ERNEST OUANDIE DU CAMEROUN 

 

 

 

Né en 1914 à N’domba dans l’arrondissement de Bana, au Cameroun, de Djemo et de Kapsu, Ernest Ouandié est un Bamiléké issu d’une famille polygame. 

Son père, Djemo avait trois (3) femmes mais a épousé la mère  d’Ernest Ouandié en 1905 avec laquelle, il a eu sept (7) enfants, Ngako, Yemdo, Mboutchak, Djieumo, Ernest, Djoma et Kamdem.

Ouandié dont le nom signifie «  Qui est en sécurité ? «  a  vu les colons français déporter, en 1927, son père à Djimbong au Haut-Nkam dans les champs de café des colons pour des travaux forcés mais très malade, son père a été autorisé à rentrer chez lui en 1929. 

Les injustices que voit le jeune Ernest Ouandié, âgé de quinze (15) ans le marquent.

En 1933, Kamdeu Sango, l’oncle d’Ernest Ouandié  l’inscrit à école publique de Bafoussam dans le quartier Famla où il côtoie Tagny Mathieu, Feyou de Happy et Kame Samuel.   

Ernest Ouandié rejoint l’école régionale de Deschang en Cours Moyen première année, obtient son Certificat d’Etudes primaires Elémentaires (CEPE) et fait son entrée à l’école primaire supérieure de Yaoundé en 1940.

Le 21 octobre 1946, il a son « Diplôme des Moniteurs indigènes«   (DMI) et commence à exercer jusqu’en 1948 la fonction d’instituteur à Edéa, une ville de la région du littoral. 

Ernest Ouandié  intègre l’ »Union des Syndicats confédérés du Cameroun«   (USCC), puis adhère  au premier Parti politique du Cameroun,  l’ »Union des Populations du Cameroun«     (UPC) créé le 10 avril 1948. 

L’UPC qui a pour leader le charismatique Um Nyobè, est un Parti politique qui exige des colons la réunification et l’acquisition de l’indépendance du Cameroun. 

Um Nyobè  après avoir créé  plusieurs syndicats, s’est intéressé à la politique et a participé à la création de l’UPC

Pour son militantisme à l’UPC, Ernest Ouandié  est victime de mesures disciplinaires masquées à travers des affectations incessantes.

Le 7 octobre 1948, il est affecté à Dschang et un mois après, le 6 novembre 1948, il est muté à l’école publique du quartier New-Bell Bamiléké. 

En 1953, il est affecté à Doumé, ensuite à Yoko et il implante l’UPC à Mbam, un département de la région du Centre du Cameroun. 

Au deuxième Congrès de l’UPC à Eséka en septembre 1952, Ernest Ouandié est élu Vice-président chargé de l’organisation. Il lui est  confié  les organes de presse notamment, la « Voix du Kamerun« .

Ernest Ouandié divorce d’avec Njila et prend pour femme Marthe Eding de la localité d’Edéa, la sœur de Bernard Eding, ancien Directeur Général de la « Société Nationale de Raffinage du Cameroun«   (SONARA).

Ernest Ouandié d’ethnie Bamiléké, en épousant une femme Bakoko entraîne le courroux de ses proches et provoque le désamour avec les gens de sa région parce qu’en posant cet acte, il a rompu les pratiques d’antan.

Considérés  comme tribalistes et conservateurs, les « Bamiléké » sont surnommés  les « Juifs de l’Afrique » car, ils se marient entre eux et font beaucoup les affaires.

De ce fait, l’engagement d’Ernest Ouandié et son combat restent longtemps ignorés des personnes de sa région.

Marthe Eding lui donne cinq (5) enfants, Philippe Ouandié, Mireille  Ouandié, Irène Ouandié, Monique Ouandié et Ruben Um Ouandié. 

Ernest Ouandié a trois (3) autres enfants nés de ses unions hors mariage. 

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Le 29 juillet 1954, Ernest Ouandié  effectue, un voyage en Chine pour participer au « Congrès mondial de la Jeunesse Démocratique »  prévu du 9 au 15 août 1954. 

Il se rend ensuite à Paris en France et à Moscou.

Le 29 janvier 1955, pour mieux surveiller les intellectuels indépendantistes et les tenir près de lui, le Haut commissaire au Cameroun, Roland Pré les ramène tous à Douala.

Le 23 janvier 1955, le nationaliste Félix Moumié, médecin est affecté à l’hôpital Laquitinie et Ernest Ouandié subit sa mutation le 29 janvier 1955.

Les indépendantistes africains organisent une grande rencontre à la salle de fêtes d’Akwa et Ernest Ouandié, qui considère le Président du Sénégal, Léopold Sédar,  l’agrégé  en Grammaire Senghor comme une personne à la solde de l’Administration coloniale et qui  œuvre pour pousser les camerounais à abandonner leur combat de libération de leur pays, s’en prend publiquement à lui. 

A partir de ce moment, Ernest Ouandié s’attire  la sympathie de beaucoup de camerounais.

Le 25 mai 1955, Roland Pré fait attaquer un meeting de l’UPC  et pendant les heurts, un policier de race blanche est tué. L’armée coloniale réagit et exécute plus de 5.000 personnes de  race noire, blesse un millier de personnes et fait 617 prisonniers.

L’UPC et ses annexes sont dissous.

Félix Moumié, Hyacinthe Mpaye et Jacques Ngom qui veulent l’abrogation du décret de dissolution de l’UPC dépose une requête devant les juridictions françaises mais le Conseil d’Etat français, la plus haute juridiction de ce pays rejette la requête des Upécistes au motif que : « Les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le décret attaqué est entaché d’excès de pouvoir ».

Les leaders de l’UPC sont recherchés  partout au Cameroun.

Um Nyobè se réfugie à Yaoundé puis dans son village natal à Boumnyebel.

Ernest Ouandié, Félix-Roland Moumié  et Abel Kingue se cachent à Kumba, au Cameroun-Britannique.

Le 30 mai 1955, sur sollicitation de l’Administration française, l’UPC est également interdit au Cameroun-Britannique.

Le 7 juillet 1957 une douzaine de dirigeants de l’UPC dont Ernest Ouandié et Félix Moumié sont déportés  à Khartoum au Soudan et sont libérés après dix (10) jours de détention.

A partir de Khartoum, Ernest Ouandié se rend au Ghana, y établit une base de l’UPC sur autorisation du Président ghanéen Kwame Nkrumah. Il visite les autres exilés de l’UPC qui se trouvent à Conakry en Guinée et au Caire en Egypte.

e samedi 13 septembre 1958, Um Nyobè, trahi par un combattant de l’UPC est tué dans le maquis, au Cameroun.

Le 1er janvier 1960, le Cameroun devient indépendant et Ahmadou Ahidjo, né le  24 août 1924 à Garoua au Cameroun devient le premier Président de cet Etat.

Le 3 novembre 1960, un autre leader de l’UPC, Félix Roland Moumié, meurt à Genève après avoir été empoissonné au Thallium par un agent secret français nommé William Bechtel. 

Vice-président de l’UPC, Ernest Ouandié devient le Chef du Parti désormais. 

Ebranlé par la mort d’Um Nyobè et de Félix Moumié, Ernest Ouandié et Osende Afana décident de prendre le maquis pour se battre sur la terre camerounaise. Ernest Ouandié opte pour le  front Ouest quand Osende Afana choisit le front Est ou second front.

Le 21 juillet 1961, clandestinement, sous le nom de « Camarade Emile« , Ernest Ouandié retourne au Cameroun pour coordonner la lutte.  

Dans le maquis du Moungo, au Mont Koupé, du campement Kribi, le Commandant Etienne Mobil accueille Ernest Ouandié qui parvient, en prenant le commandement de  l’ »Armée de libération nationale du Kamerun«   (ALNK), à remettre de l’ordre dans les rangs de ses combattants et, ravitaillé  en armes par la Chine, il mène une résistance impitoyable à l’armée camerounaise.  

Ernest Ouandié se déplace dans la région, à Nyong et Kellé, sous sa fausse identité de « Camarade Emile » et échange avec les partisans de l’UPC encore  fidèles  au combat de libération. 

Dans la clandestinité, il donne  aussi des leçons sur l’art de la guerre, ouvre une école pour les cadres  politiques et construit un centre de soins. 

L’Administration coloniale française qui a vent de ses actions, se met à sa poursuite et le leader indépendantiste se replie, à partir de 1962, à Melong, ensuite à Deschang, à Bafang, à Ndé et à Batcha.

Le 20 mars 1962, dans son article « Citoyens libres ou esclaves » Ernest Ouandié  écrit :  « Les chances de succès demeurent toujours grandes pour le peuple kamerunais ; mais aussi longtemps que nous ne saurons pas réaliser l’unité, nous ne saurons pas aussi tirer le maximum de profit des chances qui nous sont offertes. La gravité de la situation de même que l’amour que nous portons tous à notre pays à son peuple commandent que tous les enfants Kamerunais se donnent la main et serrent les rangs pour porter le coup décisif au régime néocolonialiste agonisant. »

Malheureusement, les nouveaux équilibres géopolitiques et les divisions entre les membres de l’UPC ne favorisent pas l’acheminement  des soutiens extérieurs. 

Hors du maquis, l’UPC se trouve divisé  et le Vice-président, Abel Kingue publie un document rédigé le 19 décembre 1963 à Accra où il accuse  Woungly Massaga, Tchaptchet Jean¬ Martin, Ndoh Michel et Njiawue Nicanor de traîtrise. 

Avec la répression féroce du nouveau Président camerounais Ahmadou Ahidjo et la guerre interminable, la résistance s’affaiblit.

En 1964, Monseigneur Ndongmo Albert est nommé nouvel évêque de Nkongsamba, ville située dans la zone où à lieu la guerre des indépendantistes. 

Monseigneur Ndongmo Albert souhaite entreprendre une médiation entre les combattants de l’UPC et l’Administration coloniale. 

Après des échanges avec le ministre de l’Administration territoriale d’un côté et Ernest Ouandié, de l’autre côté,  il est  convenu, d’un commun accord,  que la vie des résistants sera préservée s’ils mettent fin aux combats.  

Informé discrètement que le régime du Président Ahmadou Ahidjo n’a pas l’intention de respecter sa parole, Monseigneur Ndongmo  conseille à Ernest Ouandié et ses compagnons de quitter le Cameroun pour l’Algérie. Il les rassure qu’il les aiderait  à obtenir un passeport sous de faux noms. 

L’homme de Dieu fixe un jour de rendez-vous pour la remise des documents.

Le gouvernement du Président Ahmadou Ahidjo mis au courant de la démarche  de Monseigneur Ndongmo, bloque la procédure de délivrance des passeports et fait créer une mission au Vatican à Monseigneur Ndongmo. 

Ne sachant pas que le plan est annulé, Ernest Ouandié se rend au lieu  du rendez-vous et constate l’absence de Monseigneur Albert Ndongmo. Il se rend à sa résidence et réalise qu’elle est occupée par des sœurs de l’église.

Ne pouvant pas héberger des hommes, elles dirigent Ernest Ouandié et ses compagnons vers un catéchiste de Mbanga mais ce catéchiste refuse de les recevoir et avertit les Forces de l’Ordre. 

Le groupe prend la fuite  et ils se perdent de vue  dans la forêt. 

Ernest Ouandié reste plusieurs jours caché et sans  nourriture, il perd considérablement des forces et fatigué, il sort de son abri et en voyant des rails, il pense  être arrivé à Nkongsamba.

Or, pendant qu’il était dans le maquis, une ligne ferroviaire  a été installée entre Mbanga et Kumba.

Ernest Ouandié aborde un passant qui le reconnaît et lorsqu’il lui demande de le conduire chez le Chef du village, son interlocuteur le conduit à la gendarmerie.  

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Constatant qu’il s’est fait piéger, Ernest Ouandié devance la personne qui l’a trahi et se présente lui-même en ces termes aux gendarmes : « Je suis Ernest Ouandié » et il se laisse menotter.

Il est conduit à la redoutable prison, la « Brigade Mixte Mobile«   (BMM) de Yaoundé, une unité chargée de réprimer des politiques considérés comme subversifs

Ernest Ouandié reste en permanence menotté à la BMM.

Torturé pendant six (6) longs mois par Jean Fochivé lors des séances de tortures, Ernest Ouandié s’évanouit mais le tortionnaire fait venir un médecin pour le ranimer afin de continuer le supplice. 

Ernest Ouandié est drogué et attaché pendant plusieurs semaines sur une dalle de ciment humides pour se voir infliger des atrocités de plus en plus cruelles et deshumanisantes.

Jean Fochivé dont la simple évocation du nom fait trembler plus d’un, a hérité des méthodes  les  plus alambiqués de tortures importées d’Indochine ; Des  pratiques de l’homme d’affaires et politique français, Jacques Foccart. 

Aboubakarim Fochivé Féwou dit Jean Fochivé né en 1931 à Feintan originaire de l’ouest du Cameroun est parmi les premiers policiers du Cameroun a avoir dirigé le « Centre National des Etudes et des Recherches » (CENER). 

De 1961 à 1971, est nommé Chef de département au « Service d’Etudes et de la Documentation«  (SEDOC), puis Chef de la sécurité du Président Ahmadou Ahidjo, avant d’en être limogé en 1971.

A l’arrivée du Président Paul Biya au pouvoir, Fochivé Féwou est nommé ambassadeur du Cameroun en Chine en 1983 et en 1989, il occupe le poste de Chef du « Service du renseignement au Centre National des Etudes et des Recherches«  (CENER) appelé aujourd’hui « Direction générale de la Recherche Extérieure » (DGRE). Il est  limogé une fois encore en 1996 et décède en avril 1997.

Jean Fochivé avoue la manière dont il  faisait subir le martyr à ses compatriotes dans l’ouvrage de Frédéric Fenkam sorti en 2003 : « Les révélations de Jean Fochivé » : Le chef de la police politique présidents Ahidjo et Biya (Top secret) : « Il suffit ici de  placer le détenu au centre d’une cellule obscure et insonorisée ; il ne voit rien, n’entend rien, ne touche à rien ; il verse rapidement dans une folie plus destructrice que n’importe quel supplice corporel. La souffrance physique étant alors inexistante, il ne poussera aucun cri, en proie simplement à une souffrance psychique si insupportable qu’il dira n’importe quoi pour que cesse son tourment. […] Le procédé avec l’Africain consiste à le mettre dans un état de frayeur où son seul espoir ne reposera plus que sur une éventuelle dénonciation. Il faut minimiser son rôle dans l’affaire et lui promettre protection et fortune en comptant sur un  élément psychologique : le voleur, dans l’exercice de sa profession, est moralement préparé. Il sait ce qu’il risque quand il est pris. La prison pour lui est moins douloureuse qu’un « passage à tabac ». Il a vite fait de dire tout ce que vous voulez pour arrêter le supplice. Le détenu politique n’avait pas un seul instant pensé que le fait de prendre une machine à écrire et frapper un texte pourrait lui couter la vie.  C’est peut-être un paisible père de famille qui n’a fait que manifester sa propre idéologie politique. Il n’est moralement coupable de rien. Il a peut-être eu tort de suivre les amis qui l’ont entraîné dans cette galère. Ce n’est pas un héros, ce n’est pas un idéologiste convaincu. Alors, il se dit : « Pourquoi devrais-je mourir pour les autres ? Je les dénonce et sauve ma tête… » […] Dans cet état de frayeur, il a dénoncé ses complices qui ont été arrêtés et incarcérés. Chose promise, chose due : il est relaxé et rentre chez lui, les poches pleines. Que racontera-t-il à ses proches ?  Qu’il a livré ses camarades ? Que non ! il concoctera une histoire dans laquelle il sera un héros, voire un martyr qui, malgré tous les coups de matraque et d’électrochocs reçus, n’aura jamais ouvert la bouche. Il deviendra dans son milieu un grand homme et aussi un de mes agents de renseignements. […] A ceux-là qui sont très pointilleux, je demanderais de faire la différence entre cinquante coups de matraques et dix jours à « l’ombre ». Non, je pense que tout cela est pareil, parce que l’essentiel est de briser le moral de l’individu, de lui enlever toute sa dignité et tout son sens d’initiative.»

Ernest Ouandié est interdit de rencontrer ses avocats pendant toute la durée de sa détention et les avocats français constitués par les membres de l’UPC pour  le défendre, Maître  Jean-Jacques  de  Félice  et Maître Jacques Vergès sont empêchés de rentrer au Cameroun.

Pourtant, une Convention entre le Cameroun et la France permet à un avocat français d’exercer au Cameroun dès lors qu’il est domicilié au Cabinet d’un avocat inscrit au barreau camerounais.

Ernest Ouandié récuse l’avocat commis d’office Me Dinka que les autorités camerounaises lui proposent. 

Ne sachant quoi faire pour rendre crédible le procès, le Président Ahmadou Ahidjo cherche à arracher à Ernest Ouandié la signature d’un recours en grâce présidentielle.

Monseigneur Ndongmo accusé dans la même affaire signe le document mais Ernest Ouandié refuse de le signer et demande au Président Ahmadou Ahidjo  d’assumer ses responsabilités parce qu’il a déjà accomplies ses propres responsabilités devant l’histoire .

En réalité, des personnes bien averties disent que le Président Ahmadou Ahidjo  ne souhaitait pas tuer le nationaliste Ernest Ouandié mais, lorsque l’homme d’affaires et politique français Jacques Foccart est arrivé à Yaoundé en janvier 1971 avec un message du Président français Georges Pompidou, le Président du Cameroun Ahmadou Ahidjo a décidé de mettre à mort Ernest Ouandié.

Le 1er  septembre 1965, Osendé Afana, l’autre compagnon de lutte d’Ernest Ouandié prend le maquis à partir de la forêt du Sud-est du Cameroun, à Ouesso, une ville du Congo.  

Osendé Afana a treize (13) hommes de l’UPC armés avec lui. 

Seulement sept (7) mois après avoir ouvert le second front, à 11 km de la frontière du Congo-Brazzaville, Osendé Afana et Wamba Louis sont tués par l’armée camerounaise le 15 mars 1966 à 10H30.

Le  21 décembre 1970, le Tribunal militaire  de  Yaoundé ouvre le procès de rébellion  et complot contre Ernest Ouandié et les autres détenus.

Ernest Ouandié, les mains et pieds enchaînés tout le long du procès, dit le  26 décembre 1970 : « Je me suis présenté ici ce matin pour dire aux juges qu’en l’absence des avocats que j’ai légalement constitués, il n’est pas possible que je sois jugé. Un de mes avocats se trouve à Londres, l’autre à Paris. J’ai essayé de les contacter par l’intermédiaire du gouvernement depuis le 12 novembre. Un avocat  que j’ai choisi sur place s’est récusé. Vu les intentions du gouvernement dans cette affaire, vous comprenez aisément que je ne puisse accepter les servitudes d’un avocat commis par lui…Etant donné l’hostilité du gouvernement à mon égard, il n’y a pas d’autre alternative. Je dois choisir mon avocat et non en accepter un sur mesure. Si vous ne me permettez pas de le faire, alors vous aurez à répondre un jour de cette forfaiture de condamnation devant l’Histoire. En ce qui me concerne, je suis prêt, dans ces conditions, à aller au poteau d’exécution. Autant ne pas faire un procès de pure forme.»

Après le jugement, la Presse du Cameroun, publie au début du mois de janvier 1971,  les condamnations  du procès : « Pour le procès de rébellion : Monsieur Ouandié Ernest, chef rebelle, fondateur de l’armée de libération nationale du Kamerun (ALNK), chef des maquisards et leader de « l’Union des Populations du Cameroun » (UPC) : peine de mort. Monsieur Njassep Mathieu, dit « Ben Bella », maquisard et secrétaire particulier de Ouandié : peine de mort. Monsieur Fotsing Raphaël, maquisard et agent de liaison entre Ouandié et Mgr Ndongmo : peine de mort. Pour le procès de complot : Mgr Ndongmo Albert, ancien évêque de Nkongsamba, instigateur du complot de coup d’Etat. Outre la peine de mort, condamné à la  détention à vie pour complicité avec la rébellion d’Ouandié. Monsieur Tabeu Gabriel dit « Wambo-le-Courant », terroriste, fondateur et responsable politico-militaire avec Mgr Ndongmo du mouvement de la « Sainte Croix pour la libération du Cameroun » : peine de mort. Monsieur Takala Célestin, commerçant à Douala, membre de la « Sainte Croix » dont il était le financier : peine de mort. » 

Concernant Monseigneur Ndongmo, sa peine est commuée de la condamnation à mort à la prison à vie et il recouvre la liberté cinq (5) ans après sa condamnation.

La condamnation à mort du leader nationaliste en détention n’étonne personne puisque le Président Ahmadou Ahidjo aurait confié à un proche : « …Je n’ai que du mépris pour Ndongmo, je le ferais gracier. Je respecte Ouandié, donc je le tuerai… »

Le 15 janvier 1971, Ernest Ouandié est extrait de sa cellule de prison, convoyé dans un avion militaire à Baffoussamet et une fois arrivé au quartier Famla, les autorités font sortir les écoliers pour les installer sur la place publique et invitent les habitants également à se rendre sur la place publique.

Lorsque le rassemblement est constitué, Ernest Ouandié est transporté sur le lieu  de son exécution aux environs de 11 heures.

Ernest Ouandié arrive souriant  sachant qu’il vit ses derniers moments. 

Près des locaux de la Police judiciaire, Raphaël Fotsing, Gabriel Tabeu et Ernest Ouandié sont attachés au poteau d’exécution.

Ernest Ouandié refuse qu’on bande ses yeux et face au peloton d’exécution qu’il fixe des yeux, il dit haut et fort : « Être exécuté pour la liberté de son pays est un honneur et après moi, d’autres continueront le combat jusqu’à la victoire. » 

Ernest Ouandié  se met à chanter et dans  le crépitement des balles, qui transperce son  corps,  il crie «Vive le Cameroun ! » et s’écroule.   

Un officier français se détache de la foule, se met au dessus d’Ernest Ouandié agonisant, s’agenouille, sort son revolver de son étui, se penche et tire à bout portant sur le prisonnier.  

Après la mort de Raphaël Fotsing, Gabriel Tabeu et Ernest Ouandié, le corps du dernier cité est inhumé au cimetière  de l’église protestante de Bafoussam. 

Plus tard, la place de la fusillade est baptisée Place des martyrs.

Le 27 juin 1991, par la loi n° 91/022 du 16 décembre 1991 prise par l’Assemblée nationale sous le régime du Président Paul Biya, trois leaders de l’UPC, Um Nyobè, Félix Moumié et Ernest Ouandié sont élevés au rang de héros nationaux. 

Ernest Ouandié est encore  respecté par la jeunesse africaine pour sa bravoure et son combat pour la libération de son pays. 

Il est célébré encore aujourd’hui au Cameroun. 

 

PAROLE FORTE DU LEADER ERNEST OUANDIE :

«Être exécuté pour la liberté de son pays est un  honneur et  après moi, 
d’autres continueront le combat jusqu’à la victoire»