01 – NOEL KOUADJANE : JUGE INTÈGRE ET JUSTE

« LA VOIE » N° 80 DU 6 NOVEMBRE 1991 : LE JUGE NOËL KODJANÉ MENACÉ

 

Le magistrat, M. Noël Kodjané, par le jugement qu’il vient de rendre, en déboutant MM. Sidia et Soungalo de leur plainte en diffamation, a redoré l’image de la Justice ivoirienne.

Cependant, si son jugement tend à mettre en confiance le peuple ivoirien vis-à-vis de son appareil judiciaire, Noël Kodjané devient quelque part une cible pour le parti au pouvoir.

A la suite de la décision rendue par le juge Kodjané, dans « l’affaire Alassane vend et rachète », un « journal » du PDCI a eu l’exploit d’imaginer un quelconque trafic d’influence. Pour ce journal, le jeune magistrat aurait été influencé par le juge Oulaï Siéné. Ce dernier serait un militant actif de l’Opposition et actionnaire aux Editions du Temps, société éditrice de l’hebdomadaire « Notre Temps».

Le journal a aussi porté atteinte à l’intégrité morale et intellectuelle de M. Noël Kodjané, en évoquant son jeune âge. En somme, il a risqué de banaliser la décision de M. Noël Kodjané. En fin de compte, nous apprenons que la partie civile a interjeté appel.

Que faut-il comprendre, à partir de cet instant ?

MM. Soungalo et Sidia sont insatisfaits du verdict, quoi de plus normal.

Mais, il ne pas voir qu’eux qui sont mécontents. Il y a ce monde d’en face qui se morfond et grince des dents, pendant que le peuple applaudit pour la nouvelle face que revêt notre appareil judiciaire.

Et comme nous avons conscience des pratiques souterraines dont le parti au pouvoir fait usage pour mener la vie dure à ceux qu’il considère comme des détracteurs, il y a lieu de s’interroger sur les risques de tous ordres que peut courir le magistrat Noël Kodjané, dès l’instant où il a prononcé, un tel verdict.

C’est connu, la Côte d’Ivoire n’est pas un pays démocratique.

En fait, qui est ce jeune magistrat ?

Classé deuxième au concours d’entrée à l’ENA, en 1989, Noël Kodjané (31) en ressort major de la promotion 1990.

En cette qualité, il est immédiatement nommé substitut général d’intérim, promotion que l’on connaît, en principe après 10 à 12 années d’expérience.

Au cours de l’année 1991, il a même participé à des assises qui sont des séances assez délicates en matière de droit, et qui requièrent une certaine qualité.

En somme, il faut comprendre que M. Noël Kodjané a tous les atouts nécessaires pour mener un tel dossier sur la privatisation.

Mais voilà qu’aujourd’hui, les pourfendeurs de notre Justice, par leur porte-voix, tentent de remettre en cause la décision rendue par ce brillant magistrat.

Ceux-ci s’appuient aussi sur des informations reçues des Renseignements généraux concernant la personne de M. Noël Kodjané ; Cela est inquiétant, car si cette branche spéciale de la police s’est mise sur les traces du jeune magistrat, pour collecter des informations, qu’elle a ensuite livrées au «journal ».

Si telle était le cas, on est en droit de penser que M. Kodjané n’est plus en sécurité, parce que suivi.

Par ailleurs, M. Noël Kodjané était chargé de la chambre des délits divers, il pouvait en principe, poursuivre ce dossier de privatisation jusqu’à terme.

Autrement dit, il pouvait encore juger la même affaire de privatisation qui oppose le Premier ministre aux différents journaux. Mais, ce n’est pas le cas.

Pourquoi ne pas penser que ce dossier lui a été retiré tout simplement, parce qu’il a débouté ces deux hauts fonctionnaires ?

Mme Mazoin, présidente du Tribunal de première instance, n’aurait-elle pas pris les choses en main elle-même, pour prévenir ce que les autres peuvent appeler « le comble » ?

En tout cas, les Ivoiriens, eux, se réjouissent de la nouvelle image de la Justice.

Du côté du pouvoir, on crie alerte !

Pour lui, « la » Justice qu’il croyait toute à sa botte, est en train de lui échapper.

Ce matin, Mme Mazoin doit donner son verdict. Elle appliquera la loi, rien que la loi. Les Ivoiriens rendront-ils, une fois de plus, hommage à la Justice nouvelle de notre pays ?

Pour l’instant, ils ont de sérieuses raisons d’espérer de leur Justice, et ce, grâce aux jalons posés par le jeune magistrat Noël Kodjané.

Que Dieu le garde envers et contre tous.

Allobié Assa