études en développement rural. » Mariam Sankara dit : « En France, nous avons vécu dans l’anonymat total. Comme tout immigré. Nos voisins ne savaient pas qui nous étions. Aux yeux de la France, je suis Gabonaise.» Beaucoup de personnes ne comprennent pas l’objectif de cet assassinat et Fidèle Kientega donne des explications : « Thomas lui (Blaise Compaoré) faisait confiance de façon absolue (…) Ils se voyaient tous les jours et quand Thomas n’était pas là, c’est Blaise qui venait le remplacer dans son bureau, sur le fauteuil présidentiel. Il présidait les réunions et prenait les décisions. » Un autre compagnon de Thomas Sankara, Fidèle Toe, confirme le lien fort d’amitié entre le Capitaine Blaise Compaoré et le Capitaine Thomas Sankara : « Thomas louait une maison – qui se trouvait à Samandin, trois pièces, un salon, une cuisine. Blaise avait sa chambre là-bas. Nous nous retrouvions certains soirs avec Mariam. On buvait un peu de bière. Mais Thomas Sankara était toujours avec son Fanta coupé avec de l’eau car c’était trop sucré. Il ne buvait ni alcool, ni café. Du reste, je sais très bien que, quand on était au lycée, c’est moi qui buvais son café au lait. Thomas ne voulait pas boire de café, parce qu’on disait que ça faisait trembler les mains et lui voulait avoir une main sûre pour être adroit (…) Nous parlions du monde, de la politique. D’autres amis venaient aussi comme feu le professeur Somé Valère. Blaise était là et personne ne pouvait soupçonner que Blaise un jour pouvait se retourner contre Thomas Sankara. » Le certificat de décès, établi le 17 janvier 1988 mentionne ceci : « Sankara Thomas Isidore Noël, né le 21 décembre 1949 à Yako, Passoré à Ouagadougou, est décédé le 15 octobre 1987, à 16h30 de mort naturelle.» Le 18 septembre 1989, accusés de complot contre le Président Blaise Compaoré, Henri Zongo et Les quatre (4) révolutionnaires qui ont fait le coup d’Etat du 4 août 1983 au Burkina Faso, le Capitaine Thomas Sankara, le Capitaine Blaise Comapaoré, le Capitaine Henri Zongo et le Commandant Jean Baptiste Lingani, trois (3) des quatre (4) révolutionnaires ont été assassinés et le seul survivant à ce jour est l’ex-Président Blaise Compaoré. Mariam Sankara se bat depuis 1987 pour connaître les raisons pour lesquelles son époux a été assassiné et le lieu où se trouve sa dépouille. La famille Sankara qui met en cause le Président Blaise Compaoré a entamé une procédure judiciaire en 1997 au Burkina Faso par l’intermédiaire de la « Campagne Internationale Justice pour Sankara » (CIJS). Le Président Blaise Compaoré affirme ne pas être impliqué dans sa mort et déclare que le Capitaine Thomas Sankara avait prévu le tuer. Déboutée à tous les niveaux par l’appareil judiciaire du Burkina Faso sous le Président Blaise Compaoré, la CIJS saisit le « Comité des Droits de l’Homme de l’ONU » en 2002. En 2006, le « Comité des Droits de l’Homme de l’ONU » rend un verdict en faveur de la famille Sankara en prescrivant : « Le refus de mener une enquête sur la mort de Thomas Sankara, la non-reconnaissance officielle du lieu de sa dépouille, et la non-rectification de l’acte de décès, qui faisait mention d’une mort naturelle, constituaient un traitement inhumain à l’égard de Mme Sankara et ses fils. » Le père du Capitaine Thomas Sankara décède le 4 août 2006 à la clinique Saint Jean de Ouagadougou et M. Jonas Hien, confident du père Sankara rapporte dans la presse, le 2 septembre 2006, quelques conversations qu’il a eues avec le père Joseph Sankara. (Voir les déclarations entières à la fin du présent article). En 2007, pour la première fois, Mariam Sankara, en exil en Europe depuis 1987 se rend au Burkina Faso pour se recueillir sur la tombe présumée de son époux. Le « Comité des Droits de l’Homme de l’ONU » demande aux autorités du Burkina Faso de faire la lumière sur l’assassinat de Thomas Sankara et exige que la preuve du sépulcre de Sankara soit donnée. Le 21 octobre 2010, les ayants droit du Capitaine Thomas Sankara introduisent une requête pour demander une expertise de sa dépouille et son identification. La décision reportée au mercredi 5 mars 2014 par les juges de la Chambre civile du Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou est reportée à nouveau au mercredi 2 avril 2014 pour complément de nouvelles pièces, notamment : 01°) l’Ordonnance rendue par le juge d’instruction en 1998 ; 02°) l’Arrêt n°14 de la Cour d’appel de Ouagadougou rendu le 26 janvier 2000 ; 03°) le recours de l’Etat burkinabè en date du 30 juin 2006 ; 04°) la décision du Comité interne, la recommandation ; 05°) et le rapport général du rapporteur de la 92ème session du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU. Maître Bénéwendé Stanislas Sankara, avocat de la famille Sankara qui, bien que portant le même nom que les Sankara n’est pas un membre de cette famille et exprime son mécontentement : « Ce n’est que du dilatoire (…) Rien n’est sûr que le 2 avril verra une décision sur cette affaire qui dure depuis plusieurs années. » Le mercredi 2 avril 2014, le délibéré de la décision d’exhumation de la dépouille du Capitane Thomas Sankara pour des tests d’ADN est reportée au mercredi 30 avril 2014 et Maître Bénéwendé Stanislas Sankara confie : « Je suis confiant sur la suite de l’affaire… Cet autre renvoi du délibéré, permettra au tribunal d’étudier les pièces obtenues. » Le vendredi 31 octobre 2014, des émeutes éclatent au Burkina Faso et après vingt sept (27) ans de règne, le Président Blaise Compaoré est contraint d’abandonner le pouvoir. Face à l’insurrection populaire, la France aide l’ex-Président Blaise Compaoré et sa famille à quitter le Burkina Faso pour se réfugier en Côte d’Ivoire, avec l’accord du Président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara. En mars 2015, le nouveau Président Michel Kafando promet que : « Justice serait rendue dans l’affaire de la mort du Capitaine Thomas Sankara » et début avril 2015, le juge d’instruction militaire préalablement saisit, met la tombe du Capitaine Thomas Sankara sous scellé et le jeudi 14 mai 2015, Mariam Sankara est accueillie triomphalement par des milliers de personnes à l’aéroport de Ouagadougou et elle exprime sa joie : « J’ai trouvé l’accueil très émouvant : j’ai vu une foule immense. Les gens criaient « Sankara! Sankara! » alors que beaucoup n’étaient même pas nés quand mon mari est mort. Des jeunes qui n’avaient connu que Blaise» Depuis 1987 où son mari a été assassiné, Mariam Sankara n’a foulé le sol du Burkina Faso que deux fois, en 2007 pour participer à la commémoration des vingt (20) ans de l’assassinat de son époux et ce jeudi 14 mai 2015, de son arrivée. Le lundi 18 mai 2015, Mariam Sankara est auditionnée pour la première fois par un juge et l’audition dure plus de huit (8) heures. Le lundi 25 mai 2015, dans le cimetière de Dagnoën, les exhumations des restes des personnes assassinées débutent sous la direction de trois (3) médecins, un français et deux (2) burkinabé et en présence du Commissaire du gouvernement et d’un juge d’instruction. Le mardi 26 mai 2015, des ossements sont exhumés de la tombe supposée du Capitaine Thomas Sankara et l’avocat de la famille Sankara, Maître Bénéwendé Stanislas Sankara, présent pendant l’opération d’exhumation se prononce : « Je peux certifier que dans la tombe supposée être celle de Thomas Sankara, des restes ont été exhumés. En tant qu’avocat représentant la famille, nous avons constaté aux environs de 8h35, à 45 cm de profondeur les premiers ossements…Les restes qui ont été retirés de la poussière, sont constitués de quelques ossements, de tissus au fonds rouge avec des traits noirs…. Nous pensons que les restes qui ont été totalement enlevés aux environs de 11 heures pourront permettre aux experts de faire leur travail scientifique et de produire le rapport que nous attendons…» L‘hymne national du Burkina Faso est entonné spontanément par la foule qui se trouve aux abords de la route, au passage du corbillard qui transporte les restes supposés du Capitaine Thomas Sankara. Ouvert le 11 octobre 2021, le procès des assassins de Thomas Sankara s’achève le 6 avril 2022 avec la condamnation de neuf (9) personnes dont : 01°) l’ancien Président du Burkina Faso Blaise Compaoré, en exil en Côte d’Ivoire depuis le 31 octobre 2014 après le coup d’Etat survenu le 30 octobre 2014 est condamné à perpétuité, par contumace. 02°) Hyacinthe Kafando, ancien Commandant de la garde du Capitaine Thomas Sankara et Adjudant-chef surnommé « Chef KAF« , est le Chef de la garde rapprochée de l’ex-Président Blaise Compaoré et Chef du commando qui a commis le massacre du 15 octobre 1987. Lui-même s’en est vanté en déclarant : « avoir tué de ses propres mains Thomas Sankara. Et portait avec comme trophée de guerre, le célèbre pistolet à crosse en ivoire de feu Thomas Sankara. » Convoqué fin 2015 par le juge d’instruction du Burkina Faso pour l’affaire de l’assassinat du Capitaine Thomas Sankara, il a disparu et serait en exil en Côte d’Ivoire. Il a été condamné à perpétuité, par contumace. 3°) Gilbert Diendéré, Général de l’armée du Burkina Faso et Chef du « Régiment de la sécurité présidentielle » (RSP) de l’ex-Président Blaise Compaoré pendant trente (30) ans. Il est en prison au Burkina Faso depuis le jeudi 1er octobre 2015. Il avait à sa charge une centaine d’hommes en 1987 au Conseil de l’Entente, le lieu où le Capitaine Thomas Sankara qui tenait sa réunion a été assassiné. En plus de la condamnation à perpétuité dans l’assassinat du Capitaine Thomas Sankara, Gilbert Diendéré avait déjà été condamné au Burkina Faso à vingt (20) ans de prison en 2019 pour sa participation à un coup d’Etat au Burkina Faso. Il a été condamné à vingt (20) ans de prison le 22 septembre 2022 pour complicité d’arrestation illégale et séquestration aggravée dans l’assassinat en 1990 du leader syndical l’étudiant Boukary Dabo. Tous les trois (3) condamnés, l’ex-Président Blaise Compaoré, Hyacinthe Kafando et Gilbert Diendéré payeront 1,2 millions d’euros ou 800 millions de francs CFA de dommages et intérêts aux ayants droits du Capitaine Thomas Sankara. La déposition de l’un des témoins à ce procès l’ex-Président ghanéen Jerry Rawlings est lue au Tribunal : « Blaise Compaoré et Thomas Sankara étaient de très bons amis depuis leur jeunesse. Ce n’était pas une amitié superficielle comme aller juste boire ensemble. Leur relation s’est dégradée à cause de leurs divergences politiques (…) (Sankara lui a dit que) c’était Blaise Compaoré qui veut lui faire hors-jeu. (…) Avant la mort de Sankara, Blaise Compaoré m’avait dit que c’est lui qui a rendu possible la Révolution. (…) Quand je suis arrivé (En Lybie sur invitation de Kadhafi), j’ai trouvé Blaise Compaoré et Kadhafi assis. A cette rencontre, Kadhafi m’a demandé de faire une photo, j’ai refusé pour ne pas être complice de la mort de Sankara. (…) Si vous dites complot occidental, je dis oui, mais complot international, non. (…) » L’Etat du Burkina Faso dédommagera les ayants droit du Capitaine Thomas Sankara si les condamnés ne sont pas en mesure de payer. Le tribunal militaire a cependant rejeté la demande de restitution des biens du Capitaine Thomas Sankara à sa famille et l’un des avocats de la famille de Thomas Sankara, Maître Bénéwendé Stanislas Sankara s’offusque : « Nous déplorons la décision de la chambre de ne pas accéder à cette requête de restitution des biens. Avec la famille de Thomas Sankara, nous allons aviser si nous faisons appel ou pas » Un coup d’Etat survient le 24 janvier 2022 au Burkina Faso et le Président Roch Marc Christian Kaboré est renversé par le Lieutenant Paul-Henri Sandaogo Damiba. Le Lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, désirant sceller la réconciliation entre les fils et filles du Burkina Faso invite l’ancien Président Blaise Compaoré bien que condamné à perpétuité. L’ex-Président Blaise Compaoré foule le sol du Burkina Faso le jeudi 7 juillet 2022, huit (8) ans après son exil en Côte d’Ivoire. Le mardi 26 juillet 2022, après son passage au Burkina Faso et son retour en Côte d’Ivoire, l’ex-Président Blaise Compaoré adresse un message aux burkinabés, lu par Lionel Bilgo, Porte-parole du gouvernement du Burkina Faso : « (…) Je demande pardon au peuple burkinabè pour tous les actes que j’ai pu commettre durant mon magistère et plus particulièrement à la famille de mon frère et ami Thomas Sankara (…) J’assume et déplore du fond du cœur, toutes les souffrances et les drames vécus par toutes les victimes durant mes mandats à la tête du pays et demande à leurs familles de m’accorder leur pardon. (…) » Dans un communiqué de Jean-Emmanuel Ouédraogo, Porte-parole du gouvernement du Burkina Faso précise que : « Les restes du Capitaine Thomas Sankara et de ses douze compagnons assassinés le 15 octobre 1987 aura lieu le jeudi 23 (2024) à partir de 9H00 sur le site du mémorial Thomas Sankara (lieu de son assassinat) selon les rites funéraires coutumiers et religieux dans la stricte intimité des familles des défunts. » Un autre coup d’Etat est réalisé au Burkina Faso le 30 septembre 2022 et le Capitaine Ibrahim Traoré, porté au pouvoir au Burkina Faso est né le 14 mars 1988 à Kera au Burkina Faso. Venu au monde une année après l’assassinat du leader Thomas Sankara survenu le 15 octobre 1987, le Capitaine Ibrahim Traoré est vu comme la réincarnation du nationaliste Thomas Sankara. En effet, le Capitaine Ibrahim Traoré à travers les actes qu’il pose et son franc-parler vis-à-vis des impérialistes est combattu par ceux-ci. Pour la réinhumation des restes du leader Thomas Sankara, sa famille indique qu’elle n’y assistera pas et le jeudi 16 février 2023, elle prie le Capitaine Ibrahim Traoré, Président du Burkina Faso, de ne pas inhumer le Capitaine Thomas Sankara sur le lieu où il a été truffé de balles et ajoute : « En tant que militaire, son corps appartient à l’armée, qui s’occupe de tout. Etant un Président décédé dans l’exercice de ses fonctions, le corps appartient à la nation toute entière. » Avec la réinhumation des restes du Capitaine Thomas Sankara et ses compagnons au lieu de l’assassinat, au Conseil de l’Entente, sa sœur Blandine Sankara fâchée dit sur « Radio France Internationale » (RFI) : « C’est une douleur pour nous aujourd’hui. Enfermer les âmes de nos défunts dans le sang, dans cette douleur-là, sur les lieux où ils sont tombés, c’est nous obliger à aller marcher dans le sang de nos proches pour notre recueillement. » Le 15 octobre 2023, à l’occasion du 36ème anniversaire de l’assassinat du Capitaine Thomas Sankara, un hommage national lui est rendu à Ouagadougou au Burkina Faso en présence du Président du Burkina Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré. Le Capitaine Thomas Sankara est consacré « Héros de la Nation« , ainsi que ses douze (12) compagnons assassinés avec lui. Le Président Ibrahim Traoré pose des fleurs devant la statue du Capitaine Thomas Sankara et institue le 15 octobre, « Journée d’hommage à Thomas Sankara« . La pose de la première pierre du mausolée de Thomas Sankara est faite ce jour du 15 octobre 2023. Le Boulevard qui portait le nom de Charles de Gaulle est rebaptisé « Boulevard Capitaine Isidore Noël Thomas Sankara« . Bassolma Bazié, ministre d’Etat, ministre de la Fonction publique du Burkina Faso sous le régime du Président Ibrahim Traoré dit : « Il ne suffit pas seulement d’abattre une personne qui porte les aspirations d’un peuple. Si vous abattez la personne, quelle que soit la façon dont elle sera traitée, dès lors que la personne a déjà élu domicile dans les esprits et dans les cœurs des vaillants patriotes, c’est que ce digne fils vivra à jamais. » Le Capitaine Ibrahim Traoré se prononce sur les erreurs que le Capitaine Thomas Sankara a pu faire et qu’il doit éviter : « Pour ma part, je n’ai pas peur. La peur, nous ne la connaissons pas. Nous avons fait face à la mort plusieurs fois. On l’a côtoyée. Dieu a fait que nous soyons vivants. On rend grâce à Dieu (…) Nous ne laisserons pas les mêmes erreurs se reproduire (…) On a analysé le passé. Sur certains volets, peut-être que le président Thomas Sankara a fait des erreurs. Lorsqu’il a dit ‘laissez les amis trahir l’amitié, ce n’est pas à nous de trahir l’amitié’. Je pense que cette phrase l’a emporté. Nous n’allons plus commettre les mêmes erreurs (…) L’impérialisme, comme il (Thomas Sankara) l’a dit, est un très mauvais élève. Lorsqu’il est chassé, il revient avec les mêmes méthodes. Nous suivons. Nous ne laisserons pas les mêmes erreurs se reproduire(…) » De 1987 en cette année 2024, plus de trente sept (37) ans après sa mort, Thomas Sankara continue de susciter de l’admiration et Boukari Kaboré qui a joué un rôle déterminant à ses côtés s’exprime et le site web, www.rebellyon.info le rapporte : « Thomas Sankara aimait beaucoup le débat. Si vous aviez une discussion, un débat avec lui, il allait jusqu’au bout. Ou bien vous le convainquiez, ou bien c’est lui qui vous convainquait. Si entre-temps le sommeil vous prenait, il vous laissait dormir et dès le lendemain il ramenait le même sujet et vous repreniez le débat de plus bel. Il aimait débattre et voulait être convaincu par la démonstration. Il disait sèchement la vérité et était à l’aise. Les plus beaux souvenirs que je garde de Thomas Sankara, c’est lorsqu’il devait représenter notre pays à des rencontres internationales. On était alors très fier d’être Burkinabè. Thomas était disert. Il n’avait jamais de discours écrit, mais cela ne l’empêchait pas d’être méthodique et très cohérent dans ses propos. Il était Particulièrement persuasif. Pour faire une Révolution, il faut une bonne dose de courage. Il y a des choses qui peuvent être bien, mais qui ne sont pas populaires. Pour un révolutionnaire, ça se réalise. Ce n’est qu’après que le peuple se reconnaît en ce qui a été réalisé. C’est ce qui est arrivé avec le peuple burkinabè. Aujourd’hui, tout le monde pleure le président Thomas Sankara. Pourquoi ? Parce que les gens se sont rendu compte qu’il s’est donné corps et âme pour le bien-être du Burkina tout entier. » Enfant chéri des burkinabés et des africains, la mort du Capitaine Thomas Sankara reste une grande perte pour l’Afrique. Il reste pour beaucoup, le révolutionnaire et l’anti-impérialiste doublé d’un grand visionnaire. Pendant le 20ème anniversaire de l’assassinat du Che et une semaine avant son propre assassinat, le Capitaine Thomas Sankara avait dit: « On ne peut pas tuer les idées, les idées ne meurent pas ».
PAROLE FORTE DU LEADER THOMAS SANKARA : ———————————————————————————————-
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INTERVIEW DE BLANDINE SANKARA, LA SŒUR
DU CAPITAINE THOMAS SANKARA ACCORDEE AU JOURNAL LE PAYS EN 2009
« Le Pays » : Que représente le 15 Octobre pour vous ?
Blandine Sankara : Cette journée nous aura marqués à jamais. La situation était insupportable pour tout le monde et surtout pour le papa et la maman. Nous avons vite réalisé que ces derniers avaient plus que jamais besoin de nous. Nous avons rapidement pris conscience de la nécessité de rester très forts aux côtés des parents. J’avoue que ce n’était pas facile dans une circonstance d’extrême douleur.
Où étiez-vous le 15 octobre 1987 ?
Le jeudi 15 octobre 1987 – et je me souviens encore comme si c’était hier – j’étais à Ouaga et je passais mon code de conduite pour la première fois. Je ne me sentais pas bien et le moniteur m’avait demandé de rentrer et de revenir la semaine prochaine pour l’examen. J’ai refusé et j’ai passé l’examen auquel j’ai échoué. L’après-midi du 15 octobre, j’étais couchée à la maison, malade, à côté de la maman. Et puis à 16h, on a entendu des coups de feu.
Et qu’est-ce qui s’est passé après ? Des militaires ont-ils débarqué dans la famille ?
Non, des militaires n’ont pas débarqué à la maison. Je me rappelle que, comme tout le monde ce jour-là, on s’est enfermé. On n’écoutait pas du tout la radio ; c’était le silence absolu. On ne comprenait pas ce qui se passait dehors. Nous sommes restés dans cette situation jusqu’au lendemain 16 octobre. Et à la première heure ce jour-là, il y avait déjà beaucoup de monde dans la cour familiale. Nous n’étions toujours pas informés de ce qui était arrivé à notre frère. C’est un neveu qui est arrivé entre- temps et a fait savoir au beau milieu de la cour que Thomas n’est plus. Il se trouvait que les oncles étaient informés notamment par RFI (NDLR : Radio France internationale) de ce qui était arrivé, et cherchaient par quels moyens nous informer. C’est par ce neveu donc que nous avons appris que Thomas était mort. Mais par la suite, des gens venaient nous dire qu’ils ont vu notre frère par-ci, par-là, au camp Guillaume, etc. On a entendu plein de choses jusqu’à ce que le temps passe et qu’on s’aperçoive qu’il n’était vraiment plus.
Avez-vous perçu chez votre frère des signes avant-coureurs des événements sanglants dans son comportement, ses propos ? A-t-il par exemple dit à un membre de la famille qu’il sentait que quelque chose allait arriver ?
Pas de la part de Thomas parce qu’il ne nous parlait pas de ces choses-là. Quand il arrivait qu’on lui parle de problèmes entre lui et ses compagnons sur la base de ce que nous avons entendu de la bouche d’autres personnes, il nous rassurait qu’il n’y avait rien. Nous avions entendu beaucoup de choses mais il n’a jamais laissé transparaître un quelconque signe avant-coureur de l’événement tragique du 15 octobre.
Combien de jours après avez-vous eu la certitude que votre frère a péri le 15 octobre ?
C’est difficile de répondre à cette question parce que, jusqu’à présent, vous avez l’impression que ce qui est arrivé n’est pas vrai, qu’il n’est pas mort puisque l’on n’a pas fait le deuil, on n’a rien eu comme information officielle sur sa mort éventuelle. Cela été difficile les moments, les jours et les mois qui ont suivi. Nous sommes restés dans cette situation et quelquefois on a l’impression qu’on ne nous pas
encore tout dit.
Même 22 ans après les événements ?
Oui, parce que lorsque vous n’avez pas vu le corps de quelqu’un, lorsqu’il y a tout ce flou, c’est difficile, surtout que la personne n’a pas été malade. Ce n’est pas facile de vous convaincre que la personne n’est plus. Il faut vivre la situation pour s’en rendre compte car c’est comme quelqu’un qui quitte son domicile un matin et ne revient plus. Vous êtes perpétuellement dans l’attente. Je me rappelle que quelquefois ma mère disait que quand elle sortait en ville, elle croyait apercevoir Thomas dans la rue. On ne parle pas des rêves dans lesquels on le voit toujours parce que le deuil n’est pas fait.
Vous arrive-t-il d’aller au cimetière de Dagnoen pour voir sa tombe ?
C’est vrai que nous sommes allés quelquefois sur les tombes, mais à un moment donné il y avait toujours le doute au regard de tout ce que nous avons entendu après et que chacun y allait un peu de ses commentaires : est-ce qu’on n’est pas en train de nous leurrer comme quoi il serait enterré à cet endroit ? Nous avons donc commencé à avoir ce doute puisqu’on n’a pas une version officielle et celui-ci a fini par s’installer chez nous les enfants, ses frères et sœurs. Quant au papa et à la maman, ils sont décédés sans jamais mettre les pieds au cimetière pour voir la tombe de leur fils parce qu’ils attendaient qu’on vienne leur dire exactement ce qui s’est passé et où on l’a enterré. Ils ne voulaient pas se fier aux dires des gens.
« Tant que la lumière n’est pas faite, il sera difficile que la veuve revienne »
Vous disiez être dans le doute concernant la mort de votre frère de président. Or il y a un certificat de décès qui a été établi avec dessus la mention « mort de mort naturelle » comme cause du décès. Avez-vous vu ce certificat ?
Nous avons eu connaissance de ce certificat qui a été remis à la veuve ; c’est elle qui l’a présenté à toute la famille. Mais pour nous, ça reste un papier et on ne fait pas le deuil avec un papier sur lequel d’ailleurs il est écrit « mort de mort naturelle » même si, par la suite, cette mention a été enlevée. Tant que la vérité n’aura pas été dite sur cette tragédie, il sera difficile de faire la paix des cœurs.
Comment marquez-vous le 15 octobre au niveau de la famille ?
C’est de manière solennelle que nous le marquons. Nous demandons une messe en sa mémoire. On se retrouve en cercle restreint pour se souvenir de Thomas et des trois autres de la fratrie qui ne sont plus aujourd’hui de ce monde. Comme je le disais tantôt, on allait au cimetière mais on a arrêté à cause du doute qui nous habite même s’il y en a qui continuent d’y aller mais de façon individuelle.
Y a-t-il eu une commémoration particulière du 15-Octobre à l’occasion du 20e anniversaire de ce tragique événement qui a été célébré en 2007 ?
Non, le 15 octobre 2007 n’a pas été commémoré comme les années précédentes. Comme la famille est un peu dispersée, chacun a essayé de marquer la journée de son côté à travers surtout le passage de la caravane ; on essayait de la faire venir là où nous étions en mobilisant pour cela des amis, des personnalités que nous connaissons. Le 15 octobre 2007 a donc été commémoré différemment et ceux qui pouvaient ont fait le déplacement du Burkina. C’était vraiment l’élément nouveau.
Quelles sont les relations entre les frères et sœurs et la veuve ? Y a-t-il des contacts permanents avec elle depuis son exil français ?
Ce sont des relations de famille et nous gardons le contact en permanence avec elle et les enfants. Nous nous rendons régulièrement visite et j’avoue que ce sont toujours des moments émouvants pour chacun d’entre nous. Nous essayons aussi de répondre aux questionnements des enfants.
Dans vos échanges, est-il question que la veuve et les orphelins rentrent définitivement un jour au pays ?
Oui, nous en parlons souvent quand on se retrouve. Mais il est clair aujourd’hui pour tout le monde que tant que la lumière ne sera pas faite, il sera difficile que la veuve revienne et elle n’est pas la seule de la famille qui soit en exil. C’est la décision qui a été prise avant la disparition des parents.
La famille a-t-elle été pour quelque chose dans la venue de la veuve au Burkina à l’occasion des vingt ans du 15-Octobre ?
Comme je le disais tout à l’heure, nous restons en contact, nous nous rendons visite. Nous en avons parlé et elle est allée d’abord voir les membres de la famille chacun dans le pays où il se trouve et, ensemble, on a pris la décision en famille qu’elle vienne seule sans les enfants.
A l’occasion de son bref séjour, a-t-elle eu le temps de rencontrer les membres de la famille ?
Si. Elle est venue en grande famille à Paspanga car elle ne pouvait pas venir au Burkina sans mettre les pieds en famille. Elle est passée et ce fut une fois de plus des moments émouvants. Avant 2007, on s’était vu au Mali en 2005 où toute la famille s’est retrouvée.
Quels souvenirs gardez-vous toujours de votre frère de président ?
Les souvenirs de Thomas restent présents en chacun de nous. Je garde le souvenir d’un frère ouvert, ironique et surtout acceptant la critique. Chacun de nous, en commençant par les parents, pouvait lui dire ce qu’il pensait même si quelquefois il reprochait à nous autres, les plus jeunes, de ne pas lui reconnaître son droit d’aînesse. On discutait beaucoup mais on n’avait pas toujours les mêmes points de vue ; chacun avait ses rêves, sa liberté de pensée et cela était fondamental. Quelquefois, nous lui reprochions de ne pas nous soutenir comme on le voulait, c’est-à-dire le soutien qu’il devait apporter même s’il n’avait pas été président. Mais avec le recul, on trouve qu’il avait raison parce que cette rigueur de vie qu’il nous a inculquée a cultivé en nous l’esprit d’humilité. Aujourd’hui, chacun de nous est fier de n’avoir pas vécu comme un parent de président parce que notre réconfort est que, partout où vous passez, les gens vous témoignent leur reconnaissance pour cela. C’est une grande richesse qu’il nous a léguée et, à l’époque, on ne pouvait pas le comprendre ; on lui faisait des reproches.
A vous entendre, vous n’avez pas pu, en tant que frères et sœurs de président, avoir ce que vous vouliez, faire ce que vouliez …
(Rires) Ça, il ne le fallait pas, on ne le pouvait pas, c’était clair et net. Comme il nous le disait, chacun a sa carte d’identité même si on est de la même famille. C’était clair pour chacun de nous que l’on ne pouvait pas vivre comme on l’aurait peut-être souhaité, comme des frères et sœurs de président. Si par moment il arrivait que quelqu’un lui demande quelque chose, je ne pense pas qu’il puisse obtenir satisfaction surtout s’il s’agit de biens matériels parce qu’il commencera par te demander si lui-même a ceci ou cela, par te dire que tu es mieux que d’autres personnes, etc. Comme on le dit couramment, tu en auras pour toi (en d’autres termes, pour ton grade, NDLR), tu seras bien servi en remontrances.
« Nous n’avons pas profité matériellement de la position de président de Thomas »
Etait-il aussi dur à l’endroit de ses géniteurs comme il l’était, à vous entendre, à l’égard de ses frères et sœurs ? Arrivait-il qu’il leur refuse ce qu’ils lui demandaient ?
C’était rare que même les parents le sollicitent. Connaissant sa position sur ce plan, chacun savait à quoi s’en tenir. On l’a rarement vu faire des cadeaux aux parents. Après lui, chacun a pris son chemin pour essayer de s’en sortir. Sinon, ni les parents ni les frères et sœurs n’ont profité matériellement de la position de président de Thomas. Je n’ai pas vu cela. D’ailleurs, ce sont des choses que l’on ne peut pas cacher parce que beaucoup de gens ont vu comment vivait la famille à l’époque. Je peux même dire que c’est bien après que chacun a pu s’en sortir avec le boulot qu’il a eu et que ça allait mieux même pour les parents. La situation a changé matériellement.
Quelle est la situation actuelle de la famille Sankara après la disparition du papa et de la maman ? Est-elle toujours unie comme du vivant des géniteurs que l’on peut considérer comme les éléments fédérateurs ?
En tout cas, ce n’est pas chacun dans la nature ou dans son petit coin. On a été éduqués d’une certaine façon et nous le restons. Certes, nous avons enduré des situations de tous ordres, mais nous avons réussi à maintenir le cap jusqu’à présent. Il est vrai qu’aujourd’hui c’est encore plus difficile pour nous autres de vivre dans le souvenir de nos proches morts avec cette soif de connaître la vérité par rapport à la disparition de Thomas parce que c’est un double manque. Cela nous amène à rester ensemble, à décider des choses ensemble même si, géographiquement, on n’est pas proche l’un de l’autre.
Quelles sont les relations de la famille avec les sankaristes, ces hommes et femmes qui ont pris à leur compte, sur le plan politique, les idées de votre frère ?
Nous entretenons des relations avec eux, nous les soutenons dans la possibilité de nos moyens. Nous louons leur courage, car il faut être courageux pour être sankariste au Burkina.
Y a-t-il des membres de la famille qui ont de la sympathie pour les sankaristes ou qui militent carrément dans des partis de cette obédience en prenant soin de ne pas s’afficher au grand jour ?
Non, personne de la famille ne milite dans un parti sankariste ou dans un parti quelconque. Comme je l’ai dit, nous apportons notre soutien aux partis sankaristes quand ils le veulent ou quand ils nous approchent en groupe ou individuellement. Il n’y a pas de préférence pour X ou Y.
Pourquoi un membre de la famille ne milite-t-il pas dans un parti sankariste ou autre ? Pourquoi ce retrait par rapport à la politique ?
Nous sommes nombreux dans la famille et chacun a ses rêves, sa vision des choses. Je ne pense pas que l’on soit obligé d’adhérer à un parti pour manifester sa défense d’un idéal. Les buts sont divers. Au niveau de la famille, nous avons mené des luttes de tous ordres, enduré toutes sortes de situations et c’est déjà un combat qui n’est pas facile. Peut-être que l’engagement dans la politique viendra un jour ; je ne voudrais pas dire « fontaine je ne boirai pas de ton eau ». Mais pour le moment, nous menons une autre lutte pour la mémoire de Thomas.
Quel est votre point de vue sur la division des sankaristes qui peinent jusque-là à parler d’une seule voix ?
Les intéressés sont mieux placés pour dire ce qui se passe, pour dire pourquoi ils n’arrivent pas à s’unir. Sinon, vu de l’extérieur, je loue leur courage parce que toutes sortes d’armes sont utilisées contre tous ceux qui se proclament sankaristes au Burkina. Ils ne sont pas à l’abri des tentatives de division.
Quelle est votre relation avec le chef de l’Etat actuel qui a été le compagnon d’armes de votre frère et aussi votre frère pour avoir été adopté par votre famille ?
(Soupir). Il n’y a aucune relation avec le pouvoir actuel et il n’y en a jamais eu depuis que Thomas est parti. Nous faisons le constat qu’aujourd’hui un travail d’effacement de la mémoire de Thomas est fait à travers même une banalisation de l’histoire. Mais une chose est sûre : l’Histoire ne s’effacera jamais de la mémoire du peuple burkinabè qui est loin d’être amnésique parce que les acquis engrangés en termes par exemple de culture de la vertu restent inoubliables pour ceux qui ont vécu cette période et sont même l’objet de quête de la part de ceux qui sont venus après.
Pourtant, il a été question d’émissaires envoyés auprès de la famille du vivant des parents à des fins de réconciliation, de rétablissement du contact mais qui ont été rejetés. Si aujourd’hui, les ponts sont rompus avec l’autre frère, n’est-ce pas en fin de compte la faute de la famille qui s’est enfermée dans une logique de rejet systématique ?
Non, on ne peut pas le dire parce que ces émissaires ont commencé à venir dans la famille combien d’années après les événements du 15-Octobre ? Il y a eu un bon moment avant que ces tractations ne commencent et après que la famille a enduré beaucoup de choses. Tout se passe comme si on ne s’était jamais connus. Non content de cela, on envoie des émissaires avec des enveloppes d’argent pour demander pardon. Je ne pense pas que chez nous en Afrique, c’est comme cela que ça se fait. Quand on a vraiment connu quelqu’un, on n’envoie pas comme cela une autre personne qui, d’ailleurs, n’a aucun lien avec sa famille, avec une enveloppe d’argent, pour remettre afin de renouer le contact. Nous avons souhaité pardonner parce que l’on est avant tout des croyants mais il faut savoir d’abord qui pardonner, et ensuite pour quelle faute le pardon est-il demandé. Pour quelqu’un qui envoie une enveloppe d’argent, il va falloir imaginer qu’il demande pardon parce qu’il aurait commis une quelconque faute. Je ne pense pas que l’on puisse extrapoler comme cela. Nous attendons de voir que la personne qui voudrait réellement demander pardon le fasse, qu’elle nous dise la raison parce que l’on ne demande pas pardon comme ça.
Si des émissaires ont été envoyés, c’est sans doute parce que celui qui les mandate ne peut pas se déplacer comme il veut même dans ce que l’on peut considérer comme sa famille compte tenu de sa fonction …
On peut rétorquer que cela veut dire que ce pourquoi vous envoyez des émissaires n’est pas important pour que vous ne puissiez pas trouver un temps pour cela depuis plus de vingt ans. Certes, on reconnaît que les charges de premier responsable du pays ne sont pas faciles à assumer mais est-ce pour autant que l’on n’ait pas de temps depuis 22 ans pour régler ce problème si tant est qu’il lui tient vraiment à cœur ? Si vous avez eu un problème avec une famille avec laquelle vous étiez proche, si vous ne pouvez pas vous y rendre pour le résoudre vous devriez savoir qui envoyer à cette fin. Il faut éviter d’y envoyer des gens qui, parfois, n’y ont jamais mis les pieds et, de surcroît, avec des enveloppes. C’est « prenez et taisez-vous ».
« On n’est pas venu expressément nous demander pardon »
Y a-t-il eu des émissaires du même « frère » au décès et/ou aux obsèques de votre père ? En ont-ils profité pour faire cas d’un quelconque rétablissement des ponts au nom de leur mandataire ?
Nous voyons toutes sortes de personnes dès qu’il y a une grande manifestation dans la famille. Et la famille n’a jamais chassé quelqu’un hormis au décès du papa où on l’a fait pour une raison bien précise : ceux qui ont été éconduits sont venus très tôt dans la famille avant même que l’on ait habillé le défunt et fait tout le rituel. En dehors de cela, la famille n’a jamais mis quelqu’un à la porte. Si on analyse bien, cela veut dire que nous sommes prêts pour ce pardon par exemple. Celui qui a le courage de venir, on l’accepte. Et parmi ceux qui sont venus aux obsèques du papa, personne n’est venu nous dire qu’il est l’envoyé d’Untel. Aussi, on n’aurait pas chassé un émissaire qui aurait dit qu’il est là de la part de telle personne. Mais cela ne voudrait pas dire que quelqu’un qui a envoyé insidieusement un émissaire s’attende à ce que l’on comprenne autre chose. Si on veut faire quelque chose, il faut le faire ouvertement et l’assumer.
Quelle a été la position de la famille vis-à-vis de la Journée nationale de pardon ? Aviez-vous accepté le pardon demandé à la face de la Nation par le chef de l’Etat pour toutes les fautes commises depuis l’indépendance du pays ?
On n’est pas venu expressément nous demander pardon. Même si on demande pardon pour toutes les fautes commises depuis les indépendances, je ne pense pas que cela nous éclaire particulièrement par rapport à ce qui s’est passé (NDLR : le 15 octobre 1987). Nous ne refusons pas le pardon, nous avons besoin que la lumière soit faite par rapport à cette tragédie. Il y a un dossier qui a été déposé en justice et si l’on veut que les choses avancent, il faudra agir de ce côté-là. On a entendu beaucoup de choses jusqu’à ce que les parents meurent sans vraiment savoir ce qui est arrivé exactement à leur fils. Officiellement, personne ne nous a dit comment les événements se sont déroulés, qui en a été responsable , où Thomas a été enterré ? etc. Je ne pense pas qu’organiser un spectacle et demander pardon pour des événements survenus et dont on n’a pas été acteur de certains réponde à nos attentes. Pour nous, ce n’est pas loin du folklore. Ce que nous attendons avant d’accorder le pardon, nous l’avons exprimé.
Si, au moment de la Journée nationale de pardon, on vous avait demandé le pardon, l’auriez-vous accordé ?
Je vous ai dit que le pardon a un préalable. On aurait accepté si on nous disait les circonstances de la tragédie, si on faisait toute la lumière dessus. En ce moment, je ne vois pas pourquoi on va refuser d’accorder le pardon.
Comment appréciez-vous les actions entreprises au niveau international pour que justice soit rendue à votre frère ?
Ces actions sont tout à fait justifiées, et c’est un combat que nous menons avec la veuve et tous ceux qui sont épris de justice. Notre souhait ardent et pressant est que la lumière soit faite sur la disparition de Thomas. Je pense que le chemin d’une paix pérenne au Burkina passe par là aussi.
Avez-vous espoir que la lumière pourra vraiment se faire sur la disparition de votre frère surtout après que l’ONU, saisie pour qu’elle ordonne le Burkina de prendre en mains le dossier Thomas Sankara, s’est contentée de prendre acte dans une note d’avril 2008, des efforts de notre pays pour que la lumière soit faite dans cette affaire ?
On garde espoir, on ira jusqu’au bout et on verra ce que ça va donner. Il n’est pas question de baisser les bras parce que c’est ce que l’on attend pour faire la véritable paix des cœurs. Pour nous, abandonner ce serait aussi notre mort parce que l’on a cette double douleur que la personne a disparu et la lumière n’est pas faite sur ce qui lui est arrivé. Nous vivons cela depuis 22 ans et cela crée en nous un inconfort.
Propos recueillis par Séni DABO
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CONFIDENCE DU PERE DE THOMAS SANKARA A MONSIEUR JONAS HIEN
« A en croire Jonas Hien, Feu Papa Joseph Sambo Sankara, dont il a été pendant longtemps le confident, lui a demandé à plusieurs reprises de transmettre un message au président gabonais, Omar Bongo Ondimba, pour ce qu’il a fait pour sa belle-fille et ses petits-fils.
N’ayant jamais eu l’occasion de rencontrer le président gabonais et après le décès du père de Thomas Sankara, il se fait le devoir de transmettre le message en question par le biais de la presse.
Mon « Vieux » est parti. Je ne le reverrai plus jamais sur cette terre de lutte contre la pauvreté, contre le trafic des enfants, cette terre de quête permanente de la démocratie. Mes temps de longues discussions avec lui sont bien terminés. Oui, Papa Joseph Sambo Sankara est bien parti.
A chaque fois que j’arrivais à son domicile, s’il y avait de cela déjà deux semaines passées sans l’avoir vu, il m’accueillait en riant et en disant : « Je pensais que les gens-là t’ont enlevé ». Je répondais en ces termes : « Je ne les ai pas encore vus ». Il faisait allusion au pouvoir en place à cause de mes écrits. Puis, on passait à autres choses. Il m’appelait de plusieurs façons : « Mon fils, ou mon Lobi ou encore mon esclave ».
Joseph Sankara me racontait que quand il était en service à Gaoua dans le temps, à cause de son intégration à la population, ses amis ont décidé un jour de lui « retirer » le nom Sankara pour lui attribuer un autre : Kambou. Ils l’appelaient donc Joseph Kambou. Et comme en pays Lobi les Hien et les Kambou sont des parents à plaisanterie, d’où l’esclave que j’étais pour lui.
Sujets divers et sans tabou
Nos sujets de conversation étaient divers. A titre d’exemple, lorsque je terminais de lire un écrit quelconque portant sur la vie de Thomas Sankara, je relevais toutes les informations qui se rapportent à la famille que je vérifiais avec lui. C’est ainsi que j’ai su que beaucoup de choses sont méconnues de Thomas Sankara, et certains écrits sur lui inexacts.
Papa Joseph connaissait bien son fils Thomas. Cependant, quand vous lui posiez une question dont il n’avait pas la réponse, il n’hésitait pas à dire : « Il faut vérifier cette information avec ses amis militaires, il se pourrait qu’ils en savent quelque chose ». C’est dire que l’information a un aspect purement militaire. Il n’y avait donc pas de sujets tabous entre nous.
Papa Joseph était très ouvert à moi tout comme son épouse Marguerite qui l’avait devancé dans l’au-delà six ans avant. Elle n’hésitait pas à me dire : « Je ne veux pas parler de Thomas à quelqu’un, mais si c’est toi, je te dirai tout ce que tu veux savoir».
Je posais toutes sortes de questions à Papa Joseph sur la vie de Thomas Sankara ou sur sa mort. C’est ainsi qu’un jour, je lui ai posé la question suivante : « Quand Thomas était devenu président, lui arrivait-il de venir vous voir, en tant que père pour avoir votre appréciation ou votre point de vue sur la manière dont il dirigeait le pays et recueillir vos conseils ? »
Papa Joseph Sankara répondit : « Pas vraiment. Sur les affaires de l’Etat, lui et moi on n’en parlait pas comme ça. Si j’avais quelque chose à dire dans ce sens, je préférais en parler avec Blaise. Ils étaient tous deux mes fils. En plus de mon fils qu’il était, Blaise était encore comme un ami. On s’entendait bien et il veillait bien sur moi. Donc avec lui, j’étais plus à l’aise pour parler de ces choses-là. Si j’avais des points de vue à donner, je passais par Blaise car, en passant par lui, il y avait des chances que ça passe au niveau de Thomas car je savais qu’il écoutait bien son ami Blaise.
Mais je me rappelle qu’il est venu par deux fois et a demandé à me parler à huis clos.
La première fois c’était en 1984, un an seulement après leur prise du pouvoir. Cette année-là, il y avait eu une tentative de coup d’Etat qui a valu l’exécution physique de sept personnes accusées, si je me rappelle bien du nombre. C’est après l’exécution de ces personnes qu’il est venu me voir. Quand nous nous sommes assis à deux, il m’a demandé si j’ai appris qu’ils ont tué des gens pour tentative de coup d’Etat. J’ai répondu par l’affirmative.
Il m’a dit que c’est de ça qu’il voulait me parler. Il m’a dit qu’il ne comprenait rien dans cette affaire ; qu’on lui a dit qu’ils ont tenté de renverser le régime mais lui il ne croit pas en cette histoire. Thomas a failli pleurer ce jour-là quand il me parlait. Il m’a dit qu’il ne voulait pas qu’un jour ses parents aient des problèmes quand il ne sera plus président parce que quand il l’était il a tué les parents des gens.
Que c’est pourquoi il voulait que je sache que ce n’est pas lui qui a ordonné l’exécution de ces gens. Il m’a dit qu’il n’arrivait pas à dormir avec cette affaire, même s’il allait dans le même sens que ses camarades. Je lui ai dit que j’avais bien compris et qu’il devait assumer.
Comme c’était lui le président, il fallait qu’il accepte que c’était lui. Je lui ai conseillé de ne plus le dire à quelqu’un d’autre et qu’il devait continuer d’aller dans le même sens que ses camarades d’armes. Je l’ai rassuré que si demain j’avais des ennuis avec les parents de ces personnes exécutées, je ne ferais que demander pardon. Et si je ne suis pas compris, je ne peux pas dire aussi que mon fils n’a rien fait contre leurs parents. Je ne ferai que continuer à demander pardon.
C’est ce jour-là que j’ai profité lui donner quelques conseils pour remonter son moral.
Beaucoup plus attaché à Blaise Compaoré
La deuxième fois qu’il est venu me voir, je pense que c’est en 1986 ou 1987, il est venu ici encore à la maison et a demandé à me voir à deux. Quand nous nous sommes assis, il m’a dit qu’il avait un projet de construction d’un hôtel souterrain à Gaoua. Il m’a dit que le financement ne posait pas de problème.
Il m’a expliqué la situation géographique où cet hôtel devait être construit (selon l’explication reprise par Joseph Sankara, il s’agirait de la zone de l’actuelle Ecole nationale des enseignants du primaire (ENEP) de Gaoua ).
Il m’a dit que compte tenu de mon attachement à cette ville, il ne voulait pas le faire sans en avoir mon point de vue. Il m’a aussi indiqué que c’est le souvenir qu’il comptait laisser à cette ville pour tout ce que cette population a fait pour notre famille quand nous étions à Gaoua.
Je l’ai beaucoup encouragé dans ce projet. Il m’a tellement parlé de ce projet que je m’imagine ce que Thomas pense dans sa tombe car ça faisait partie de ses projets auxquels il tenait pour le Burkina. En dehors donc de ces deux cas dont je me rappelle, lui et moi on ne parlait pas comme ça des affaires de l’Etat. J’étais plus attaché à Blaise et la famille ne se mêlait pas à la gestion de leur pouvoir. »
Un autre jour encore, alors qu’on discutait « du tout et de rien », je lui ai demandé pourquoi il ne voulait pas voir la tombe de Thomas son fils. Papa Sankara me répondit : « C’est le moment qui n’est pas encore arrivé ».
Mais la même question je la lui avais posée plus d’une fois. Et la dernière, je lui ai dit ceci : « Maman est décédée sans avoir vu la tombe de Thomas, vous aussi vous risquez de mourir un jour sans voir la tombe. » J’étais debout prêt à le quitter. Joseph Sankara me prit au sérieux ce jour-là. Il me dit : « Ne pars plus, reviens t’asseoir. Je sais que tu veux que je voie la tombe de Thomas.
Mais ce que tu viens de dire, c’est ça qui risque d’arriver. Je risque effectivement de mourir un jour sans voir cette tombe, car j’attends Blaise. Et si Blaise ne vient pas ça
risque d’arriver comme ça. Blaise me connaît. Il sait que je ne suis pas méchant. Ils étaient tous deux mes enfants, l’un a tué l’autre. Le père que je suis est en droit de savoir ce qui s’est passé. C’est tout ce que j’attends de lui. S’il ne vient pas, quand je rejoindrai Thomas, certainement qu’il me dira ce qui s’était passé.»
Ce jour-là je compris tout et nos discussions n’ont plus porté sur ce sujet. Et c’est ce qui est arrivé. Blaise n’est pas venu, et Papa Joseph est « parti » lui aussi sans voir la tombe de Thomas.
« Dis à Omar Bongo que je n’ai pas oublié »
Maintenant que mon « Vieux » est bien « parti », je me dois de me consacrer à un devoir. Pendant nos différents échanges, Papa Joseph me disait : « Mon fils, un jour si tu as l’occasion de rencontrer le président Omar Bongo du Gabon, dis-lui que je n’ai pas oublié. Sans lui, je ne sais pas ce que ma belle-fille et ses enfants seraient devenus.
Il m’arrive de penser, presqu’au bord des larmes, que si Omar Bongo n’avait pas intervenu pour que Mariam et ses enfants puissent quitter le pays, peut-être qu’ils seraient devenus comme Thomas. Quand je pense à ça, je ne peux pas oublier son action. »
Papa Sankara me l’a repété plus de mille fois. Et la dernière fois qu’il m’en parlait encore alors que je quittais la cour, il m’a demandé de revenir : « N’oublie pas la mission que je t’ai confiée ».
Dans mon hésitation, il rappelle : « Bongo. C’est une mission que je t’ai confiée.
Si je venais à mourir, fais tout pour que le message lui parvienne. Dis-lui que je suis mort avec son nom dans mon cœur. Que de ma tombe je prierai pour lui. »
Les morts ne sont pas morts, il faut le croire. Dans un rêve récent, je me vis à côté de Papa Sankara et notre conversation portait sur Omar Bongo. Au réveil, je compris tout. On ne s’amuse pas avec ces choses-là.
Voilà donc Papa, je n’ai pas encore eu l’occasion de rencontrer le président Omar Bongo. Mais connaissant la portée fulgurante de la presse, je lui transmets votre message par ce canal, persuadé que votre message lui parviendra. J’invite aussi qui peut le faire, à relayer ce message d’outre-tombe au président Omar Bongo. Papa Sankara dormirait encore en paix de savoir que son message est parvenu à celui qu’il a porté dans son cœur même du fond de sa tombe.
« Je ne peux pas tout dire par ce canal »
Président Bongo, recevez donc l’essentiel de ce message. Pour avoir reçu mille fois ce message pour vous, je puis mesurer l’attachement de Joseph Sankara, père du président Thomas Sankara, au message qu’il a souhaité que je vous transmette. Recevez donc toute sa bénédiction, même du fond de sa tombe. Il est « parti » sans avoir eu l’occasion de vous le dire de vive voix lui-même. Ce qu’il aurait voulu. Pour sûr, il dira à son fils Thomas l’acte que vous avez posé en faveur de sa veuve et de ses deux orphelins.
Papa Sankara, votre message est donc fait. Et si j’avais l’occasion de le rencontrer un jour, je suis persuadé que vous serez à côté, même invisible, au moment où je lui transmettrai votre message de vive voix car je ne peux pas tout dire par ce canal mais ce n’est pas que j’ai oublié les détails. Reposez donc en paix après toute la bonté que vous avez enseignée durant toute votre vie sur terre.
Salut à Maman, bien de choses à Thomas, aux autres aussi.
Ton fils, ton Lobi, ton esclave.
Jonas Hien
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