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De nationalité Cap-verdienne, Amilcar Lopes Cabral est né le 12 septembre 1924 à Bafata en Guinée portugaise, aujourd’hui appelée Guinée Bissau. Juvenal Antonio Lopes da Costa Cabral, le père d’Amilcar Cabral est un instituteur né en 1889 à Santiago, de nationalité Cap-verdienne et fils d’un propriétaire rural aisé. Sa mère, Iva Pinhel Evora, Cap-verdienne de Praia pour certains et Bissau-guinéenne pour d’autres est née le 31 décembre 1893 et était domestique avant de devenir couturière. En 1932, avec ses parents, Amilcar Cabral émigre à Santiago au Cap-Vert et fréquente le Lycée de São Vicente en 1937 où il écrit son tout premier carnet de poésie Nos intervalos da arte da Minerva – Quando Cupido acerta no alvo ou « Dans les intervalles de l’art de Minerve – Quand Cupidon atteint la cible« . En 1943, il achève son secondaire au Lycée Mindelo et est embauché en 1944 à l’Imprimerie Praia, sur l’île de Santiago. Amilcar Cabral obtient une bourse d’études et part en 1946 pour Lisbonne au Portugal, à l’Institut d’Agronomie et est le seul noir inscrit dans cet Institut. Pendant ses études à l’Institut d’Agronomie du Portugal, il fréquente Maria Helena de Athayde Vilhena Rodrigues, une camarade de classe. Assidu, Amilcar Cabral est apprécié et ses professeurs disent de lui : « Amilcar Cabral est un étudiant appliqué, consciencieux, honnête et doté d’une intelligence solide. » Maria Helena Cabral décrit au brésilien Mario de Andrede sa première rencontre avec Amilcar Cabral : « J’ai rencontré Amílcar lors de notre première année à l’Institut agronomique, en 1945. L’école avait commencé en Novembre et il est arrivé en Décembre … je n’ai pas appartenu à son groupe mais je me souviens très bien de le voir parmi les autres élèves. Il su se démarquer, car il était le seul nègre dans le groupe … Amílcar n’avait pas passé l’examen d’entrée au collège … Tout le monde a parlé de lui … ils ont loué son intelligence et, pour couronner le tout, il était très agréable et facile à vivre. Quant à ses activités politiques, je me souviens que mes camarades étaient réunis signatures à l’appui des mouvements démocratiques. Amílcar a participé activement à ces organisations d’étudiants antifascistes. Quand il y avait une assemblée générale, il a agi comme modérateur parce qu’il s’exprimait si bien … Au début de notre troisième année, en Octobre 1948, nous étions dans le même groupe, composé des vingt-cinq derniers étudiants qui ont passé les examens. » Ses camarades de classe de l’Institut d’Agronomie ont la même appréciation : « Amilcar Cabral est une personne de l’énergie contagieuse, un grand sens de l’humour, et une énorme capacité de se faire des amis. Il est charmant et les femmes sont facilement attirées par lui. » Son ami, Carlos Veiga Pereira, un journaliste dit : « Il était le meilleur habillé et soigné de chacun d’entre nous. » Amilcar Cabral devient secrétaire de direction des sections des îles du Cap-Vert, Guinée et São Tomé en 1947. Pour les vacances d’été de 1949 alors qu’il est en 5ème année d’étude à l’Institut Agronomique, Amilcar Cabral retourne au Cap-Vert et veut transmettre ses connaissances en matière d’érosion des sols et la culture générale à ses compatriotes. Pour faire connaître les caractéristiques du sol du pays et la nécessité pour les dirigeants de baser l’économie du pays sur l’agriculture, il intervient sur la « radio Clube de Cabo Verde » de la ville de Praia, capitale du Cap-Vert. Amilcar Cabral aborde aussi le problème de l’éducation de tous ses compatriotes, intellectuel comme homme de la rue et déclare : « Les membres de l’organisation doivent apporter la lumière à ceux qui vivent dans l’ignorance. » Pour le leader Cap-verdien, la conscientisation de la masse s’impose et l’éducation suivie de la formation doivent être la priorité des priorités de toute révolution et il ne manque pas d’exprimer sa pensée : « Les déficiences idéologiques, pour ne pas dire le manque total d’idéologie au sein des mouvements nationaux de libération, essentiellement dues à l’ignorance de la réalité historique queces mouvements affirment vouloir transformer, constitue une des plus grandes faiblesses de notre lutte contre l’impérialisme, sinon la plus grande. Nous croyons néanmoins qu’un nombre suffisant d’expériences diverses ont été accumulées pour nous permettre de définir une ligne générale de réflexions et d’actions dans le but d’éliminer cette déficience. » Les autorités portugaises refusent qu’il organise des conférences et ses émissions à la radio ainsi que la campagne d’alphabétisation des enfants sont frappées d’interdiction. De retour au Portugal, Amilcar Cabral côtoie d’autres révolutionnaires tels les angolais Viriato Da Cruz et Agostinho Neto ; Les mozambicains Marcelino Dos Santos et Eduardo Mondlane ; Le bissau-guinéen Vasco Cabral et le brésilien Mario de Andrede. En 1950, Amilcar Cabral obtient son diplôme d’Agronome et ne rentre pas au pays mais fait un stage au Portugal, au « Centre agronomique de Santarém« , ville située dans la région du Ribatejo. Lors de ce stage de perfectionnement, Amilcar Cabral fait une étude sur l’érosion des terres agricoles à Cuba il participe à la lutte antifasciste en 1951 avec la création du « Centre d’études Africaines » avec Agosthino Neto, Francisco José Tenreiro et Marcelino dos Santos. Pour Amilcar Cabral, l’idéal de tous, ce qui doit distinguer les nationalistes issus des colonies portugaises, des européens, c’est la réafricanisation des esprits ; Objectif pour lequel ils se battent. Ainsi, les contrôles incessants de la Police politique portugaise, la « Police Internationale de Défense de l’Etat« (PIDE) pour les intimider ne les décourage pas. A vingt-huit (28) ans, en 1952, Amilcar Cabral et Maria Helena se marient et donnent naissance à deux (2) enfants, Iva Maria Cabral née en 1952 et Ana Luísa Cabral née en 1962. En 1952, après avoir signé un contrat avec les services agricoles et forestiers de la Guinée Bissau, Amilcar Cabral s’y rend et est engagé en qualité d’Ingénieur Agronome dans l’Administration des Eaux et Forêts. En tant que Directeur de la station agricole à Pessubé, il effectue le recensement agricole de la Guinée Bissau et est surnommé par ses compatriotes l’ »Ingénieur« . Le recensement est pour lui une bénédiction parce qu’il lui permettra de visiter de nombreux villages et créer des contacts précieux avec les villageois afin d’en user plus tard dans la sensibilisation de la masse. Amilcar Cabral n’est pas habité par le désir de s’enrichir sur le plan matériel en rentrant dans son pays et en 1969, dans son mémorandum aux membres de son Parti politique, il avance : « Je ne suis pas venu en Guinée par hasard. Mon retour au pays natal n’a pas été occasionné par tout besoin matériel. Tout a été soigneusement planifié, étape par étape. J’ai eu de grandes possibilités de travailler dans d’autres colonies Portugaises et même au Portugal lui-même. J’ai laissé un bon travail en tant que chercheur au Centre agronomique pour accepter un emploi de seconde classe, celui d’ingénieur en Guinée … Cela a été fait suivant un plan, un objectif, basé sur l’idée de faire quelque chose, de contribuer à l’amélioration du peuple, pour lutter contre les Portugais. C’est ce que j’ai fait depuis le jour où je suis arrivé à Guinée. » Le 20 mars 1952, le père d’Amilcar Cabral décède. Il est nommé, dès 1954, successivement, adjoint Chef de la répartition des services agricoles et des Forêts de la Guinée portugaise, Chef de la répartition provinciale des services agricoles et forestiers de la Guinée portugaise et Inspecteur général du commerce de la Guinée. Lorsqu’il crée le « Mouvement pour l’Indépendance Nationale de la Guinée« (MING) en 1955, les autorités portugaises l’affectent en Angola où il profite de son séjour pour contacter Viriato da Cruz, Agostinho Neto et Mário de Andrade, les futurs fondateurs du « Mouvement pour la Libération de l’Angola » (MPLA). Il part ensuite pour le Portugal et rejoint secrètement la Guinée Bissau. La nuit du 19 septembre 1956, au numéro 9 c de la rue Guerra-Junqueiro, Amilcar Cabral fonde avec cinq (5) proches, Luis Almeida Cabral, son demi-frère né d’une mère portugaise, Elisée Turpin, Aristides Pereira, Julio d’Almeida et Fernando Fortes, le « Partido africano da independência-Uniao dos povos da Guiné e Cabo Verde« (PAIGC) ou « Parti africain de l’indépendance« . En 1957, à Paris, pour faire le point de la lutte anti-colonialiste, Amilcar Cabral rencontre Mario De Andrede, Variato Da Cruz et Marcelino Dos Santos et part le 6 mars 1957 pour la Gold Coast, aujourd’hui appelée Ghana afin de participer à la fête d’indépendance de ce pays, aux côtés de Kwamé Nkrumah qui apprécie les structures et la coordination panafricaine de lutte armée du leader Bissau-guinéen, Amilcar Cabral. A la première « Conférence panafricaine des Peuples » qui se déroule du 5 au 13 décembre 1958 à Accra au Ghana, Amilcar Cabral prend part à la création du « Mouvement Anti-colonial Clandestin« (MAC) ; Un mouvement qui regroupe les indépendantistes des colonies sous tutelle du Portugal, à savoir, l’Angola, la Guinée Bissau, le Mozambique et São Tomé-et- Principe. En Guinée Bissau, les leaders du PAIGC négocient simultanément et pacifiquement l’indépendance du Cap-Vert et de la Guinée Bissau mais, le 3 août 1959, lorsque l’armée portugaise démantèle les réseaux nationalistes, réprime une grève de dockers au Port Pidjiguiti de Bissau et tue cinq quatre (54) personnes, le PAIGC s’engage dans la lutte armée. Le PAIGC créé la branche armée du Parti, le « Mouvement de Libération de la Guinée Bissau et du Cap-Vert« (MLGCV) et installe son quartier général à Conakry en 1960, avec l’accord du Président guinéen Sékou Touré. En 1960, le Capitaine français Yves Guérin-Sérac né en 1926, un anti-communiste qui a fait les guerres d’Indochine, de Corée et d’Algérie avec l’aide de la PIDE, de la CIA et d’autres extrémistes comme le terroriste d’extrême droite italien Stefano Delle Chiaie, créent une armée ultra-secrète et anti-communisme appelée « Aginter Press ». L’une des missions assignées à l’extrémiste français Yves Guérin-Sérac est celle d’éliminer des leaders des mouvements de libération, infiltrer, établir des réseaux d’informateurs et d’agents provocateurs et utiliser de faux mouvements de libération. La même année, en 1960, pour ne pas se faire arrêter, Amilcar Cabral se déguise, prend le nom d’ »Abel Djassi » et part à la « Conférence des peuples africains » à Tunis en Tunisie. Dans le mois de juin de l’année 1960, il dénonce publiquement l’occupation portugaise et publie, sous la signature de son nom d’emprunt « Abel Djassi« , son cri de cœur qu’il titre « Fact about portuguese colonies » ou « Faits sur les colonies portugaises« . Jugeant que la lutte sur la masse urbaine, comme cela se fait dans les pays Occidentaux ne sera pas productive en Guinée Bissau, Amilcar Cabral change de tactique et fait reposer son combat sur l’engagement des paysans car, pour lui, l’idéologie de tout combat ne doit être ni le marxisme, ni le léninisme-marxisme, ni le socialisme qui constituent une importation des réalités des peuples européens. Pour Amilcar Cabral, il faudrait plutôt connaître le peuple à libérer et expose : « Les gens ne luttent pas pour une idée dans la tête des gens mais pour une vie meilleure pour leurs enfants. » et il ajoute: « La libération nationale, la lutte contre le colonialisme, la construction de la paix, le progrès et l’indépendance sont des mots vides dévoués de signification s’ils ne peuvent pas être traduits par une véritable amélioration des conditions de vie. » De plus, il déclare que : « L’Afrique doit être une synthèse positive des cultures africaines même si dans d’autres parties du monde, la démarche peut être la synthèse de l’histoire et des cultures de ces peuples. » et ajoute : « … Je suis un combattant de la liberté dans mon pays. Vous devez juger selon ce que je fais en pratique. Si vous pensez que c’est du marxisme, dites à tout le monde que c’est du marxisme… mais l’étiquetage est votre affaire. Nous n’aimons pas ce genre d’étiquette…» Amilcar Cabral ouvre une école de cadres du PAIGC en Guinée Conakry et les personnes formées sont envoyées dans le secret en Guinée Bissau pour transmettre la stratégie de lutte aux paysans. Par contre, au Cap-Vert, ce sont les étudiants des universités de la métropole et les communautés émigrées du Cap-Vert qui sont ciblés par le PAIGC. Amilcar Cabral devient conseiller technique du ministre de l’économie rural de la Guinée Conakry en 1961. Le 12 novembre 1962, il prononce un discours à la 4ème Commission de l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) à New-York et présente son mémoire sur le Colonialisme portugais. La Chine populaire apporte son aide au PAIGC en formant ses cadres. La Finlande et la Suède soutiennent également les indépendantistes de la Guinée-Bissau. Principal soutien du PAIGC, la Russie lui fournit des armes et contribue à la formation des indépendantistes. Amilcar Cabral visite régulièrement le Président algérien Ahmed Ben Bella. En plus de l’Algérie, le Président Gamal Abdel Nasser de l’Egypte fournit des uniformes au PAIGC et d’autres Etats africains tels, le Nigéria de Benjamin Nnamdi Azikiwe, le Sénégal de Léopold Sedar Senghor et le Maroc d’Hassan-II soutiennent le PAIGC. LOIDICI.BIZ – SITE WEB A ACCES A GRATUIT Le PAIGC reçoit discrètement de ses alliés, des armes, des munitions, des médecins, des instructeurs et techniciens militaires, des médicaments, des produits de première nécessité, du matériel scolaire, des produits comme le sucre, la cigarette… Ainsi, lors du déchargement des marchandises en provenance du Maroc pour le compte du PAIGC, un docker découvre à la place des boîtes de sardines de véritables munitions et il informe sa hiérarchie. Plusieurs membres du PAIGC notamment, Aristites Pereira, Vasco Cabral et Luis Cabral sont arrêtés et emprisonnés. Malgré l’emprisonnement de ses leaders, le PAIGC déclenche la lutte armée et attaque le 23 janvier 1963 le cantonnement de Tite, dans le Sud de la Guinée. Un autre champ de bataille est ouvert en juillet 1963 au Nord de la Guinée Bissau. L’armée portugaise est obligée de se défendre sur plusieurs fronts, Sud et Nord ; Tactique qui s’avère productive puisque le PAIGC finit par occuper le Sud de la Guinée-Bissau. Du 13 au 17 février 1964, des batailles ont lieu sur l’île de Como au moment où le PAIGC organise son premier Congrès à Cassaca au Sud de la Guinée Bissau et élit Amilcar Cabral Président du Parti. Les anti-colonialistes remportent la victoire dans une localité et proclament l’île de Como, première région libérée du territoire et y installe de nouvelles structures politco-administratives et Amilcar Cabral il réaffirme en 1964 sa position : « Nous sommes des militants armés et non pas des militaires. » et il réenchérit : « Ne pas avoir peur du peuple et l’amener à participer à toutes les décisions qui le concernent – telle est la condition fondamentale de la démocratie révolutionnaire que nous devons réaliser progressivement. » En mai 1964, Amilcar Cabral participe, à Milan en Italie, au séminaire organisé par le Centre Frantz Fanon et la pertinence de ses interventions le projette sur la scène internationale. En 1965, il rencontre pour la première fois, le révolutionnaire argentin Ernesto Guevara dit le « Ché » et prend part en 1966 à la « Conférence tricontinentale de La Havane » et met en place l’ »Organisation de Solidarité des Peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine« . Dans son discours intitulé « Foundations and objectives of national liberation in relation to the social structure » ou « Fondements et objectifs de la libération nationale en relation avec la structure sociale« , Amilcar Cabral dit : « La déficience idéologique est la plus grande faiblesse que nous avons en Afrique….Nous avons néanmoins assez d’expérience accumulée pour tracer une ligne de base de l’idéologie pour l’Afrique. » Le charisme, la force de caractère et l’esprit combatif d’Amilcar Cabral favorise sa désignation comme « Dirigeant révolutionnaire majeur en Afrique » et « Grande figure de la révolution dans les Etats du tiers monde« . En 1965, à la Conférence de Dar es Salam en Tanzanie, il affirme : « Les colonialistes ont l’habitude de dire que eux, ils nous ont fait rentrer dans l’histoire. Nous démontrerons aujourd’hui que non : ils nous ont fait sortir de l’histoire, de notre propre histoire, pour les suivre dans leur train, à la dernière place, dans le train de leur histoire. » Le 3 janvier 1966, Amilcar Cabral rencontre Fidel Castro à Escambray au centre de Cuba, se lie d’amitié avec lui et lui communique son projet de créer un foyer de guérilla dans la forme Guévariste en Guinée Bissau. Amilcar Cabral avait évoqué l’option de la guérilla avec le « Ché » en 1965, lorsque ce dernier faisait une tournée en Afrique. Fidel Castro accepte d’épauler le leader africain et sous le commandement de Pedro Pires, une trentaine de militants de la Guinée Bissau est formée par les instructeurs cubains. Dans le mois de mai 1966, après avoir divorcé d’avec Maria Helena, Amilcar Lopes Cabral prend pour épouse Ana Maria Foss. Une grande partie de la Guinée Bissau est sous contrôle du PAIGC en 1968, qui y installe des écoles, améliore la vie des femmes et les installations sanitaires et crée des magasins appelés « Magasins du peuple » pour fournir des produits de premières nécessités aux habitants du Sud de la Guinée Bissau. A la Conférence d’Alger, en Algérie en 1968, après avoir bénéficié des largesses et de l’hospitalité du Président panafricain Ahmed Ben Bella, Amilcar Cabral déclare : « Les musulmans vont en pèlerinage à La Mecque, les chrétiens au Vatican et les mouvements de libération nationale à Alger» Il se rend au Soudan en janvier 1969 pour participer à la » Conférence de Solidarité avec les Peuples des Colonies portugaise« . Lorsqu’il apprend que son ami, le nationaliste mozambicain Eduardo Mondlane du « Mouvement de Libération du Mozambique« (FRELIMO) a été tué le 23 février 1969 par un colis piégé, Amilcar Cabral se révolte. En Guinée Bissau, le PAIGC occupe les deux tiers du territoire. En avril 1969, Amilcar Cabral s’exprime devant la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU et dénonce les manœuvres malveillantes des portugais dans son pays. Les autorités portugaises, pour ralentir l’avancée du PAIGC, décident d’utiliser des bissau-guinéens pour neutraliser leurs propres compatriotes du PAIGC. Elles intègrent donc des nationaux dans l’armée, distribuent des sacs de riz à la population, construisent des écoles et améliorent des installations sanitaires. Au 14ème anniversaire du PAIGC, Amilcar Cabral critique les autorités portugaises en disant : « …Les criminels colonialistes portugais ont entrepris à la radio une grande campagne contre les Capverdiens, surtout dans les langues locales Guinéennes. Dans cette campagne, ils affirment qu’ils vont expulser tous les Capverdiens qui sont en Guinée au service du colonialisme et de donner les places et les postes qu’ils occupent à ceux qu’ils appellent ‘’les véritables enfants de la Guinée… » Une autre fille d’Amilcar Lopes Cabral, N’Dira Abel Cabral naît le 6 décembre 1969. En février 1970, il participe à la Conférence organisée à l’Université de Syracuse à New-York et rend hommage à son ami mozambicain Eduardo Mondlane, politique du Mozambique assassiné par un colis piégé. Il se rend successivement au siège des Nations-Unies à Washington, à la Commission des affaires étrangères du Congrès américain et à Moscou en avril pour fêter le centième anniversaire de la naissance de Lénine. Dans « Libération nationale et culture« , il dit en 1970 : « La résistance culturelle du peuple africain n’a pas été détruite. Réprimée, persécutée, trahie par quelques catégories sociales compromises avec le colonialisme, la culture africaine a survécu à toutes les tempêtes, réfugiée dans les villages, dans les forêts et dans l’esprit des générations victimes du colonialisme. » Le 1er juillet 1970, les indépendantistes des colonies portugaises, Agostinho Neto de l’Angola, Marcelino Dos Santos du Mozambique et Amilcar Cabral de la Guinée Bissau sont reçus par le Pape Paul VI après la « Conférence de Solidarité avec les Peuples des Colonies Portugaises ». L’armée française décide le 22 novembre 1970 d’appuyer les manœuvres des colons portugais avec une opération baptisée « Opération Mer verte« . Cette opération par sa mise en œuvre veut assassiner le leader Amilcar Cabral et renverser aussi le Président guinéen Sékou Touré qui a dit « NON » au Général de Gaulle à l’« intégration à la communauté française » et qui a opté pour l’indépendance de la Guinée-Conakry. Le projet d’attaque est préparé par le portugais Marcello Caetano, le Brigadier de la cavalerie portugaise nommé Spinola et les services secrets français avec cinq (5) objectifs à atteindre : 1°) la libération des prisonniers portugais détenus en Guinée Conakry ; 2°) la destruction des équipements militaires, chasseurs Mig 17 de la République de Guinée Conakry; 3°) la mise hors d’état d’usage des vedettes du PAIGC ; 4°) un coup d’Etat en Guinée Conakry ; 5°) et l’assassinat du nationaliste Amilcar Cabral qui réside en Guinée Conakry. Mise en œuvre, l’opération entraîne la libération de vingt-six (26) militaires portugais et la destruction des bateaux vedettes du PAIGC mais un sentiment d’échec habite les colons français. En effet, en déplacement en Europe de l’Est, c’est la résidence du voisin immédiat d’Amilcar Cabral qui a été pilonnée d’obus. Les militaires français se sont trompés de cible parce que l’opération s’est déroulée tard dans la nuit, dans l’obscurité. La résidence du voisin d’Amilcar Cabral a été détruite et les trois (3) filles du voisin ont été atteintes et une des filles est décédée sur le coup, la tête détachée par un éclat d’obus. En Guinée-Conakry, le Président Sékou Touré était lui aussi absent du Palais présidentiel pendant l’attaque. Plus tard, sont présents pour la commémoration de l’attaque opérée par la France, le Président Sékou Touré de la Guinée Conakry, le leader nationaliste Amilcar Cabral et le Président français François Mitterrand. Le Président français François Mitterrand passe une semaine en Guinée-Conakry, tente de se lier d’amitié avec Amilcar Cabral et va jusqu’à l’inviter en France pour les vacances de Pâques. Bien avant cette énième attaque, Amilcar Cabral avait déjà échappé à une quarantaine de tentatives d’assassinat. Pour équilibrer les rapports de force, Amilcar Cabral se rend à Moscou, en URSS pour acquérir des avions militaires et les soviétiques lui promettent des missiles sol-air appelés Strella. Son frère Luis Cabral, dans une interview au journal Diário Popular confirme : « Mon frère pouvait se faire des amis partout (…) C’est avec le charme d’Amílcar que les Soviétiques nous ont donné les missiles pour contrôler l’armée … » Pour un lobbying diplomatique plus renforcé, Amilcar Cabral se rend en Suède en avril 1971, en Ethiopie en juin 1971 pour la Conférence des Chefs d’Etat et gouvernement africains et en août en Irlande et en Finlande. En février 1972, il tient un discours devant la 163ème session du Conseil de sécurité de l’ONU et demande aux membres de cette Organisation de conduire une mission dans la partie Sud de la Guinée Bissau pour s’imprégner de la réalité. L’ONU envoie effectivement une mission d’observation du 2 au 8 avril 1972, conclut que le PAIGC doit être considéré comme le véritable et légitime représentant des peuples de la Guinée et du Cap-Vert et demande donc aux autres Etats de s’adresser dorénavant au PAIGC pour tout ce qui concerne la Guinée-Bissau et le Cap-Vert Le Conseil de sécurité de l’ONU vote, à l’unanimité, une résolution pour condamner le colonialisme portugais et exige que les portugais se retirent de la Guinée Bissau et engagent les négociations avec le PAIGC. Les élections sont préparées dans la partie Sud en août 1971 et les représentants de l’assemblée nationale populaire sont élus quelques mois plus tard avec 273 conseillers régionaux contre 120 membres de l’assemblée nationale populaire. A la Conférence Tricontinentale de La Havane en Cuba en 1966, son discours dans « L’arme de la théorie« , Amilcar Cabral dit : « La lutte contre nos propres faiblesses (…), quelles que soient les difficultés créées par l’ennemi, cette lutte contre nous-mêmes est la plus difficile, aussi bien au moment présent que dans l’avenir de nos peuples. Trahir la révolution ou se suicider comme classe, tel est le choix de la petite bourgeoisie dans le cadre général de la libération nationale (…) » Le 24 février 1966, le premier Président du Ghana, le Président Kwame Nkrumah, qui entretient de bonnes relations avec Amilcar Cabral, en voyage en Chine est victime d’un coup d’Etat dans son pays et lorsqu’il décède le 27 avril 1972 à Bucarest, Amilcar Cabral, lui rend hommage à ses obsèques en disant : « …Qu’on ne vienne pas nous affirmer que N’KRUMAH est mort d’un cancer de la gorge ou d’autres quelconques maladies, non, N’KRUMAH a été tué par le cancer de la trahison que nous devons extirper,… par le cancer de la trahison, dont nous devons extirper les racines en Afrique si nous voulons vraiment liquider définitivement la domination impérialiste sur ce continent. Mais nous, Africains, nous croyons fermement que les morts continuent vivants à nos côtés, nous sommes des sociétés de morts et de vivants. N’KRUMAH ressuscitera chaque aube dans les cœurs et dans les déterminations des combattants de la liberté, dans l’action de tous les véritables patriotes africains… » (Lire le discours-Hommage entier ICI). En 1972, des représentants du PAIGC visitent la Corée du Nord, le Japon et la Chine. Amilcar Cabral devient Docteur Honoris Causa le 15 octobre 1972 par l’Université Lincoln des Etats Unis d’Amérique et le 24 décembre, Docteur Honoris Causa en Sciences politiques et sociales par l’Académie des Sciences de l’URSS. Le 20 janvier 1973 à 23 heures, le nationaliste Amilcar Cabral est assassiné. Après un dîner, rentrant chez lui avec son épouse Ana Maria Cabral, il est tué devant elle. La chaîne de Radio France Internationale (RFI) rapporte les circonstances de l’assassinat d’Amilcar Cabral : « Après un après-midi de travail, Amilcar Cabral se rend à la résidence de l’ambassadeur polonais à Conakry, ce samedi 20 janvier 1973. Tadeusz Matisiak le reçoit aux côtés de plusieurs membres du corps diplomatique. « Après le dîner, dans une atmosphère très détendue, les convives commencent à danser. Amilcar est souriant, détendu, attentif à tous », se souvient dans un livre sur Cabral l’un des participants à la soirée, Oscar Oramas Oliva, alors ambassadeur cubain en Guinée. « Il n’était pas franchement du genre à fréquenter souvent les réceptions, se souvient au micro de RFI la veuve d’Amilcar Cabral, Ana Maria… Mais là il m’a dit : « Exceptionnellement allons-y, d’autant plus qu’on n’a jamais reçu d’aide de la part de la Pologne. Allons-y, donc, pour leur rappeler que nous avons également besoin de leur solidarité ». Donc, on y est allés. Et je me suis rendue compte qu’il ne voulait plus en partir. Comme s’il avait le pressentiment que c’était le dernier jour de sa vie. » Les invités quittent leurs hôtes à une heure avancée de la soirée. Le véhicule d’Amilcar Cabral arrive à son domicile, dans le quartier de La Minière, à Conakry. Le chef indépendantiste est seul avec son épouse. Des hommes armés s’avancent vers eux. À leur tête, Inocêncio Cani, un vétéran du PAIGC, du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC), le mouvement indépendantiste que dirige Amilcar Cabral. Inocêncio Cani est un ancien responsable des forces navales du mouvement. « Ils ont voulu attacher Cabral, poursuit Ana Maria Cabral, il leur a dit : « Non ! Ne me ligotez pas ». Ils ont commencé à discuter. « Il y a des problèmes, allons nous asseoir au secrétariat et parlons-en ! Mais me ligoter il n’en est pas question, on ne va pas commettre la même erreur que les colonialistes, ligoter quelqu’un c’est la preuve d’un manque de respect vis-à-vis d’un être humain, c’est humiliant, on peut attacher des poules, des bêtes, mais pas des êtres humains ! Là est l’une des principales raisons de notre lutte de libération ! » » « J’étais perplexe, raconte encore Ana Maria Cabral, la discussion se poursuivait, mais ne débouchait sur rien, je ne comprenais rien du tout. À un moment donné il dit : « Autant être tué plutôt que de me faire ligoter! » Et voilà, Inocêncio Cani a saisi l’occasion et a tout de suite fait feu contre Amílcar. » Le leader indépendantiste est blessé par un premier coup de feu, puis tué d’une rafale d’arme automatique. La résidence cubaine n’étant située qu’à quelque 600 mètres des bureaux du PAIGC et de la résidence de Cabral, l’ambassadeur Oscar Oramas Oliva entend les coups de feu. « Immédiatement, raconte-t-il, le téléphone sonne. C’est Otto Schacht, chef de la sécurité du PAIGC : « Monsieur l’ambassadeur, on vient de tirer sur Amilcar, venez vite au secrétariat, il va très mal ». » Arrivé sur place, l’ambassadeur trouve Cabral étendu dans une mare de sang. » Après les travaux de la Commission d’enquête préliminaire qui a permis d’interroger 465 personnes, entendu quarante-trois (43) personnes convaincues d’avoir participé à cet assassinat, neuf (9) complices et quarante-deux (42) suspects, le seul journal international autorisé par les guinéens à faire une enquête sur place est le journal « Afrique-Asie » qui a publié ses travaux dans son numéro 24 du 19 février 1973 : « Trois hommes sortent de la voiture militaire et braquent leurs armes vers le secrétaire général. Celui qui semble diriger l’opération, Cabral le connaît bien. C’est Inocencio Kani, un vétéran, qui a été l’un des commandants de la Marine et qui, certes depuis, a eu des… »Suis-nous » dit Inocencio Kani. Cabral refuse et appelle la garde qui doit veiller sur la résidence. Il n’y a plus de garde (…) » (Voir l’enquête entière à la fin du présent article). LOIDICI.BIZ – SITE WEB A ACCES A GRATUIT L’extrémiste français Yves Félix Marie Guillou qui agissant sous le nom d’Yves Guérin-Sérac, un élément de la fausse agence de presse « Aginter Press » est accusé par beaucoup d’analystes comme celui qui a commandité l’assassinat du leader africain Amilcar Cabral. Mamadou Touré, militant dissident du PAIGC chargé auparavant de la protection d’Amilcar Cabral est ouvertement accusé d’avoir assassiné Amilcar Cabral et aussitôt exécuté et démembré. 110 personnes sont exécutées mais les résultats de la Commission d’enquête ne seront jamais publiés. Surnommé le « Lénine africain« , la mort à quarante (40) ans du leader Amilcar Lopes Cabral choque beaucoup de personnes. La veuve, Anna Maria Cabral, combattante des premières heures poursuit le combat et créée une fondation, la « Fondation Amilcar Lopes Cabral » en hommage à son époux. Après sa mort, plusieurs édifices et évènements portent son nom aujourd’hui encore dans plusieurs pays : 1°) la Coupe Amílcar Cabral qui a lieu au Cap-Vert et regroupe des Etats de la sous-région ouest-africaine ; 2°) Le Lycée technique Amílcar-Cabral de Ouagadougou au Burkina Faso ; 3°) Le Lycée agricole Amílcar-Cabral (LAAC) de Brazzaville au Congo ; 4°) Le Collège CEMT Amilcar Cabral de Ziguinchor au Sénégal ; 5°) Le Lycée Amílcar-Cabral (LACM) à Macenta en Guinée ; 6°) L’école primaire Amílcar-Cabral de Dixinn en Guinée ; 7°) L’Aéroport international Amílcar Cabral du Cap-Vert ; 8°) Le boulevard Amílcar-Cabral de Martinique ; 9°) Le boulevard Amilcar Cabral à Alger en Algérie… Le 24 septembre 1973, le PAIGC proclame seul l’indépendance de la Guinée Bissau et le 10 septembre 1974, l’indépendance pleine et totale de la République de Guinée Bissau est proclamée. Luis Almeida Cabral, le frère d’Amilcar Cabral devient le premier Président de la Guinée Bissau. Le 5 juillet 1975, le Cap-Vert fête son indépendance. L’idéologie d’Amilcar Cabral a séduit des mouvements dans le monde, le MPLA de l’Angola, le FRELIMO du Mozambique, l’ANC de l’Afrique du Sud ; des leaders du Timor Este, le nationaliste Kwamé Nkrumah du Ghana… Le PAIGC avait pour particularité d’éviter la prison à ses adversaires et lorsque les combattants du PAIGC capturaient des soldats portugais, au lieu de les emprisonner ou les assassiner, ils les sensibilisaient et leur faisaient comprendre qu’ils étaient des victimes exploitées par le régime portugais tout comme eux. Beaucoup de ces soldats sensibilisés ont adhéré au combat du PAIGC et sont à la base du renversement du 25 avril 1975 du régime fasciste au Portugal. Aujourd’hui encore, Amilcar Cabral est considéré comme le « Ché » de l’Afrique. Amilcar Cabral est l’homme qui a permis à deux (2) Etats, le Cap-Vert et la Guinée Bissau d’obtenir leurs indépendances. Il reste, pour de nombreux africains, un humaniste, un intellectuel visionnaire, un grand révolutionnaire panafricaniste. Pour des Observateurs, il est « Une lumière éclatante et un guide pour la révolution panafricaine et socialiste doté d’un pragmatisme, un courage, une modestie, une intelligence, une honnêteté sans pareille. » PAROLE FORTE DU LEADER AMILCAR CABRAL : «Les musulmans vont en pèlerinage à La Mecque, les chrétiens au Vatican RAPPORT DU JOURNAL INTERNATIONAL
« AFRIQUE – ASIE » N° 24 DU 19/02/1973 SUR LA MORT D’AMILCAR CABRAL
Ce jour-là, arrivant à Conakry Cabral constate avec étonnement qu’une des barges du PAIGC, qui aurait dû faire route vers la Guinée-Bissau avec un chargement d’armes pour les régions libérées, se trouve toujours à son poste d’ammarage.
Le Commandant Joaquim da Costa, officier de la vedette qui devait la remorquer, est convoqué. Pourquoi n’avez-vous pas exécuté les directives du conseil de guerre ? Demande Cabral. Le moteur du bateau est en panne. Pressez-vous insiste Cabral. Les commandants de l’intérieur attendent les armes pour déclencher une offensive décisive.“
En réalité le compte à rebours a déjà commencé.
Da Costa fait partie du complot. Il attend les directives de son complice Inocencio Kani, autre commandant de vedette. Il sait qu’elle sera sa mission.
Au seuil de l’année 1973, en effet, année décisive selon les plans des colonialistes portugais. Tous les pions sont en place.
La D.G.S./PIDE (Services secrets portugais) a puisé un peu partout et depuis plusieurs années, pour engager des agents guinéens et les introduire dans le mouvement de résistance. Aventuriers, circonveau, vieux militants fatigués, aigris et mécontents… Sans doute ne sont-ils pas nombreux par rapport à la masse des combattants et de leurs cadres. Ce qui est grave est que certains ont accédé à des postes essentiels, voire à des responsabilités importantes. Ce qui est plus grave, c’est qu’ils sont parvenus à tromper la confiance de la direction du Parti et de son secrétariat général.
Ce samedi soir 20 janvier (1973) Joaquim Chissano, membre du comité exécutif du FRELIMO, de passage à Conakry, donne une conférence à l’Ecole des cadres du PAIGC.
Naturellement, cet événement retiendra, pour la soirée, un grand nombre de militants et de responsables.
Cabral, cependant n’y sera pas, il assiste avec sa femme à une réception à l’ambassade de Pologne.
Aristides Pereira, son adjoint n’y est pas non plus. Il est resté à son bureau, où il attend le retour de Cabral prévu pour 23 H.
C’est à peu près vers cette heure-là que Cabral, accompagné de son épouse Ana Maria, quitte l’ambassade de Pologne au volant de la Volkswagen qu’il conduit lui-même.
Le militant africain est assez serein ce soir-là. Les derniers communiqués des fronts intérieurs confirment que les troupes du PAIGC conservent l’initiative des combats.
Les récentes modifications apportées dans les structures de la direction du Parti par le Comité exécutif de la lutte, qui s’est réuni à Boké (Guinée Conakry), vont permettre de donner un nouvel élan à l’offensive.
La dernière réunion de l’OUA a été favorable aux combattants guinéens. Et surtout, l’Assemblée populaire qui vient d’être élue dans les territoires libérés, va proclamer la souveraineté de la Guinée.
De très nombreux Etats africains et autres, ont promis une reconnaissance immédiate.
La route de Ratoma est tranquille et la Volkswagen file dans la nuit. La résidence est là, toute proche.
Mais soudain, le conducteur est aveuglé par les phares d’une voiture.
Cabral s’étonne et, reconnaissant une jupe du Parti, arrête sa voiture et descend.
« Qu’est-ce que c’est ?“
Trois hommes sortent de la voiture militaire et braquent leurs armes vers le secrétaire général.
Celui qui semble diriger l’opération, Cabral le connaît bien. C’est Inocencio Kani, un vétéran, qui a été l’un des commandants de la Marine et qui, certes depuis, a eu des problèmes…
« Suis-nous » dit Inocencio Kani.
Cabral refuse et appelle la garde qui doit veiller sur la résidence. Il n’y a plus de garde.
Nabonia, dit « Batia », qui est membre de la garde personnelle du secrétariat général, avait informé les conjurés du programme de la soirée.
Ils savent que Cabral est seul ; que Pereira l’attend dans son bureau et que les autres militants sont revenus à la conférence des mozambicains.
« Monte, répète Inocencio, sinon nous allons t’emmener de force »
L’un des agresseurs s’avance avec une corde.
« Vous ne m’aurez pas comme ça, lance Cabral. Jamais personne n’a pu me ligoter…Et jamais je n’ai accepté qu’on ligote les autres… Nous sommes battus précisément pour briser les chaînes… »
La peur et le trouble se dessinent sur le visage de Kani. Mais il est trop tard. Il hésite un moment, puis lève son arme et tire, presque à bout portant.
Atteint au foie, Cabral s’écroule sur la route et saigne abondamment.
Inocencio Kani disparaît alors un moment, sans doute pour informer ses complices de la tournure des évènements.
Cependant, sur la route où une flaque de sang s’élargit, Cabral se redresse. L’homme n’est pas mort. Le chef est encore lucide. Il s’adresse aux deux autres, restés immobiles, pour une ultime tentative.
« Pourquoi, camarade ? S’il y a des divergences, il faut discuter…Le Parti nous a enseigné… »
Comment ? Tu parles encore ? » gronde Kani qui revient soudainement.
Il fait un signe : « Achevez-le ! Vite »
Une courte rafale.
Cabral frappé à la tête, retombe mort.
Maria, terrorisée et impuissante, a suivi toute la scène depuis la voiture où elle était restée.
« Emmenez-la à la « Montanha », ordonne Kani.
La « Montanha » c’est la prison du PAIGC. La jupe démarre à toute vitesse (…) »
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