AGOSTHINO NETO DE L’ANGOLA

 
 

L’Angola est située en Afrique centrale et partage ses frontières au nord avec la République démocratique du Congo (Kinshasa) et la République du Congo (Brazzaville) ; A l’est avec la Zambie et au sud avec la Namibie.

A KaxiKane, région d’Icolo e Bengo à environ 60 Km de la capitale Luanda, naît le 17 septembre 1922, Agostinho Neto, avec pour nom traditionnel « Kilamba« .  Son père nommé Agostinho Pedro Neto est un pasteur évangéliste et sa mère Maria da Silva Neto, une  institutrice.

Elevé dans un univers religieux, Agostinho Neto considère la Bible comme sa boussole.

Il est favorisé à cette époque coloniale puisque son père fait partie de la classe des « Assimilés« ,  une classe sociale supérieure de personnes de race noire. Il fait donc  de bonnes études à la capitale et après l’obtention de son Baccalauréat au Lycée de Luanda, il exerce quelques années la profession d’infirmier dans des hôpitaux de Luanda.

En 1945, lorsque les Etats-Unis d’Amérique utilisent des bombes nucléaires dans leur avion B-29 pour détruire les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki, un mouvement d’impulsion communiste, le « Mouvement Mondial des Partisans de la Paix »  voit le jour le 19 mars 1950 à Stockholm en Suède pour réclamer la paix dans le monde.

Le « Mouvement Mondial des Partisans de la Paix »  met également en cause l’explosion de la première bombe atomique expérimentale de l’Union soviétique du 29 août 1949. 

Dans ses actions, ce mouvement lance une pétition baptisée l' »Appel de Stockholm contre l’armement nucléaire« .

C’est dans cette période, qu’Agostinho Neto écrit un poème intitulé « Espérances sacrées » en 1945 ; Poésie qui  exprime l’expression des souffrances des peuples colonisés, traduit du portugais  au français par Michel Massa et publiée pour la première fois à Milan en Italie en 1963 : 

Aux héros du peuple angolais ;

A mon retour au pays natal ;

Les casuarinas avaient disparu de la ville ;

Toi aussi ;

Mon ami Liceu ;

Voix consolatrice des rythmes entraînants du pays ;

Dans la nuit des samedis infaillibles ;

Toi aussi ;

Harmonie sacrée ancestrale ;

Ressuscitée dans les arômes sacrés du Ngola Ritmos ; 

Toi aussi tu avais disparu ;

Avec toi ;

Les intellectuels… (Voir le poème entier à la fin du présent article)

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En 1947, avec une bourse des Missions protestantes, Agostinho Neto s’inscrit à la Faculté de médecine de Coïmbra, la ville universitaire la plus ancienne du Portugal, située au centre du pays.

Etudiant très brillant, il rend visite, à ses heures libres à d’autres étudiants particulièrement ceux qui proviennent des Etats sous tutelle du  Portugal, l’Angola, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, l’Inde, Macau,le Mozambique, São Tomé et Principe, le Timor-Oriental et au cours des échanges, Agostinho Neto encourage ses camarades à promouvoir la culture africaine et dit : « Aujourd’hui, j’ai reçu une lettre de mon ami Viriato da Cruz – peut-être avez-vous entendu parler de lui. C’est l’un de nos poètes. Il m’informe qu’ils ont organisé un centre culturel [à Luanda] et l’ont baptisé « Découvrons l’Angola » (…) Nous allons mener des études sur l’histoire et l’art populaire africains, écrire des récits et des poèmes, et utiliser les bénéfices de la vente des publications pour aider des écrivains talentueux dans le besoin. Je pense que nous pourrions faire la même chose à Lisbonne. Il y a ici, beaucoup de gens qui peuvent écrire des poèmes et des nouvelles, pas seulement sur la vie des étudiants, mais aussi sur nos pays d’origine – l’Angola, le Mozambique, les îles du Cap-Vert et Sao Tomé… » 

Agostinho Neto qui publie déjà des poèmes, poursuit la construction des pièces en vers et exalte la culture africaine, principalement celle de l’Angola.

En 1948, des intellectuels angolais éditent une revue littéraire,  le « Mensagem » dans laquelle ils expriment la renaissance culturelle  dans les colonies mais les autorités portugaises interdisent sa distribution.

Avec Francisco José Tenreiro de São Tomé-et-Principe, Amilcar Cabral de la Guinée Bissau, Eduardo Mondlane et Marcelion dos Santos de la Mozambique, ils fondent en 1951 le « Centre d’Etudes Africaines » afin de faire la promotion des peuples noirs colonisés, favoriser la création littéraire et éveiller la conscience nationale.

Deux (2) ans après l’ouverture du « Centre d’Etudes Africaines« , les autorités portugaises procèdent à sa fermeture mais l’œuvre a déjà germé dans la conscience des angolais et avec l’édition du journal de culture, le « Nouveau Mensagem« , ils continuent de propager l’éveil de conscience des angolais aux côtés de la « Maison des étudiants de l’Empire« . 

La « Maison des étudiants de l’Empire »  est une association qui a vu le jour en 1943 par le travail des ressortissants des colonies du Portugal venus au Portugal pour des études.

En 1951, Agostinho Neto recueille des signatures pour le compte du « Mouvement Mondial des Partisans de la Paix »  en dépit  de la politique dictatoriale et totalitaire du Président portugais António de Oliveira Salazar.

Le Président-dictateur portugais ferme les portes de la « Maison des étudiants de l’Empire »  de 1952 à 1957,  et interdit l’utilisation du mot « Africain » pour désigner les provinces portugaises d’outre-mer. Ces écrivains lusophones sont contraints  de  dire à la place du mot  « Africain« , le groupe de mots « Diffusion des valeurs culturelles d’outre-mer » et avec le concept de « Négritude » de Léopold Sédar Senghor paru en 1947,  ils  utilisent désormais cette notion sensiblement similaire au mot « Africain« . 

Des échanges sur l’histoire africaine, l’art africain, des récits, des poèmes et la littérature, ces étudiants virent leurs conversations vers la politique et ceux issus des colonies portugaises choisissent l’idéologie de gauche, particulièrement le  communisme.

Pour eux donc,  la clé de la résolution des problèmes du peuple africain est d’adopter la doctrine communisme.

Alors qu’il participe à un meeting des étudiants, Agostinho Neto est arrêté en 1955 par la « Polícia internacional e de defesa do estado » (PIDE) ou « Police Internationale de Défense de l’Etat« . 

Auparavant appelée « Polícia de Vigilância e Defesa do Estado«  (PVDE) ou « Police de Vigilance et de Défense de l’État« , de  1933 à 1945, cette Police est devenue « Polícia Internacional e de Defesa do Estado«  (PIDE)  ou « Police de Défense Internationale et Etatique« .

La PIDE est soutenue par la « GESTAPO« , la Police nazie de l’Allemagne.

Cette Police maltraite les personnes arrêtées en les passant à tabac, en les privant de sommeil, les soumettant à la position de statue par laquelle le prisonnier est forcé à rester immobile pendant des heures avec les bras tendus, à l’isolement…

Les personnes sont emprisonnées au-delà de la période légale.

La pétition initiée par le « Mouvement Mondial des Partisans de la Paix »  en faveur d’Agostinho Neto est signée par de grands littéraires et peintres comme le poète français Louis Aragon, l’écrivain et philosophe français Jean-Paul Sartre, le poète mexicain Nicolas Guillen, l’écrivain français François Mauriac, la romancière française Simone de Beauvoir, le peintre mexicain Diego Rivera…

Dans l’ombre, début 1956, Viriato da Cruz, Mario de Andrade et Agostinho Neto pensent à la création du « Movimento Popular de Libertação d’Angola«  (MPLA) ou le « Mouvement populaire de Libération de l’Angola » mais pour se donner de la contenance, ils font croire que le MPLA existait déjà le 10 décembre 1956.

Dans une interview que Mario de Andrade accorde en 1982 à la sociologue française Christine Messiant, spécialisée dans la politique angolaise, il donne les conditions dans lesquelles le MPLA a été créée :  « Il faut bien voir qu’à l’époque, on n’écrivait pas l’histoire, on faisait une lutte politique, c’est dans ce cadre qu’il faut replacer ce qu’on a dit. On n’a jamais vraiment menti, mais on n’a pas dit la vérité. Mais il fallait voir les problèmes que nous connaissions à l’époque face à l’UPA. Dire que le MPLA existait, qu’il y avait une organisation sérieuse en Angola, était pour le MPLA une question de vie ou de mort. Et j’ai contribué, c’est vrai, à le faire croire (…) De plus, on ne peut jamais vraiment dater la fondation d’un mouvement de ce type. Ça se passe toujours plus ou moins en réunions de cafés. Enfin, ce qui est important, c’est qu’en décembre 1956 il existait bien un manifeste, et aussi un Parti qui devait  être à l’initiative d’un front nationaliste : le Parti communiste Angolais. Dès 1956 un tel projet existait, c’est avec cela que Viriato da Cruz arrive en Europe, et dans le but de le réaliser. Mais le PCA n’avait pas réussi à s’implanter ; il avait un statut et un programme, programme quasi directement recopié de celui du Parti communiste  Brésilien – c’est une des raisons d’ailleurs pour lesquelles je refuse d’y adhérer. Le  PCA, c’était Viriato, Ilidio Machado…(…) Il y avait aussi des Européens, [mais ce  n’est pas l’important]. Et le Parti communiste Portugais a refusé de reconnaître le PCA. Quand Viriato vient en Europe avec son manifeste, il y a entre nous des discussions, le texte est remanié, mais avec ces discussions Viriato prend conscience que ni la réalisation du PCA ni celle du MPLA ne sont possibles dans la situation, et le projet du MPLA est en quelque sorte congelé. Il sera repris seulement en 1960 à Tunis même, et seulement en ce qui concerne le MPLA. Ce sera effectivement bien  tard. Et l’impulsion viendra de l’extérieur. (C’était trop tard d’envoyer Neto en Angola en 1959 pour structurer le mouvement,  étant donné qu’il était repéré. Il a d’ailleurs été arrêté en fait presque tout de suite. Il n’a rien pu faire. Et c’était presque joué d’avance. Ça a peut-être été une erreur.) Mais il nous fallait dire que le MPLA existait déjà, et à l’intérieur de l’Angola, face à l’UPA. Il fallait se légitimer… »

Libéré en juin 1957,  Agostinho Neto est reconnu par « Amnesty International » comme prisonnier politique.

Agostinho Neto achève ses études en médecine en 1958 et en 1959, à l’âge  de trente sept (37) ans, il prend pour femme, la portugaise Maria Eugénia da Silva âgée de seize (16) ans et le couple rentre définitivement en Angola le 30 décembre 1959.

Avec le soutien de l’ »Union du Mouvement pour l’indépendance de l’Angola«  (MIA), le « Mouvement pour l’Indépendance Nationale de l’Angola«  (MINA) et le « Parti de la Lutte Unie des Africains de l’Angola«  (PLUA), le MPLA est créé effectivement en 1960 sous l’égide de Viriato da Cruz, Mario de Andrade et Dr Agostinho Neto. Ces indépendantistes des colonies portugaises, proches des soviétiques et des cubains créent aussi  le « Mouvement  Anti colonial Clandestin«  (MAC).

En 1961, un deuxième mouvement de lutte libération de l’Angola, le « Frente Nacional de Libertação de Angola«  (FNLA) ou « Front national de libération de l’Angola » naît  et est soutenu par les Etats-Unis d’Amérique, la France et le Zaïre, aujourd’hui appelée Congo-Kinshasa. 

Le FNLA est créé sous l’inspiration de l’angolais Álvaro Holden Roberto, né le  12 janvier 1923 à São Salvador, ceci, après avoir fondé l' »Union des populations du Nord de l’Angola«  (UPNA) en 1950 pour rassembler des personnes d’ethnie Bakongo.

Le 8 juin 1960, détenteur de son diplôme en médecine, Dr Agostinho Neto ouvre un cabinet médical mais il est arrêté en plein exercice de sa profession et lorsque ses patients tentent d’empêcher son arrestation, la PIDE ouvre le feu et il est dénombré des morts et des blessés.

A Kaxicane, village natal d’Agostinho Neto, les habitants se soulèvent pour protester contre son arrestation mais la PIDE réprime  sévèrement les manifestants et tue plus de trente (30) personnes.

La contestation se poursuit et les autorités coloniales déportent Agostinho Neto au Cap-Vert.

Poète reconnu sur le plan international avec ses œuvres traduites dans différentes langues et très appréciées du monde littéraire, la mobilisation pour sa libération s’intensifie et la campagne internationale ne faiblissant pas, les colons le transfèrent dans une prison de Lisbonne au Portugal.

De Lisbonne, il est ramené  au nord du Cap-Vert, à Santo Antão puis à Santiago, la plus grande île du Cap-Vert où il est autorisé à exercer la médecine sous surveillance des autorités portugaises.

Bien qu’Agostinho Neto ne dirige pas officiellement le MPLA car nommé Président honoraire, le MPLA lance le 4 février 1961, la lutte armée contre l’armée portugaise. Il attaque les prisons de Luanda et détruit une centaine de plantations des colons.

L’armée portugaise tue près de 1.000  angolais et procède à des arrestations en masse. 

Les angolais s’exilent en grand nombre et le monde entier est choqué lorsque le journal tunisien Afrique Action  publie la photo d’un jeune soldat portugais balançant la tête d’un ressortissant angolais plantée dans un pieu de  bois dans le seul but d’amuser ses camarades.

Meurtri, Agostinho Neto utilise cette horreur pour alerter l’opinion internationale sur les souffrances du peuple angolais mais la PIDE l’arrête à nouveau et le  17 octobre 1961, il est transféré dans une prison de Lisbonne.

La communauté internationale, anglophone, lusophone, francophone et le monde littéraire dont la revue Présence africaine réclament sa libération sans condition.

Le tapage médiatique oblige les colons à le libérer en mars 1962 mais il est assigné en résidence surveillée au Portugal.

Secrètement, le Roi Mohammed V du Maroc délivre des passeports marocains à Agostinho Neto et sa famille et ils s’évadent pour le  Maroc. Du Maroc, ils se rendent au Zaïre et s’installent à la capitale Kinshasa, anciennement appelé Léopoldville.

En décembre 1962, Agostinho Neto est élu Président du MPLA à sa première conférence nationale et le mouvement ouvre un bureau au Zaïre.

Bien que proche de l’Union soviétique, Agostinho Neto sollicite les Etats-Unis d’Amérique qui refusent de lui venir en aide.

Informé que le Zaïre est infiltré par des agents de la CIA, Agostinho Neto et son groupe traverse le fleuve Congo pour trouver refuge au Congo-Brazzaville.

Agostinho Neto se rend aux Etats-Unis à partir du Congo-Brazzaville pour solliciter une fois encore le soutien des américains et face à leur refus, il se rend à Cuba où le révolutionnaire argentin, Ernesto Guevara dit le « Ché »  le reçoit et le présente au révolutionnaire cubain Fidel Castro. 

Le Président cubain Fidel Castro accepte d’appuyer le mouvement MPLA et introduit Agostinho Neto auprès des soviétiques qui décident d’aider le MPLA

Armés et encadrés par les soldats soviétiques et les cubains, les combattants du MPLA lancent la guerre contre l’armée coloniale portugaise.

L’ »Union pour l’indépendance totale de l’Angola«   (UNITA), un troisième mouvement de libération de l’Angola dirigé par Jonas Savimbi, parrainé par les Etats Occidentaux et le régime d’apartheid de l’Afrique du Sud, voit le jour en 1966. 

L’UNITA regroupe les angolais d’ethnie Ovimbundu dans sa grande majorité ; Un peuple que l’on retrouve dans la région côtière à l’ouest du plateau central de l’Angola.

Jonas Malheiro Savimbi né le 3 août 1934 en Angola à Munhango, s’était rendu  avec une bourse d’étude américaine à Lisbonne au Portugal pour des études de médecine mais la non-validation d’une des matières l’avait empêché d’accéder à l’Université. 

Repéré par la PIDE pour son activisme politique, Jonas Savimbi s’est enfui de Lisbonne pour la Suisse où il est parvenu à obtenir une licence en sciences politiques.

Après avoir passé trente cinq (35) ans au pouvoir, Antonio de Oliveira Salazar, Président portugais, dictateur et anti-indépendance des Etats sous tutelle du Portugal est victime d’une attaque cérébrale et est contraint d’abandonner le pouvoir en 1968. Il décède le 27 juillet 1970.

Son remplaçant, Marcelo Caetano qui devient Président du Portugal le  27 septembre 1968 poursuit la politique répressive de son prédécesseur.

En 1973, Agostinho Neto effectue une visite privée en Bulgarie et à la suite de ce voyage, une dame déclare porter une grossesse de lui. Cette annonce est ignorée par la famille Neto et la mère dépose le bébé de sexe féminin de cinq (5) jours dans un orphelinat de Sofia, en Bulgarie.

Le 25 avril 1974, un coup d’Etat baptisé la « Révolution des œillets »  survient au Portugal et des militaires mettent fin au mandat du dictateur Marcelo Caetano. 

Le Général Antonio de Spínola est porté au pouvoir et dès son accession à la présidence, le nouvel homme fort du Portugal change la politique envers ses colonies, l’Angola, le Cap-Vert, la Guinée Bissau, la Mozambique, l’Etat de Sao Tomé et Principe dans le but de leur accorder leur indépendance.

En effet, constatant que les guerres coloniales consomment au moins 28 % du budget de l’Etat portugais et avec la population portugaise qui ne supporte plus la perte de ses enfants et critique ouvertement les sommes englouties dans les combats en Afrique, le Portugal se trouve obligé à changer de politique.

Plus grave, l’image du Portugal souillée sur le plan international est dénoncée par les portugais.

En Angola, deux (2) camps s’opposent après le coup d’Etat survenu au Portugal.

Un camp, le MPLA souhaite l’indépendance totale de l’Angola sous la direction des mouvements indépendantistes. 

L’autre camp, l’UNITA et le FNLA demande l’autodétermination sous la direction des colons portugais.

Le 1er mai 1974, en Angola, près d’un million de personnes prennent la rue pour célébrer leur liberté future et portent des banderoles : « Liberté pour les prisonniers politiques ! Paix et travail !  A bas le colonialisme ! »

La Police portugaise intervient et tue plusieurs personnes et le 15 juillet 1974, environ 30.000 personnes avec une majorité de noirs et quelques blancs participent aux funérailles des personnes massacrées pendant ces heurts.

Ce même jour, 15 juillet 1974, plus de 2 000 soldats noirs du MPLA protestent pour :

1°) exiger que les patrouilles des bidonvilles soient faites par les membres du MPLA ;

2°) demander le remplacement du gouverneur proche de l’ancien dictateur Salazar par l’Amiral Rosa Coutinho du Mouvement des Forces armées  (MFA) qui entretient de bons rapports avec le MPLA  et le Parti communiste portugais (PCP) ;

3°) obtenir la révocation des fonctionnaires de la PIDE ;

4°) avoir l’autorisation d’organiser leurs structures d’autodéfense dans les bidonvilles ;

5°) et  promouvoir  des comités de quartier. 

Exaspéré, le Portugal accepte d’accorder à l’Angola son indépendance et le  15 janvier 1975,  dans le village  d’Alvor au Portugal, les « Accords d’Alvor » sont signés entre le gouvernement portugais et les trois mouvements de libération de l’Angola, le  MPLA, le FNLA et l’UNITA.

Un gouvernement de transition quadripartite composé du Portugal, du MPLA, du FNLA et de l’UNITA est instauré à partir du 31 janvier 1975.

Dans le mois de février 1975, le FLNA attaque les positions du MPLA au nord du pays car soutenu par les  américains et le Président du Zaïre Mobutu Sese Seko qui reproche à l’Angola d’accueillir les rebelles du Katanga.

De son côté, le MPLA avec le soutien des russes et des cubains parvient à chasser les combattants du FNLA.

Le troisième mouvement, l’UNITA dirigé par Jonas Savimbi se replie à Huambo, à  600 km au Sud-est de l’Angola, la capitale Luanda  bien que soutenu par les Etats Occidentaux et le  régime d’apartheid de l’Afrique du Sud. 

Lorsque l’UNITA reçoit du renfort de ses alliés, il attaque le MPLA en août 1975 et cherche à prendre la capitale Luanda pour empêcher que l’indépendance de l’Angola soit proclamée.

Mais, avec la riposte des premiers contingents cubains, le MPLA repousse les assaillants.

Le 11 novembre 1975, Agostinho Neto du MPLA proclame seul l’indépendance de l’Angola. 

Le 12 février 1976, l’Angola intègre l' »Organisation de l’Unité Africaine«  (OUA) appelée aujourd’hui « Union Africaine » (UA) et devient le 46ème  membre. 

En décembre de la même année, 1976, l’Angola occupe la place de  148ème membre de l' »Organisation des Nations Unies«  (ONU).

Les portugais quittent définitivement l’Angola en 1975.

La monnaie Kwanza  se substitue à l’escudo portugais  le 8 janvier 1977.

Agostinho Neto soutient l’ »African National Congress«  (ANC) qui se bat contre l’apartheid en Afrique du Sud  et la « South West Africa People’s Organization«  (Swapo) en Namibie qui lutte également contre l’oppression des racistes blancs.

Le Président Agostinho Neto accorde en 1977 une interview au magazine français mensuel, « Afrique-Asie » et expose les manigances des Occidentaux pour envahir l’Angola. Il s’adresse particulièrement à la France : « La France est un pays qui proclame la liberté, l’égalité, la fraternité, mais c’est aussi le pays qui a le plus fait pour aider l’Afrique du Sud. C’est un pays qui s’est efforcé d’inciter les pays africains à camper sur les positions les plus réactionnaires. C’est un pays qui n’apporte pas de contribution au progrès des peuples mais qui, tout au contraire, prend des positions  constamment réactionnaires que nous ne pouvons considérer comme conciliables avec notre ligne révolutionnaire… » (Voir l’interview entier à la fin du présent article)

En mars 1977, le Président angolais évoque un plan en préparation des assaillants pour attaquer l’Angola et s’accaparer de la province de Cabinda à partir de leur  opération baptisée « Opération Cobra« . 

Ces assaillants veulent commencer sur le territoire du Zaïre avec l’aide des américains qui se trouvent dans l’île Bula Mbembe, sur le fleuve Congo.

L’Angola est la cible du Zaïre parce que le Président zaïrois accuse le Président angolais de manœuvrer contre lui en abritant  des militaires et gendarmes du Katanga, une province du Zaïre et réfugiés depuis 1965 en Angola.

Pour l’histoire, lorsque le zaïrois Moïse Tshombé a fait sécession de la province du Katanga, en séparant cette province du Zaïre et que les Forces des Nations unies ont repris cette province les militaires Katangais sont devenus des ennemis du  Président zaïrois Mobutu.

Ces militaires katangais empêchent les éléments de l’UNITA et les militaires du Zaïre d’envahir leur pays d’exil, l’Angola mais ces militaires katangais avancent sur le territoire zaïrois pour chasser le Président Mobutu Sese Seko.

Le Président zaïrois sollicite la France et le Maroc pour les stopper.

L’interview  du Président  Agostinho Neto à « Afrique-Asie » et ses  prises de position déplaisent aux américains et aux autres puissances Occidentales et seulement dix (10) jours après l’interview accordée par le Président angolais, une tentative de coup d’état est perpétrée en Angola.

En effet, le 27 mai 1977, des membres du MPLA, avec pour meneur le ministre angolais de l’Administration du Territoire, le major Nito Alves prennent d’assaut la prison de Luanda et la Radio nationale mais le coup d’Etat échoue et la répression fait couler beaucoup de sang.

Le Président Agostinho Neto est déclaré « héros national » au premier Congrès du MPLA en
décembre 1977 et il est instauré en Angola, la  « Journée du héros national »  et les qualités incontestables politiques et culturelles du Président Agostinho Neto sont mises en évidence ce jour.

En 1979, l’enquête de la répression  disproportionnée du  putsch manqué de 1977 est présentée au Président Agostinho Neto qui fait savoir publiquement son mécontentement et dissous la Police DISA, chargée de la répression.

Gravement malade et évacué à Moscou  pour des soins liés à son  cancer de pancréas, le Président Agostinho Neto,  après une opération chirurgicale compliquée, décède le 10 septembre 1979,  à cinquante sept (57) ans.

Le Président Agostinho Neto n’a gouverné que quatre (4) ans, après une lutte de toute une vie et son combat a le goût d’une symphonie inachevée car  laissant un pays toujours en guerre.

Plusieurs pays dont le Brésil, le Portugal et le Cuba décrètent  trois (3) jours de deuil en sa mémoire.

Le Président  Agostinho Neto a lutté afin que son pays sorte de la bataille cachée des puissances internationales avec l’UNITA, le FLNA et le MPLA

Le « Nouvel Observateur« , un journal français publie cet article le  17 septembre 1979 : «…Aucun dirigeant de l’Afrique post-coloniale n’est arrivé au pouvoir dans des conditions aussi dramatiques qu’Agostinho Neto, mort à Moscou lundi dernier. (…) En dépit de l’aide décisive de l’U.R.S.S., Neto réussit à éviter toute inféodation inconditionnelle. Il laisse à ses successeurs un subtil édifice diplomatique dont les étages les plus récents comportent d’importantes percées économiques à l’Ouest, la normalisation des relations avec le Zaïre, la collaboration avec les Occidentaux dans les tentatives de règlement de l’affaire namibienne et l’amorce d’une coopération élargie avec la Communauté économique européenne. Personne ne peut dire aujourd’hui quelle partie de cet héritage les successeurs de Neto choisiront de privilégier. Ce qui est sûr, c’est que le président angolais disparait à un moment crucial, alors que l’Afrique du Sud en Namibie et sur la frontière angolaise une politique offensive que les pays occidentaux – et en particulier l’Amérique affaiblie de Carter – ne semblent plus très désireux, pour l’instant, de contenir. »

 Un autre magazine, français « Afrique-Asie »  écrit le  15 octobre 1979 : «…Les énormes difficultés de la guerre contre les Portugais, les complots internes et les défections l’avaient rendu encore plus conscient de sa force et de ses responsabilités historiques. L’amertume l’avait pourtant envahi après le coup monté des fractionnistes, le 27 mai 1977, qui intervenait dans la période la plus difficile de la reconstruction nationale. Ces expériences avaient accru sa vigilance, durci son combat contre les forces attachées à freiner le processus révolutionnaire. Et il profitait de son prestige et de son autorité incontestée pour imprimer un dynamisme nouveau à la direction de la lutte, et pour faire appel au peuple afin qu’il juge l’œuvre de ses dirigeants. Il symbolisait pour les masses la ligne issue de la direction du Parti. Faisant jouer à plein, surtout depuis quelque temps, ses prérogatives constitutionnelles, il critiquait publiquement plus d’un organisme d’État, leur rappelant leurs objectifs et les y ramenant, rectifiant même leurs attributions. »

José Eduardo dos Santos est élu Président du MPLA à l’unanimité du bureau politique et devient Président de la République de l’Angola le 21 septembre 1979. 

José Eduardo dos Santos, détenteur d’un diplôme d’ingénieur du Pétrole et des Télécommunications obtenu en Union Soviétique, a adhéré au MPLA en 1961 lorsque ce Parti fonctionnait dans la clandestinité. 

Nommé ministre des Relations extérieures  de 1975 à 1978, il a occupé le poste de Vice-Premier ministre et ministre du Plan jusqu’en 1979.

Seulement une semaine après son arrivée au pouvoir, le 26 septembre 1979, le régime d’apartheid de l’Afrique du Sud par voie aérienne détruit la route de la Serra da Leba, les ponts et les tunnels ferroviaires d’une ville angolaise  située non loin de l’Afrique du Sud. 

Allié de l’UNITA, le régime d’apartheid  de l’Afrique du Sud  continue d’attaquer l’Angola, met en exécution son « opération  Smokeshell »  en décembre 1980 et attaque la province du sud-ouest de l’Angola, de Cunene et une autre province, le Kuando-Kubango.

Jonas Savimbi de l’UNITA bénéficie du soutien du Président ivoirien  Félix Houphouët-Boigny qui ne souhaite pas que le communisme s’installe en Angola.

Pendant cette période, Jonas Savimbi bénéficie d’un passeport diplomatique ivoirien et est reçu en Côte d’Ivoire comme un « Chef d’Etat » et une représentation diplomatique de l’UNITA est ouverte en Côte d’Ivoire.

Plusieurs membres de L’UNITA dont son délégué de l’Afrique de l’ouest, Kakumba Marques se voient octroyer des passeports ivoiriens et les journalistes ivoiriens sont reçus régulièrement  dans le fief de Jonas Savimbi, à Huambo en Angola.

Il est dit que les journalistes ivoiriens qui le visitaient dans son fief à Huambo en Angola pour des interviews,  obtenaient des pépites de diamant du Chef rebelle angolais Jonas Savimbi.

Le Président José Eduardo dos Santos cherche à résoudre diplomatiquement  le conflit. 

Le 22 juin 1989, en présence de dix-huit (18) Chefs d’Etat africains et sous l’égide du Président Mobutu Sese Seko du Zaïre, il est signé  au Zaïre, l« Accord de Paix de Gbadolite« .

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Au cours  de cette cérémonie, le Président José Eduardo dos Santos du MPLA et Jonas Savimbi de l’UNITA se donnent une poignée de mains.

Un cessez-le-feu est instauré en Angola le samedi du 24 juin 1989 à 00H00 mais l’Accord n’est pas respecté.

De passage à Yamoussoukro en Côte d’Ivoire le jeudi 19 octobre 1989, le Chef de l’Etat gabonais Omar Bongo Ondimba annonce que le lundi 30 octobre 1989, il se tiendra à Yamoussoukro, une réunion à quatre (4) c’est-à-dire avec la Zambie du Président Kenneth Kaunda, Sao-Tomé-et-Principe du Président Manuel Pinto da Costa, le Gabon du Président Omar Bongo Ondimba et la Côte d’Ivoire du Président Félix Houphouët-Boigny afin de préparer une réunion du groupe des huit (8) pour  le Sommet qui se tiendra au Gabon pour la paix en Angola.

De son côté, voulant faire aboutir sa médiation dans la crise angolaise, le Président zaïrois Mobutu Sese Seko  accorde une audience le jeudi 19 octobre 1989 à Paris en France, à M. Pedro Van Dunem Loy,  Chef de la diplomatie angolaise pour transmettre un message au Président angolais José Eduardo dos Santos dans le cadre d’un Sommet  au Zaïre.

En 1991, l’UNITA contrôle plus de 60 % du territoire angolais.

Le Président José Eduardo dos Santos est forcé de négocier avec Jonas Savimbi et le 31 mai 1991, à l' »Ecole Supérieure d’Hôtellerie et Tourisme d’Estoril« , au Portugal, sont signés les « Accords de Bicesse » sous la supervision des autorités portugaises.

Les « Accords de Bicesse » prévoient l’organisation des élections multipartites en 1992 sous la supervision des Nations Unies et le Président José Eduardo dos Santos se  prononce après la conclusion des  « Accords de Bicesse » : « …Le peuple Angolais et le pays ont besoin de la tranquillité et de la stabilité, ils ont besoin de la compréhension et de l’appui de la communauté internationale pour construire leur futur (…) dans tout ce processus, il y avait également eu l’intervention de la communauté internationale, qui avait aidé à atténuer les divergences et à lancer les bases d’une convivialité pacifique et ouverte entre tous les Angolais (…) Je dois  exprimer au nom du peuple Angolais et de son Gouvernement, et également en mon propre nom, la vive reconnaissance au Gouvernement de la République  Portugaise, pour la manière engagée, exempte, sage dont elle a conduit la médiation entre le Gouvernement Angolais et l’Unita… »

Pour ne pas être lié par les « Accords de Bicesse« , Jonas Savimbi les fait signer par Eugenio Manuvakola, son ancien Secrétaire général.

Le Président José Eduardo dos Santos en fait autant et envoie Venancio de Moura, son ministre des Affaires étrangères pour apposer sa signature sur les Accords.

Le 29 septembre 1991, Jonas Savimbi arrive à Luanda en Angola et en octobre 1991, le Président José Eduardo dos Santos le reçoit en audience.

Les élections sont organisées en Angola les 29 et 30 septembre 1992 et donnent au premier tour, 49,57 % des voix pour José Eduardo dos Santos contre 40 % pour Jonas Savimbi.

José Eduardo dos Santos gagne ces élections.

A l’élection législative, l’UNITA obtient soixante dix (70) sièges au Parlement sur 220 mais encouragé par le Président Mobutu Sese Seko, Jonas Savimbi reprend les hostilités après avoir rejeté tous les résultats des élections il se retrouve isolé sur la scène internationale et acculé par cette communauté internationale, il accepte, le 31 octobre 1994, de signer le  « Protocole de Lusaka »  en Zambie qui met  fin à la guerre civile en Angola. 

Le « Protocole de Lusaka » prévoit également le désarmement de l’UNITA et la mise en place d’un gouvernement d’union nationale.

Entretemps, le Président José Eduardo dos Santos s’est rapproché des américains et du bloc Occidental.

En 1995, l’ONU envoie  6.500 casques bleus en Angola.

Lorsque le Président du Zaïre Mobutu Sese Seko est chassé du pouvoir le 16 mai 1997, Désiré Kabila devient Président et Jonas Savimbi est désemparé face à l’éviction de son allié, le Président Mobutu dont le territoire constitue sa base arrière. 

Le 16 mai 1997, le Zaïre devient la « République démocratique du Congo » (RDC) sous le nouveau Président Désiré Kabila.

Jonas Savimbi, reprend la guerre en décembre 1998, sous prétexte que le Général João de Matos, Chef d’état-major général des « Forces armées angolaises«  (FAA) aurait dit, en février 1995, que : « (..) Seule la défaite militaire de l’UNITA pourrait  instaurer la paix en Angola (…) ».

Le Conseil de Sécurité de l’ONU sanctionne l’UNITA en gelant ses avoirs et le  15 septembre 1993, il est imposé un embargo sur les armes destinées à l’UNITA.

Elu le 26 octobre 2000 à la tête de la République de Côte d’Ivoire, le Président Laurent Gbagbo après avoir achevé une visite officielle de quarante-huit (48) heures à Luanda en Angola le 30 mai 2001, déclare que la Côte d’Ivoire ne sera plus une base-arrière des rebelles de l’UNITA.

Il ordonne à Jonas Savimbi de quitter la Côte d’Ivoire et fait retirer son passeport ivoirien et ceux des membres de l’UNITA et qui leur permet de se déplacer à travers le monde.

Cette visite et les déclarations du Président ivoirien Laurent Gbagbo créent un rapprochement entre le Président angolais José Eduardo dos Santos et le Président ivoirien Laurent Gbagbo. 

La Côte d’Ivoire ouvre le capital de la « Société ivoirienne de raffinage » (SIR) à la société nationale angolaise de pétrole.

Le Président José Eduardo dos Santos, dans le processus de réconciliation en Angola, intègre une grande partie des combattants de l’UNITA dans l’armée gouvernementale.

En février 2002, sur le sol angolais, Jonas Savimbi utilise son téléphone satellitaire pour appeler le Général de brigade Simao Carlitos Wala de la 20ème  Brigade de l’armée angolaise, pour lui tendre une embuscade mais son appel cause sa perte parce qu’il est localisé par les experts américains et israéliens des télécommunications. 

Les recherches se concentrent donc à l’Est de l’Angola, sur les rives du fleuve Luvuei, dans la province de Moxico où se cache Jonas Savimbi. 

Repéré, il  tente d’atteindre la frontière de la Zambie à une centaine de kilomètres mais le cordon sécuritaire de son QG est déjà neutralisé et Jonas Savimbi tire quelques coups de feu en direction des  soldats de l’armée portugaise mais la riposte est fatale pour lui.

Jonas Savimbi reçoit une quinzaine de balles dans le corps et décède, ce vendredi 22 février 2002 à
15 heures.

Ses vingt-et-un (21)  gardes de corps perdent la vie également dans cette bataille.

Le Général de brigade Simao Carlitos Wala, dans le quotidien Journal de l’Angola dit : «Nous l’avons cloué de sept tirs. Il tentait de résister avec son arme à la main, mais il a fini par mourir

Après la mort de Jonas Savimbi, l’UNITA capitule et signe en avril 2002, les « Accords de paix de Luena ».

Un mémorandum d’Entente Complémentaire au Protocole de Lusaka impose un cessez-le-feu et le désarmement des 50 000 combattants de l’UNITA.

La guerre civile d’Angola a duré vingt sept (27) ans et a fait plus de 500 000 morts avec 100 000 personnes mutilées et plus de 4 millions de déplacés. 

Des analystes soutiennent que la guerre d’Angola a duré aussi longtemps parce que les différentes puissances voulaient contrôler les richesses de l’Angola.

En effet, les deux (2) blocs de la guerre froide, américains  et russes se sont masqués derrière les mouvements indépendantistes angolais pour mener leur guerre afin de profiter des immenses  richesses minière, pétrolière, forestière, cuivre, fer, or et diamant de l’Angola.

Devenue majeure, Mihaela Marinova, la présumée fille de l’ex-Président Agostinho Neto, née en Bulgarie en 1973, entreprend  des démarches pour prouver que l’ex-Président angolais Agostinho Neto est son père.

Elle effectue un test d’ADN avec Gilberto Cardoso Mariano, neveu d’Agostinho, qui réside à Londres touché par l’histoire de Mihaela Marinova. Le test  a confirmé que Mihaela Marinova et Gilberto Cardoso Mariano sont parents à 95 % et sont mêmes des cousins. 

Ce résultat permet l’annulation du premier  test d’ADN effectué à Johannesburg en  Afrique du Sud en 1999 avec le sang de Maria Neto, l’épouse d’Agostinho Neto.

Après être resté au pouvoir de 1979 à 2017, soit trente-huit (38) ans de règne, le Président José Eduardo dos Santos décède le 8 juillet 2022 à Barcelone, en Espagne.

L’intégrité et la loyauté du Président Agostinho Neto l’ont empêché de s’enrichir pendant toutes les années passées au pouvoir et son épouse Maria Eugénia da Silva Neto, dit au cours d’une interview accordée à un journal : « Mon mari avait conquis un pays immensément riche, mais n’avait pas laissé un sou pour sa famille…»

Un grand mémorial est bâti en Angola en son honneur, un bâtiment construit en 1981 qui a été réhabilité en mars 2006 par une entreprise de la République Populaire et Démocratique de Corée.

Achevé depuis le mois de février 2013, le mausolée d’Agostinho Neto est décrit comme suit : « Un mémorial avec une tour de 120 mètres de hauteur et occupe une superficie totale de 124 mille mètres carrés. Dans le bloc central se trouve le sarcophage. A l’entrée, il y a un tableau avec une photo du Président Agostinho Neto et 16 figures en bronze représentant les différentes branches des activités économiques, sociale et culturale. A droite et à gauche, il y a des salles de formation professionnelle, de conférences et  d’expositions, et un musée. Au premier étage, a  été créé un vitrail avec les moments d’Agostinho Neto comme homme, politique, poète, médecin et homme d’Etat. Le deuxième étage offre une vue panoramique de la zone où a été construit le Mausolée. Devant le bâtiment, se trouve une piste pour les défilés et une tribune, avec l’un des gradins latéraux avec deux mille sièges. Cet espace est entouré de jardins et de parkings. »

 

 PAROLE FORTE DU LEADER AGOSTINHO NETO :

« Les pays Occidentaux ont peur de la révolution et ils essaient
de l’empêcher  par tous les moyens. Ils veulent notamment faire croire
 que les pays socialistes veulent s’emparer de l’Afrique »

 

 

 

 
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POEME D’AGOSTINHO NETO INTITULE «  ESPERANCES SACREES »
 
Aux héros du peuple angolais
 
A mon retour au pays natal
 
Les casuarinas avaient disparus de la ville
 
Toi aussi
 
Mon ami Liceu
 
Voix consolatrice des rythmes entraînants du pays
 
Dans la nuit des samedis infaillibles
 
Toi aussi
 
Harmonie sacrée ancestrale
 
Ressuscitée dans les arômes sacrés du Ngola Ritmos
 
Toi aussi tu avais disparu
 
Avec toi
 
Les intellectuels
 
La Ligue
 
Le Farolim
 
Les réunions des Ingombotas
 
La conscience de ceux qui trahissent sans conviction
 
Je suis arrivé au moment précis du cataclysme matinal
 
Où l’embryon rompt la terre humidifiée par la pluie
 
Et la plante s’élève resplendissante de couleur et de jeunesse
 
Je suis arrivé pour la résurrection de la graine
 
La symphonie dynamique de la croissance de la joie chez les hommes.
 
Le sang et la souffrance
 
Etaient un torrent impétueux qui divisait la ville 
 
A mon retour au pays natal
 
Le jour était choisi
 
L’heure avait sonné
 
Même le rire des enfants avait disparu
 
Vous aussi
 
Mes bons amis mes frères
 
Benge Joaquim Illidio Manuel
 
Quels autres encore ?
 
Des centaines de milliers d’amis
 
Quelques-uns disparus à jamais
 
Victorieux pour toujours dans cette mort pour vivre
 
A mon retour au pays natal
 
Quelque chose de gigantesque se mouvait dans le pays
 
Les hommes dans les silos gardaient davantage
 
Les écoliers étudiaient davantage
 
Le soleil brillait davantage
 
Une jeune sérénité habitait les vieux
 
Plus que l’espoir c’était la certitude
 
Plus que la bonté c’était l’amour.
 
Les bras des hommes
 
Le courage des soldats
 
Les soupirs des poètes
 
Tout et tous essayaient de porter très haut
 
Sur la mémoire des héros
 
Ngola Kiluanji
 
Reine Jinga
 
Tous essayaient de porter très haut
 
Le drapeau de l’indépendance.
 
 
 
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INTERVIEW ACCORDEE PAR LE PRESIDENT AGOSTINHO NETO A AFRIQUE-ASIE EN 1977
 
Afrique-Asie : Mobutu accuse l’Angola d’avoir envahi la province du Shaba lors de l’insurrection populaire du Front de libération national congolais (FLNC) et tout le monde s’interroge sur le rôle qu’aurait joué la République populaire d’Angola dans ce soulèvement. Qu’en est-il exactement ?
 
Agostinho Neto : Il est nécessaire de mettre une fois pour toutes un terme aux interprétations confuses qui se sont fait jour à propos du soulèvement au Shaba. La réalité est qu’il existait en Angola plusieurs milliers de Zaïrois parmi lesquels d’anciens soldats de Tshombé2. Ils étaient ici du temps des Portugais et ils étaient restés sur notre territoire. Il ne fait pas de doute que ces gens ont participé aux événements du Shaba. Voilà pour les faits.
 
Examinons par ailleurs la propagande développée par le Zaïre et d’autres pays sur ce qui s’est passé. Rappelons d’abord pour mémoire, et pour s’en tenir à la vérité historique, que les relations entre le Zaïre et le MPLA n’ont jamais été bonnes. Depuis l’aube de notre lutte de libération, nous avons eu beaucoup de difficultés à agir au Zaïre et n’avons jamais pu effectivement mener des actions militaires contre les Portugais à partir de ce pays. Une véritable barrière y était érigée qui nous empêchait constamment, et parfois violemment, de mener la lutte armée contre les colonialistes portugais. Cela depuis 1962, lorsque nous avons installé le siège du MPLA à l’extérieur, à Kinshasa.
 
« UNE AGRESSIVITÉ CONSTANTE DU ZAÏRE »
 
Plusieurs de nos militaires furent arrêtés, molestés, et certains même ont perdu la vie en territoire zaïrois, soit directement du fait des autorités zaïroises, soit par l’intermédiaire du FNLA, qui fut protégé par tous les gouvernements zaïrois successifs. Et cela a continué après la décision prise par le Portugal de décoloniser. 
 
Le Zaïre n’a pas seulement aidé les troupes du FNLA en Angola, mais il a même envoyé les siennes propres pour faire la guerre contre nous et notre peuple. On ne peut donc pas dire que les relations entre nous et le Zaïre aient jamais été bonnes. Malgré les rencontres entre des délégations zaïroises et angolaises, qui ont continué, précaires, il y a eu une constante agressivité du Zaïre à l’égard de l’Angola.
 
Avec les événements du Shaba, le Zaïre a immédiatement accusé des soldats angolais, cubains, soviétiques et des Katangais entraînés et armés en Angola de s’être livrés à une invasion contre son territoire. Il est aisé de faire justice d’une partie de cette affirmation, celle concernant la participation d’Angolais, de Cubains et de Soviétiques. L’opinion publique a pu le constater : il n’y en a pas eu, il n’y en a pas, personne n’en a trouvé, ils n’ont pas été mêlés à l’affaire du Shaba. Quant à l’autre partie, celle qui a trait aux Zaïrois armés et entraînés en Angola ayant envahi la province sud du Zaïre, pourquoi Mobutu a-t-il lancé cette accusation ? Pour sensibiliser l’opinion publique internationale, qui, devant l’indépendance angolaise et la façon dont elle fut acquise, s’effraie de notre alliance avec les pays socialistes et de notre opinion socialiste.
 
Ce sont donc des raisons bien plus profondes que cette simple et prétendue invasion. Le premier but recherché est de faire en sorte que les forces réactionnaires  africaines et mondiales puissent condamner l’Angola afin de mieux l’attaquer par la suite et de détruire les conquêtes du peuple angolais. Il n’est pas niable que les Zaïrois, les pseudo-Katangais qui étaient et qui sont encore ici, en Angola, ont toujours bénéficié de la protection du gouvernement de la RPA [République populaire d’Angola]. Nous ne pouvons cesser d’accorder notre aide à tous les réfugiés qui sont venus et qui viennent s’installer ici. Nous continuerons à le faire avec tous les moyens dont nous pouvons disposer, afin qu’ils puissent vivre, du moment qu’ils sont des réfugiés politiques.
 
Afrique-Asie : Ces réfugiés sont nombreux… Comment l’Angola peut-il les aider ?
 
Agostinho Neto : Jusqu’ici, effectivement, nous avons supporté la charge que représentent ces réfugiés du Zaïre. Nous faisons d’énormes sacrifices car, comme on le sait, notre structure de distribution de biens de première nécessité est encore faible et notre peuple souffre d’énormes carences. Je pense que nous devrons nous adresser aux organismes internationaux pour qu’ils nous aident à trouver des solutions pour ces réfugiés. Nous devrons également avoir des contacts bilatéraux avec les pays développés, qui devraient pouvoir aider également.
 
Mais, pour en revenir au Shaba, nous pouvons affirmer que jamais la RPA n’a encouragé ou incité des réfugiés à rentrer dans leur pays pour participer au soulèvement qui a lieu contre le régime de Mobutu. Il n’existe pas de rôle direct de la RPA dans ce conflit au Shaba. Il y a eu, certes, la participation d’éléments zaïrois réfugiés en Angola mais ils n’étaient pas les plus nombreux. Les plus nombreux sont les populations qui se sont largement manifestées contre Mobutu et qui aujourd’hui se trouvent dans la brousse. Va-t-on dire que le peuple de Shaba tout entier est sorti  de l’Angola pour aller attaquer les installations minières et je ne sais quoi encore, [une thèse] que Mobutu a tenté d’accréditer pour les besoins de sa propre cause ?
 
Afrique-Asie : On a beaucoup parlé de la tentative de médiation du Nigeria et du refus de l’Angola d’être considéré comme partie au conflit interne qui se déroulait au Zaïre. Ces conversations ont-elles eu d’autres résultats ?
 
Agostinho Neto : Il est possible qu’elles continuent pour bien cerner les raisons qui peuvent amener à une rencontre bilatérale ou multilatérale. Il faut bien savoir de quoi nous pourrions parler.
 
« LES PAYS AFRICAINS RÉACTIONNAIRES  ONT PEUR DU RÉGIME ANGOLAIS »
 
Afrique-Asie : Le général Nathanaël Mbumba, président du FLNC, a, dans une interview à notre revue, demandé, face à l’internationalisation du conflit au Zaïre, une aide à l’Angola permettant de faire avancer le processus de libération. Que répond le président de la RPA à cette demande ?
 
Agostinho Neto : Le général Nathanaël Mbumba est tout à fait dans son droit en demandant une aide à tous les pays du monde. Nous, nous sommes dans une situation spéciale et nous avons un principe : celui de non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays. Nous aiderons donc les réfugiés qui se trouvent chez nous – et il y en a des dizaines de milliers en ce moment, nous leur procurerons, je le répète, médicaments, vêtements, nourriture dans toute la mesure de nos possibilités. Mais que personne n’attende de nous que nous servions de base logistique pour une activité militaire dans un pays indépendant de l’Afrique.
 
Afrique-Asie : Que pensez-vous de l’intervention de certaines puissances occidentales, dont la France, au Zaïre, et de leur tentative de regrouper sous leur bannière, contre la poursuite de la libération du continent, les forces réactionnaires africaines ?
 
Agostinho Neto : Je l’ai déjà dit, les pays africains réactionnaires ont peur du régime angolais. Ils ont peur de la manière dont l’Angola a accédé à l’indépendance. Nous ne pouvons que nous féliciter d’avoir choisi la voix progressiste, la seule qui puisse réellement barrer la route à l’impérialisme. Nous pensons que toute argumentation sur la présence des Cubains et des Soviétiques n’est qu’un argument au rabais utilisé pour impressionner. Là n’est pas le problème. Le seul problème, c’est l’option socialiste de notre pays.
 
Afrique-Asie : Parallèlement à l’affaire du Shaba, la presse occidentale fait état d’infiltrations accrues dans le nord de l’Angola et de combats dans la province du Cabinda. Est-ce exact ?
 
Agostinho Neto : Il n’y a rien eu de spécial et encore moins de spectaculaire. Au contraire, pendant ces dernières semaines, la situation à l’intérieur du pays tendait à se normaliser de plus en plus. Bien sûr, il y a toujours des infiltrations dans la province du Zaïre, au nord, dans celle du Cunene, au sud. 
 
Mais Cabinda n’a pas été l’objet d’une attaque spéciale. Évidemment certains individus, à Paris, font des déclarations sur de grandes opérations ayant réussi à encercler des milliers de nos soldats. Ils tentent, bien évidemment, de développer un certain état d’esprit dans l’opinion politique internationale, mais cela ne dépasse pas le stade de la pure propagande et ne se reflète pas du tout sur le terrain.
 
Afrique-Asie : Vous venez de citer Paris, la France semble décidément au cœur des opérations qui visent à entraver la libération de toute l’Afrique australe. Les représentants du pseudo-Front de libération de l’enclave de Cabinda se manifestent à Paris, les autorités françaises se multiplient, qui à Kinshasa, qui à Dakar, etc. Quelles peuvent être, dans ce cas, les relations entre la France et l’Angola ?
 
Agostinho Neto : La RPA a toujours essayé d’avoir des relations amicales avec tous les peuples du monde. Il n’est malheureusement pas possible de réaliser ce désir. Certains pays continuent à opprimer des peuples africains : en Rhodésie, en Namibie, en Afrique du Sud. Avec les pays européens, nous avons essayé d’établir des relations diplomatiques, qui étaient en effet établies également avec la France. Mais nous ne pouvons pas empêcher de condamner, comme nous l’avons déjà fait officiellement, l’attitude de la France en relation soit avec notre pays, soit avec d’autres pays africains.
 
« LA FRANCE EST LE PAYS QUI A  LE PLUS FAIT POUR AIDER L’AFRIQUE DU SUD »
 
La France a été le premier pays à intervenir dans les affaires intérieures du Zaïre – une affaire intérieure qui, de surcroît, n’affectait pas et ne pouvait pas affecter les intérêts français. Et c’est encore la France qui a fourni des pilotes pour les avions qui, en ce moment même, menacent notre frontière Est. Cette attitude ne peut évidemment favoriser les relations entre la République populaire d’Angola et la République française. Et certaines difficultés pourront s’élever dans l’avenir s’il se  produit une attaque contre notre pays à partir de ces territoires où la France maintient des troupes. Je crois que les autres pays qui sont intervenus là et qui menacent notre pays auront à subir de la part de la RPA les mêmes conséquences que la France.
 
La France est un pays qui proclame la liberté, l’égalité, la fraternité, mais c’est aussi le pays qui a le plus fait pour aider l’Afrique du Sud. C’est un pays qui s’est efforcé d’inciter les pays africains à camper sur les positions les plus réactionnaires. C’est un pays qui n’apporte pas de contribution au progrès des peuples mais qui, tout au contraire, prend des positions constamment réactionnaires que nous ne pouvons considérer comme conciliables avec notre ligne révolutionnaire.
 
Afrique-Asie : Comment les pays progressistes africains peuvent-ils, selon vous, se défendre contre un tel front des pays réactionnaires ?
 
Agostinho Neto : Jusqu’ici, il n’y a pas eu de concertation entre l’ensemble des pays progressistes africains. Il n’y a eu aucune conférence, aucune consultation, aucun échange d’information à ce sujet. J’ignore ce que chacun peut penser sur la meilleure manière que peuvent avoir les pays progressistes de se défendre. Pour moi, je crois que c’est en mobilisant les peuples pour qu’ils prennent en main la défense de leurs propres intérêts.
 
Afrique-Asie : La Zambie vient de proclamer l’« état de guerre » contre la Rhodésie de Ian Smith. L’Angola a aussitôt déclaré qu’une agression contre la Zambie serait considérée comme une agression contre l’Angola même. Pensez-vous que nous entrions dans une phase plus aiguë de la confrontation entre pays racistes et pays de la ligne de front, qui défendent les droits des peuples et leur libération ?
 
Agostinho Neto : Je crois qu’effectivement on s’achemine vers une phase plus aiguë. Mais la coopération existe depuis déjà plusieurs mois entre les différents pays de la ligne de front. Et je pense que tous ces pays partagent le sentiment que nous avons  ici en RPA : nous devons toujours progresser dans la ligne de défense des  peuples  qui revendiquent leur indépendance, dans la ligne de lutte contre l’oppression des peuples africains par les minorités blanches d’Afrique australe. Je pense que c’est là l’unique attitude réellement progressiste que nous puissions avoir. Tant que des peuples sont exploités et des richesses exportées dans les pays capitalistes au bénéfice de certains monopoles, il ne peut y avoir d’indépendance et de liberté en Afrique. Or nous sommes pour la liberté et pour l’indépendance.
 
FACE À LA RHODÉSIE RACISTE,  « LES PROMESSES SONT RESTÉES DES PROMESSES »
 
Afrique-Asie : Des manœuvres se multiplient qui visent à retarder la libération des peuples du Zimbabwe, de Namibie et d’Afrique du Sud. L’Angola a-t-il une nouvelle tactique à proposer aux pays de la ligne de front ?
 
Agostinho Neto : Les pays capitalistes sont en train de tout mettre en œuvre pour empêcher l’indépendance complète de la Namibie et du Zimbabwe. Ils tentent d’éviter le développement de la lutte armée, dans leur propre intérêt ou, mieux, dans celui des monopoles, des multinationales. Cette action va continuer. Et, sur le plan diplomatique, ils voudraient convaincre les pays de la ligne de front d’accepter  un compromis et de réduire ainsi les possibilités des peuples encore dominés  d’obtenir leur véritable indépendance. À mon avis, les pays de la ligne de front, dont l’Angola, doivent donner le maximum d’appui à l’action armée, que nous tous croyons être la seule voie pour garantir la solution politique la plus adéquate aux aspirations de ces peuples.
 
Sans le développement de la lutte armée, il ne sera pas possible d’atteindre les objectifs d’une véritable libération. Les pays occidentaux ont moins peur de l’indépendance elle-même que d’une transformation sociale qui mettrait les peuples de Namibie et du Zimbabwe dans une situation révolutionnaire leur permettant de s’emparer du pouvoir. En d’autres termes, les pays occidentaux ont peur de la révolution et ils essaient de l’empêcher par tous les moyens. Ils veulent notamment faire croire que les pays socialistes veulent s’emparer de l’Afrique.
 
Il est nécessaire que tous nous soyons très attentifs. La Zambie vient d’être directement menacée, le Botswana d’être agressé, le Mozambique a connu ces agressions et de notre côté nous en sommes également victimes. Tous nous connaissons maintenant le caractère des forces réactionnaires racistes sud-africaines, rhodésiennes et de tous les capitalistes actifs en Afrique australe, qui veulent conserver ou récupérer entièrement leurs positions d’exploiteurs sur notre continent. Nous devons nous opposer par tous les moyens et en toute circonstance à la possibilité d’un reflux de la lutte. À tout ce qui peut amener un affaiblissement des peuples en lutte contre la domination raciste.
 
Afrique-Asie : Êtes-vous sceptique quant à la possibilité de la conférence de Maputo de faire s’engager les pays occidentaux à isoler réellement les régimes racistes ?
 
Agostinho Neto : Nous n’avons pas besoin d’attendre la fin de cette conférence pour connaître le caractère des pays capitalistes. Nous savons bien qu’ils feront toujours  le maximum pour préserver leurs intérêts en Afrique. Aussi bien dans l’Afrique indépendante que dans les pays encore sous domination. Beaucoup de promesses ont été faites, beaucoup de résolutions sur le Zimbabwe et la Namibie ont  été approuvées au niveau international. Mais d’application effective de ces adoptions, il n’y en a pas eu. Les promesses sont restées des promesses. Je ne crois  pas que ce soit la bonne voie pour résoudre les problèmes de l’Afrique australe. Je ne crois pas que l’engagement pris par les pays capitalistes d’isoler la Rhodésie soit  respecté, malgré toutes les déclarations. Nous savons très bien que les équipements et les produits industriels n’ont jamais cessés d’être fournis à la Rhodésie. Et les relations des pays occidentaux, depuis la France jusqu’au Canada, avec l’Afrique du Sud, sont des meilleurs.
 
Afrique-Asie : L’ambassadeur des États-Unis à l’ONU, Andrew Young, est de nouveau en Afrique. Sa visite en Angola est-elle prévue ?
 
Agostinho Neto : S’il en exprime le désir, nous le recevrons, nous n’y voyons pas d’objections.
 
Afrique-Asie : Prévoit-on l’établissement de relations diplomatiques avec les États-Unis ?
 
Agostinho Neto : il n’y a pas de progrès en ce sens. Les États-Unis, jusqu’à présent, n’ont pas manifesté leur désir d’établir des relations diplomatiques avec nous. Quant à nous, nous sommes ouverts à tous les contacts, donc à cette éventualité d’ouvrir des relations diplomatiques avec les États-Unis. Mais il n’y a aucune initiative de leur part.
 
 
« QUE PEUVENT APPORTER LES ÉTAT-UNIS ? LA PAIX DES MONOPOLES »
 
Afrique-Asie : Au-delà des changements verbaux de la politique étrangère américaine, on a pu se rendre compte, en ce qui concerne l’Afrique, que les Américains s’efforcent de jouer les médiateurs entre l’Afrique indépendante et les régimes minoritaires. Quelle en est selon vous la signification ?
 
Agostinho Neto : Au niveau des déclarations, il y a certes des changements. Une attitude se dessine qui pourrait laisser prévoir des modifications de la politique étrangère. Mais, quand un pays s’offre en médiateur, c’est parce qu’il a un intérêt  déterminé. Quel serait l’intérêt des États-Unis ? Une paix en Afrique? Qu’est-ce que cela signifie pour le gouvernement américain ? Pour nous, la véritable paix, nous ne l’aurons qu’avec la libération immédiate des peuples de Namibie, du Zimbabwe et d’Afrique du Sud de l’oppression, du racisme et de la situation de violence qu’ils sont obligés de supporter. Mais nous savons qu’aux États-Unis, ainsi que dans beaucoup d’autres pays, les forces politiques dépendent des intérêts économiques qui ne sont pas ceux du peuple américain mais de groupes, d’associations économiques et commerciales qui n’ont pour seul but que de susciter les conditions permettant de maximiser leurs profits. Leur intérêt pour cela est de s’enrichir et d’exploiter. Que peut dans ces conditions apporter la médiation des États-Unis ? La paix des monopoles ! C’est-à-dire le maintien d’une situation d’exploitation et d’esclavage et le renforcement du pouvoir des forces capitalistes… Si c’est cela le vrai sens de la médiation américaine, il n’y aura aucune paix.
 
Afrique-Asie : À propos de ces multinationales, quelles sont les relations de l’Angola avec celles qui se trouvent encore sur son sol ?
 
Agostinho Neto : Nous sommes pour le moment en train d’étudier de nouveaux contrats mais je pense qu’avant qu’ils ne soient conclus, il ne serait ni prudent ni facile d’annoncer quoi que ce soit. Cela dépend d’une série de circonstances. Nous savons seulement que nous allons faire en sorte qu’une grande partie des capitaux passe aux mains du peuple angolais.
 
Afrique-Asie : Des rumeurs circulent sur les menaces qui auraient été proférées par le FLEC contre les installations de l’américaine Gulf Oil7 à Cabinda et sur les conditions difficiles dans lesquelles la compagnie pétrolière travaillerait…
 
Agostinho Neto : Je connais ces rumeurs mais je ne sais pas trop comment les interpréter. Les responsables locaux de la Gulf ont assez mentionné ces prétendus chantages du FLEC. Mais nous, nous savons que la situation est absolument  tranquille. Dans l’immédiat, il n’existe aucune menace contre la Gulf. Mais il est évident que le fait que nous soyons en négociations avec la Gulf pourrait expliquer l’apparition de ces rumeurs. Pour rendre plus difficile ces négociations ? Pour que la Gulf tire de cette situation hypothétique un maximum d’avantages ?
 
Afrique-Asie : Il n’y a pas que le FLEC qui fasse parler de lui à l’extérieur, l’Unita, le FNLA, aussi. Quelle est la situation réelle des menaces que ces derniers profèrent ?
 
Agostinho Neto : Il est faux que l’Unita contrôle, comme l’affirme une certaine presse, de vastes régions de notre pays. La vérité est que, après leur  déroute [NDLR : à la suite du retrait des forces sud-africaines], les bandes de l’Unita sont allées se fixer en territoire namibien où elles bénéficient de toutes les  conditions alimentaires, fournitures d’armements, de munitions et d’uniformes, afin  de pouvoir continuer leurs attaques contre l’Angola. C’est ainsi qu’après la guerre [de 1975], ces bandes ont attaqué des populations civiles, massacrant des villageois, surtout dans les régions du Cuando Cubango et du Bié. Ils s’y infiltrent à partir de la bande de Caprivi [en Namibie]. Mais ils ne contrôlent aucune zone. Quant au FNLA, son rôle est bien réduit et même dans ces derniers mois, il n’a guère eu d’activités, bien que continuant à avoir ses bases logistiques en territoire zaïrois. J’ai déjà dénoncé la présence de bases près de nos frontières sud et de Cabinda, menaçant nos provinces du Zaïre, d’Uige et même de Malanje. C’est de là qu’ils font leurs incursions en Angola pour y entretenir l’instabilité militaire.
 
« LES SUD-AFRICAINS SONT AFFOLÉS RIEN QU’À L’ÉVOCATION DE LA SWAPO »
 
Afrique-Asie : La commission mixte zaïro-angolaise n’a donc rien pu faire quant à ces menaces ?
 
Agostinho Neto : La commission mixte est dans l’impasse. Aucun accord n’a été trouvé jusqu’à aujourd’hui. Nous soulevons certains préalables à la normalisation de nos rapports avec le Zaïre. Par exemple le retour du matériel qui a été volé ici. Ainsi nous savons que certains de nos avions sont utilisés sur des lignes zaïroises. Il est également indispensable qu’on en finisse avec ces bases militaires qui se trouvent le long de nos frontières nord. Et que le FNLA, le FLEC et l’Unita cessent d’obtenir au Zaïre un appui officiel et cessent leurs activités contre la RPA. Or rien de cela ne s’est vérifié. On peut donc difficilement continuer quelque négociation que ce soit. Car sur les points annexes ce ne sont que de simples arrangements qui ne pourraient être durables.
 
Afrique-Asie : Et les provocations sud-africaines ?
 
Agostinho Neto : Il semble que les Sud-Africains soient affolés rien qu’à l’évocation de la Swapo, qui est une organisation politique que nous appuyons ici en Angola. Ils ont peur que la Swapo ne se serve de l’Angola comme d’une base militaire pour des attaques contre les positions sud-africaines en Namibie. C’est pour cela que les Sud-Africains violent notre frontière de temps à autre, par avion, pour  reconnaître l’emplacement des bases de la Swapo, ou à pied, au cours de petites  attaques le long de notre frontière. Mais leur principale activité consiste à appuyer les bandes de l’Unita et à les aider à s’infiltrer sur le territoire angolais.
 
Afrique-Asie : Toutes ces activités ont-elles des répercussions sensibles sur la reconstruction nationale ?
 
Agostinho Neto : Dans certaines régions, oui. Les populations ne se sentant pas en sécurité ne peuvent se livrer à l’agriculture. Mais, dans d’autres zones, ces problèmes n’existent pas, par exemple dans la province de Malanje, où la production agricole est bonne, ainsi que dans les provinces de Luanda, Moçamedes, Huila, Moxico et Lunda. Si l’on réussit à supprimer les infiltrations à partir du Zaïre et de la Namibie, il n’y aura plus de problèmes en Angola.
 
Afrique-Asie : Un journal a fait état de la présence de cinq mille Nigérians en armes en Angola, qui seraient là pour se substituer à la présence cubaine et aider la Swapo à libérer la Namibie. Y aurait-il un accord à ce sujet ?
 
Agostinho Neto : Lorsque nous avons commencé notre action contre l’Afrique du Sud, le Nigeria nous a aidés de différentes façons. Mais il n’y a pas eu de soldats nigérians ici. Ce qui n’exclut nullement la possibilité qu’il y en ait un jour, au cas où nous serions agressés. Mais pas dans les conditions dont il a été question dans cette presse à la solde des intérêts occidentaux.
 
Afrique-Asie : Après l’indépendance, l’Angola a énormément diversifié ses relations commerciales avec les pays étrangers. Il y a de nouveaux pays qui achètent des matières premières et qui exportent en Angola. Est-ce le résultat d’un choix politique ou une réponse au boycottage des pays occidentaux ?
 
Agostinho Neto : Depuis que les colonialistes portugais ont quitté l’Angola, les marchés traditionnels des produits angolais n’ont pu se maintenir. Certains pays ont cessé d’acheter chez nous pour différentes raisons, dont la crainte, et d’autres ne nous intéressaient plus. C’est pourquoi nous avons revu notre offre de produits,  notamment de café, et nous avons diversifié l’éventail des pays avec lesquels nous entretenons des relations commerciales. Les pays socialistes par exemple importent une certaine quantité de café – ce qui n’était pas le cas auparavant – alors que les exportations à destination des pays occidentaux ont diminué. Ce qui ne veut pas dire que ces choix aient été faits exclusivement sur des critères politiques, mais plutôt sur la base de nécessités économiques : vendre afin de créer des possibilités d’achats d’équipements. Cela dit, les relations économiques avec les pays socialistes ont augmenté et augmentent chaque jour. Les pays socialistes ont une compréhension « logique » de notre situation. Ce sont des internationalistes, ils nous offrent les crédits nécessaires pour l’achat des produits dont nous avons besoin, notamment les produits industriels.