THOMAS ISIDORE NOEL SANKARA DU BURKINA FASO

Thomas Isidore Noël Sankara est né le 21 décembre 1949 à Yako en Haute-Volta, actuelle Burkina Faso, de Sambo Joseph Sankara et de Marguerite Sangara.

Thomas Sankara est d’ethnie Silmimandé ou Peul-Mossi.

Son père, Joseph Sankara, tirailleur voltaïque, décédé le 4 août 2006 à Ouagadougou à la clinique Saint Jean, avait été fait prisonnier pendant la deuxième guerre mondiale.

Joseph Sankara, né dans une famille musulmane, s’est converti au catholicisme au cours de la guerre mondiale et a servi comme infirmier lors de cette guerre.

Revenu au pays, il soignait gratuitement ses voisins et notable de son quartier ; Le quartier Paspanga et il contribuait au règlement des conflits de voisinage.

Le 5 août 1960, la Haute-Volta obtient son indépendance et Maurice Yaméogo devient le premier Président du nouvel Etat.

Maurice Yaméogo tente d’imposer l’«Union démocratique voltaïque » (UDV) comme unique Parti politique en Haute Volta mais n’y parvient pas et mène une politique d’austérité. Il diminue les salaires des fonctionnaires et augmente les impôts.

Ces mesures entraînent des soulèvements et bien qu’ayant été réélu avec 99 % des voix, il démissionne le 3 janvier 1966.

Le lieutenant-colonel Aboubacar Sangoulé Lamizana prend le pouvoir et instaure un pouvoir autoritaire également.

Le nouvel homme fort de la Haute-Volta supprime les Partis politiques.

Pendant ce temps, Thomas Sankara est à l’école primaire et enfant de cœur à l’Eglise catholique. Son père, sa mère et les prêtes espèrent le voir intégrer le séminaire mais, il choisit le Lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso.

Déjà à l’école primaire, Thomas Sankara a pris conscience de l’injustice coloniale.

En octobre 1966, il est admis à son Brevet d’Etudes du premier Cycle (BEPC) et à son concours d’entrée au  Prytanée Militaire du Kadiogo  (PMK) de Ouagadougou.

Au PMK, le professeur Adama Touré, d’idéologie communiste, donne le goût de la politique, à Thomas Sankara.

Le 1er octobre 1969, après le Baccalauréat, Thomas Sankara part à Madagascar pour une formation d’Officier à l’Académie militaire d’Antsirabé et de 1971 à 1972, il est témoin des soulèvements de la population Malgache contre le régime colonial.

Rentré en Haute Volta en 1973, Thomas Sankara, Henri Zongo et Jean-Baptiste Lingani créent le  Rassemblement d’Officiers Communistes (ROC) afin de former les recrues des écoles militaires étrangères qui se trouvent être encore sous les ordres d’anciens officiers de l’Armée coloniale.

Thomas Sankara est affecté le 19 mars 1974 à la Compagnie de génie de Ouagadougou.

Une crise parlementaire en Haute Volta emmène le Chef de l’Etat, le lieutenant-colonel Aboubacar Sangoulé Lamizana à suspendre la Constitution et à dissoudre l’Assemblée nationale le 08 février 1974.

Les 16 et 17 décembre 1974, un problème foncier engendre un affrontement entre le Mali et la Haute Volta et Thomas Sankara réussit à faire une percée avec ses hommes.

En 1976, il est affecté au  Centre National d’Entraînement Commando  (CNEC) à Pô, dans la province du Nahouri, à 150 km au sud de la capitale.

Thomas Sankara et Blaise Compaoré partent pour un stage au  Centre de Formation de Parachutistes  de Rabat au Maroc de janvier 1978 à mai 1978.

Au Maroc, Thomas Sankara et Blaise Compaoré se lient d’amitié.

Pour contenter son nouvel ami, Thomas Sankara fait une entorse à la procédure d’avancement au CNEC et demande à ses camarades, Henri Zongo, Boukary Kaboré, Jean-Baptiste Lingani et Abdul Salam d’accepter que Blaise Compaoré ne respecte pas  les étapes pour faire partir de la promotion.

Ainsi, en mai 1978, Blaise Compaoré devient l’adjoint de Thomas Sankara.

Devenus plus que des amis, Blaise Compaoré est adopté par le vieux Joseph Sankara, le père de Thomas Sankara qui traite ce dernier comme son propre « fils ».

Blaise Compaoré est un invité des parents de Sankara, toutes les fois qu’il est de passage à Ouagadougou.

Le 21 juillet 1979, Thomas Sankara épouse Mariam Sermé et le couple conçoit deux (2) enfants, Philippe Sankara né le 10 août 1981 et Auguste Sankara né le 21 septembre 1982.

Le 25 novembre 1980, un coup d’Etat renverse le lieutenant-colonel Aboubacar Sangoulé Lamizana et porte au pouvoir, le Colonel Saye Zerbo.

Le Colonel Saye Zerbo dirige le Comité militaire de Redressement pour le Progrès National (CMRPN) mis en place.

Thomas Sankara est affecté à l’Etat-major, à la division opérationnelle en février 1981 et est promu Capitaine quand Blaise Compaoré est affecté au  Centre national d’Entraînement Commando de Pô.

Le 13 septembre 1981, Thomas Sankara accepte, presque sous la contrainte, d’être nommé Secrétaire d’Etat chargé de l’Information et, pour la première réunion de Cabinet, il se rend au travail à vélo.

Seulement huit mois après sa nomination, le 21 avril 1982, Thomas Sankara démissionne de son poste de Secrétaire d’Etat chargé de l’Information et dit à la télévision de la Haute Volta : « Malheur à ceux qui bâillonne le peuple. »

Blaise Compaoré et Henri Zongo démissionnent également du Comité militaire de Redressement pour le Progrès National  (CMRPN).

Le 14 mai 1982, Thomas Sankara, Blaise Compaoré et Henri Zongo sont arrêtés et emprisonnés ; Le premier cité est emprisonné à Dédougou, le deuxième à Fara et le troisième à Ouahigouya.

Le 7 novembre 1982, un autre coup d’Etat survient en Haute Volta et le Colonel Saye Zerbo est contraint de céder le pouvoir au Conseil provisoire de Salut du Peuple  (CSP) dirigé par le médecin militaire Jean-Baptiste Ouédraogo.

Des Observateurs voient la main de Thomas Sankara dans ce coup d’Etat.

Le 11 janvier 1983, Thomas Sankara est nommé Premier ministre et tout au long de son discours, l’on note le mot « Peuple » cinquante neuf (59) fois.

Thomas Sankara effectue plusieurs voyages, dans les pays dits du « Tiers-monde » et  au Niger, en Lybie et en Corée du Nord.

Au Sommet de New Delhi du 7 mars au 13 mars 1983 des Pays non-alignés, Thomas Sankara se fait remarquer par son discours. Il dit : « …Nous ne pourrons jamais mettre sur le même pied d’égalité celui qui opprime un peuple, le pille et le massacre quand il lutte pour sa libération et celui qui aide de façon désintéressées et constante ce peuple dans sa lutte de libération. Nous ne pouvons nous tenir à équidistance de celui qui arme, fortifie, soutient diplomatiquement et économiquement une clique raciste qui assassine froidement et depuis des décennies tout un peuple et celui qui aide ce peuple à mettre une fin par les armes au régime raciste qui le massacre… » (L’intégralité du discours ICI).

Thomas Sankara expose devant la face du monde, ses accointances avec des progressistes, des révolutionnaires et des personnes qui mènent la lutte anti-apartheid, Chris Hani et Winnie Mandela de l’Afrique du Sud ; Le Colonel Kadhafi de la Libye, Fidel Castro de Cuba, José Edouardo Dos Santos de l’Angola, Samora Machel du Mozambique, John Garang du Soudan, Sam Njoma de la Namibie…

Un coup d’Etat contre le Conseil provisoire de Salut du Peuple (CSP) organisé par un groupe de militaires est déjoué le 28 février 1983.

Lorsque Thomas Sankara invite le 30 avril 1983 le Guide Libyen Mouammar Kadhafi à Ouagadougou, les puissances étrangères n’apprécient pas la démache de Thomas Sankara.

De même, les meetings de nature panafricaniste organisés par Thomas Sankara à Ouagadougou les 26 mars et 15 mai 1983 ne plaisent pas au Président Jean-Baptiste Ouédraogo.

Effectuent une visite à Ouagadougou, le 16 mai 1986, Guy Penne, Conseiller du Président Français François Mitterrand et Jean-Christophe Mitterrand, fils du Président Français surnommé «Papa-ma-dit», parce qu’il avait l’habitude de s’abriter derrière l’autorité de son père Président lorsqu’il commentait la politique africaine.

Le 17 mai 1983, à deux (2) heures du matin, sur instruction du Colonel Somé Yoriam Gabriel et sur accord du Président Jean Baptiste Ouédraogo, le Capitaine Jean Claude Kamboulé, Commandant de la division de blindés, encercle le domicile de Thomas Sankara et l’arrête.

Henri Zongo et Jean-Baptiste Lingani sont également arrêtés.

Blaise Compaoré prend la fuite, se réfugie à Pô au Centre national d’Entraînement Commando.

Le rapprochement entre la visite du Conseiller Français à Ouagadougou et l’arrestation de Thomas Sankara et ses camarades est dénoncé par des Observateurs.

Des confidences de personnes bien introduites dans la sphère diplomatique Française avancent que le Président Français, par le biais de son Conseiller avait promis 22 milliards de Francs CFA, sans conditions à la Haute Volta après l’arrestation de Thomas Sankara.

Des manifestations de protestation pour exiger la libération de Thomas Sankara et ses compagnons sont organisées les 20 et 21 mai 1983 à Ouagadougou par les lycéens, les membres du  Parti africain de l’Indépendance (PAI) et l’Union des luttes Communistes Reconstruites  (ULCR).

La réunion du Conseil provisoire de Salut du Peuple (CSP) tenue le 25 mai 1983 enregistre une grande fracture au sein de l’Armée et deux jours après, le Président Jean-Baptiste Ouédraogo annonce la libération très prochaine des prisonniers politiques.

Thomas Sankara et Jean-Baptiste Lingani sont libérés et placés en résidence surveillée le 29 mai 1983.

Bien qu’en résidence surveillée, Thomas Sankara, Jean-Baptiste Lingani et Blaise Compaoré font un coup d’Etat en juin 1983 avec le soutien des Para-commandos de Pô.

Blaise Compaoré exfiltre discrètement environ 5.000 jeunes du camp Para-commandos de Pô et la France informée de cette opération, livre cinq tonnes d’armes au Président Jean-Baptiste Ouédarogo.

Le 31 juillet et le 02 août 1983, Blaise Compaoré et son groupe annulent deux assauts sur Ouagadougou mais donnent le signal au petit matin du 4 août 1983.

Les putschistes marchent sur Ouagadougou, tuent un automobiliste et prennent son véhicule.

Le Président Jean-Baptiste Ouédraogo est arrêté et les armes livrées par la France sont confisqués par les assaillants.

Après négociations entre les leaders du coup d’Etat, Thomas Sankara prend le pouvoir et prononce, à 22h45, son premier discours radio-télévisé. Il dit : « Peuple de Haute-Volta, aujourd’hui encore, les soldats, les sous-officiers de l’armée nationale et les forces paramilitaires se sont vus obligés d’intervenir dans des affaires de l’Etat pour rendre à notre pays son indépendance et sa liberté, et à notre peuple, sa dignité… ».

Les 7 et 8 août 1983, dans une liasse populaire, le coup d’Etat est fêté mais le 9 août, le Colonel Somé Yoriam Gabriel, l’un des putschistes est assassiné.

Le  Conseil National de la Révolution (CNR) est mis en place avec cinq membres du Parti africain de l’Indépendance (PAI), trois membres de l’Union des luttes Communistes Reconstruites (ULCR) et quatre militaires dont Thomas deviennent les Chefs de la Révolution.

Thomas Sankara utilise une petite « Renault 5 » pour ses déplacements. Il vend les voitures de luxe des ministres,  Limousines et  Catillacs et autres.

Thomas Sankara s’habille en tenues fabriquées en Haute Volta et demande à ses ministres de ne plus porter des vestes mais plutôt des « Dan Fani », un tissu en coton fabriqué en Haute Volta.

Surnommé « Tom Sank » par une partie de la population, Thomas Sankara ne veut pas s’enrichir sur le dos de son peuple, bien que Président et un journaliste ne manque pas de dire de lui  : « Vous êtes un des Chefs d’Etat les plus pauvres du monde. »

Avec les changements entrepris qui paraissent insignifiants, la Haute Volta réussit à réduire de manière spectaculaire le train de vie de l’Etat.

Thomas Sankara déclare ses biens et exige de ses ministres qu’ils en fassent autant.

Le 19 septembre 1984, le Président fait passer les frais de scolarité au primaire de 10.000 FCFA à 4.000 FCFA et de
85.000 FCFA à 45.000 FCFA pour le secondaire.

Il rend les logements gratuits pour l’année 1985.

Il mène la lutte contre l’excision, réglemente la polygamie et améliore les conditions de vie des femmes et pour obliger les maris à connaître le prix des condiments pour ne plus imposer des sommes dérisoires à leurs femmes, une journée des maris au marché est organisée le 22 septembre 1984.

Le slogan de Thomas Sankara est : « Deux repas et 10 litres d’eau pour tous et tous les jours ».

La Haute Volta devient effectivement devient auto-suffisant en matière alimentaire.

Cependant, lorsqu’il réduit les indemnités des fonctionnaires de 25 % à 50 %, supprime les enveloppes spéciales pour les frais de mission, met fin à l’impôt de capitation, muselle la presse, met en prison quelques opposants, ces mesures le rendent impopulaire.

Certains reprochent au Président la rapidité avec laquelle il voulait opérer les changements de mentalités ; Ce qui a conduit à des trahisons et des incompréhensions. Surtout que les Institutions contre la corruption faisaient trop de zèle qui  a frustré et fâché des fonctionnaires.

De plus, les Comités de défense de la Révolution (CDR) placés dans les régions appliquaient les réformes sans associer les chefs traditionnels.

Or, les mentalités culturelles nécessitent des étapes à respecter.

En janvier 1984, Thomas Sankara fait savoir au Guide Libyen Mouammar Kadhafi qu’il n’apprécie pas son intervention militaire au Tchad.

Le 4 août 1984, au premier anniversaire de la révolution, Thomas Sankara change le nom du pays qui passe de « Haute Volta » en « Burkina Faso » qui signifie « Pays des hommes intègres ».

Avec le soutien de la population et sans aucune aide extérieure, le pouvoir parvient, suivant les statistiques de l’Unicef, à faire passer le taux de scolarisation de 16,5 % en 1983 à 24 % le long de son mandat.

Le taux des enseignants passe à 16 %.

L’énergie du Burkina Faso trouve désormais sa source dans le bois, à 94 % et pour lutter contre l’avancée du Sahel, chaque famille est tenue de planter 100 arbres par an et ainsi, dix millions d’arbres ont pu être plantés en quinze  mois.

Au 4ème anniversaire de la révolution, l’amitié entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré s’effrite et Thomas Sankara annonce la réussite de la révolution mais indique qu’elle est entachée d’erreurs et de tâtonnements et si le peuple l’a suivi jusqu’alors, il fallait faire une pause car pour lui : « Il vaut mieux faire un pas avec le peuple que cent pas sans le peuple. »

Il dit également qu’il est important de créer les conditions d’un adoucissement politique.

L’entourage de Thomas Sankara le met en garde contre un coup de Blaise Compaoré mais comptant sur la forte amitié qui le lie à son « frère », il ne veut pas croire à une trahison venant de lui et dit à un journaliste : « Le jour que vous entendrez que Blaise Compaoré prépare un coup d’Etat contre moi, ce n’est pas la peine de me prévenir, car, ce serait trop tard. »

Thomas Sankara ajoute lors d’une interview : « Je me retrouve un peu comme un cycliste qui grimpe une pente raide et qui a, à gauche et à droite, deux précipices (…) Pour rester moi-même, pour me sentir moi-même, je suis obligé de continuer sur cette lancée. »

Le climat entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré devient pesant en cette année 1987 et Maître Apollinaire Kyélem, avocat au Barreau du Burkina et directeur du Centre de recherches internationales et stratégiques (C.R.I.S) dans son livre «Thomas Sankara et la Révolution au Burkina Faso – Une expérience de développement autocentré» écrit : «(…) Le Président Sankara a échappé à plus de cinq tentatives d’assassinat (…) Avant le 15 octobre 1987, plusieurs tentatives d’assassinat de Sankara avaient été planifiées, puis reportées pour des raisons d’opportunité. L’une d’elles était prévue pour se dérouler pendant les cérémonies du 4 août 1987 à Bobo Dioulasso. Sous prétexte d’assurer la sécurité des manifestations, Blaise Compaoré y avait fait transporter beaucoup de soldats de Pô. Flairant un piège, Sankara fit suivre les hommes de Pô par ceux du Bataillon d’intervention aéroporté (B.I.A) de Koudougou du Capitaine Boukary Kaboré. La tentative échoua… »

Mariam Sankara dit : « …Il évitait le sujet ; il ne voulait pas m’effrayer mais on sentait que tout n’était pas parfait entre les hauts dirigeants. Chaque fois que je revenais de la ville avec une information alarmante, il me rassurait en disant qu’ils réussiront à surmonter la situation. Car pour lui, la révolution, l’intérêt du peuple était au-delà de tout. Il me disait que Blaise était manipulé par des déviationnistes de la révolution, mais qu’il finirait par s’en rendre compte. Il se démarquera d’eux et reviendra sur les voies de la révolution (…) Des responsables de sa sécurité m’en ont parlé, mais ils avaient du mal à le lui faire accepter ; sans doute savait-il qu’il ne pouvait rien faire pour arrêter ce qui allait se passer. A certaines personnes comme Jean Ziegler, il a confié que «si Blaise veut m’éliminer, on ne pourra rien y faire» (…) Il pensait que la découverte des intentions de Blaise le conduirait à renoncer à ses projets. A la sortie d’une de leur réunion du CNR (Conseil National de la Révolution), il m’a confié qu’il craignait que Blaise se suicide parce que certains militaires ont dévoilé son manège…»

Le 31 octobre 1986, Thomas Sankara rend hommage au leader Mozambicain Samora Machel tué dans un crash d’avion le dimanche 19 octobre 1986, un an avant son propre assassinat : « Camarades militantes et militants, il ne s’agit pas aujourd’hui pour nous de pleurer mais d’avoir une attitude révolutionnaire face à cette situation tragique que provoque en nous la disparition de Samora Machel (…) Il ne s’agit pas pour nous de pleurer non plus, pour ne pas nous confondre avec tous ces hypocrites, ces crocodiles et ces chiens qui ici et ailleurs font croire que la mort de Samora Machel provoque en eux la tristesse…» (L’intégralité du discours ICI)

Le 29 juillet 1987 au 25ème Sommet des membres de l’OUA, Thomas Sankara tient ce discours : « …Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n’avons pas de quoi payer. Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous ne sommes pas responsables de la dette. Nous ne pouvons pas payer la dette parce qu’au contraire les autres nous doivent ce que les plus grandes richesses ne pourront jamais payer, c’est-à-dire la dette de sang. C’est notre sang qui a été versé. Qui ici ne souhaite pas que la dette soit purement et simplement effacée. Celui qui ne le souhaite pas, il peut sortir, prendre son avion et aller tout de suite à la banque mondiale payer. Nous tous le souhaitons. (Rires et applaudissements) (…) Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serais pas là à la prochaine conférence… » (L’intégralité du discours ICI).

Le jeudi 15 octobre 1987, à 16 heures, Thomas Sankara tient une réunion avec ses Conseillers au « Conseil de l’Entente » de Ouagadougou, Etat-major du Conseil national de la Révolution, situé entre les ministères et la Présidence.

Un groupe de soldats Para-Commandos fait irruption au  Conseil de l’entente et tire dans tous les sens.

Thomas Sankara entend ces crépitements d’armes et dit à ses Conseillers : « Restez-là, c’est moi qu’ils veulent !», en tenue de sport, il se précipite dehors, les mains levées.

Aussitôt, Thomas Sankara est fauché à l’arme automatique et reçoit une quinzaine de balles à feu.

Le leader Burkinabé, Thomas Sankara, est assassiné, deux mois et demi seulement après son discours d’Addis-Abeba, à l’âge de trente sept ans.

Tous ses gardes et Conseillers sont tués en même temps que lui, au total douze (12) personnes.

Les assassins les enterrent à la hâte, la même nuit, au cimetière d’un quartier de l’Est de Ouagadougou appelé Dagnoen lieu devenu un endroit de pèlerinage pour beaucoup d’africains qui s’y rendent chaque 18 octobre.

Mariam Sankara quitte précipitamment le Burkina Faso avec ses deux garçons et s’exile pendant un an au Gabon où elle bénéficie de la nationalité Gabonaise offerte par le Président Omar Bongo.

La famille Sankara part ensuite à Montpellier en France et y reste pendant vingt-sept ans.

Le journal « Le Monde » écrit comment Madame Sankara a raconté son départ du Burkina Faso suite à une interview qu’elle a accordé à ce journal : « Les gens avaient peur de parler du Président Sankara : tout était fait pour effacer son image. C’était une époque de répression, d’intimidation. Elle reçoit même des menaces de mort. Les hommes de «Blaise» viennent fouiller sa maison. Embarquent les documents administratifs. La jeune veuve se retrouve sans papiers, sans appuis, prisonnière dans son propre pays. C’est finalement l’ancien Président du Gabon Omar Bongo, dont un frère était ami de son mari depuis un stage militaire en France, qui parvient à lui faire quitter le pays. Elle vit un an au Gabon, en obtient la nationalité, puis s’exile à Montpellier avec ses deux fils, pour poursuivre ses études en développement rural ».

Mariam Sankara dit : « En France, nous avons vécu dans l’anonymat total. Comme tout immigré. Nos voisins ne savaient pas qui nous étions. Aux yeux de la France, je suis Gabonaise.»

Le certificat de décès, établi le 17 janvier 1988 mentionne : « Sankara Thomas Isidore Noël, né le 21 décembre 1949 à Yako, Passoré à Ouagadougou, est décédé le 15 octobre 1987, à 16h30 de mort naturelle.»

Après l’assassinat de Thomas Sankara, Blaise Compaoré devient le Président de la République du Burkina Faso.

Le 18 septembre 1989, accusés de complot contre le Président Blaise Compaoré, Henri Zongo et Jean-Baptiste Lingani sont exécutés et enterrés en même temps que le Commandant Koundamba et l’Adjudant Gningnin dans un lieu tenu secret.

Mariam Serme Sankara se bat depuis 1987 pour connaître les raisons pour lesquelles son époux a été assassiné et le lieu où se trouve sa vraie dépouille.

La famille qui met en cause Blaise Compaoré a entamé, en 1997, au Burkina Faso, par l’intermédiaire de la Campagne Internationale Justice pour Sankara  (CIJS) une procédure judiciaire.

Blaise Compaoré nie être à la base de la mort de Thomas Sankara mais avance que Thomas Sankara avait prévu le tuer.

Déboutée à tous les niveaux par l’appareil judiciaire du Burkina Faso, la CIJS a saisi le  Comité des Droits de l’Homme de l’ONU  en 2002.

En 2006, le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU  rend un verdict en faveur de la famille Sankara en prescrivant : « Le refus de mener une enquête sur la mort de Thomas Sankara, la non-reconnaissance officielle du lieu de sa dépouille, et la non-rectification de l’acte de décès, qui faisait mention d’une « mort naturelle », constituaient un traitement inhumain à l’égard de Mme Sankara et ses fils. ».

En 2007, pour la première fois, Mariam Serme Sankara, en exil en Europe depuis 1987 se rend au Burkina Faso pour se recueillir sur la tombe présumée de son époux.

Le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU  a demandé aux autorités du Burkina Faso de faire la lumière sur l’assassinat de Thomas Sankara et exigé que la preuve du sépulcre de Sankara soit donnée.

Le 21 octobre 2010, les ayants droit de Sankara introduisent une requête pour demander une expertise de la dépouille de Sankara et son identification.

La décision reportée au mercredi 5 mars 2014 par les juges de la Chambre civile du Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou est reportée à nouveau pour le mercredi 2 avril 2014 pour complément de nouvelles pièces, notamment, l’Ordonnance rendue par le juge d’instruction en 1998, l’Arrêt n°14 de la Cour d’appel de Ouagadougou rendu le 26 janvier 2000, le recours de l’Etat burkinabè en date du 30 juin 2006, la décision du Comité interne, la recommandation et le rapport général du rapporteur de la 92ème session du « Comité des Droits de l’Homme
de l’ONU ».

Maître Bénéendé Sankara, avocat de la famille Sankara qui, bien que portant le même nom que « Sankara » n’est pas un des leurs dit : « Ce n’est que du dilatoire….Rien n’est sûr que le 2 avril verra une décision sur cette affaire qui dure depuis plusieurs années. »

Le mercredi 2 avril 2014, le délibéré de la décision d’exhumation de Thomas Sankara pour des tests d’ADN est une fois nouvelle reportée au mercredi 30 avril 2014.

Maître Bénéendé Sankara dit : « Je suis confiant sur la suite de l’affaire… Cet autre renvoi du délibéré, permettra au tribunal d’étudier les pièces obtenues

Le vendredi 31 octobre 2014, des émeutes éclatent au Burkina Faso et après vingt sept ans de règne, Blaise Compaoré est chassé du pouvoir.

Face à l’insurrection populaire, La France aide Blaise Compaoré et sa famille à quitter le Burkina Faso pour se réfugier en Côte d’Ivoire, avec l’accord du Président Alassane Ouattara.

Le 17 novembre 2014, soit environ deux semaines après son arrivée en Côte d’Ivoire, Blaise Compaoré  obtient la nationalité ivoirienne, ainsi que son frère François Compaoré.

Vers la fin du mois de mars 2015, les nouvelles autorités du Burkina Faso représentées par le Président Michel Kafando promettent que « Justice serait rendue » dans l’affaire de la mort du Capitaine Thomas Sankara.

Début avril 2015, le juge d’instruction militaire préalablement saisit, met la tombe de Thomas Sankara sous scellé et le jeudi 14 mai 2015, Mariam Sankara est accueillie triomphalement par des milliers de personnes à l’aéroport de Ouagadougou.

Elle dit : « J’ai trouvé l’accueil très émouvant : j’ai vu une foule immense. Les gens criaient « Sankara ! Sankara! » alors que beaucoup n’étaient même pas nés quand mon mari est mort. Des jeunes qui n’avaient connu que Blaise.»

Depuis 1987 où son mari a été assassiné, Mariam Sankara n’aura foulé le sol du Burkina Faso que deux fois, en 2007 pour participer à la commémoration des vingt (20) ans de l’assassinat de son époux et ce jeudi 14 mai 2015.

Le lundi 18 mai 2015, Mariam Sankara est auditionnée pour la première fois par un juge et l’audition dure plus de
huit (8) heures.

Le lundi 25 mai 2015, dans le cimetière de Dagnoën, les exhumations des restes des douze compagnons du capitaine Thomas Sankara, débutent sous la direction de trois médecins, un Français et deux Burkinabé et en présence du Commissaire du gouvernement et d’un juge d’instruction.

Le mardi 26 mai 2015, des ossements sont exhumés de la tombe supposée du Capitaine Thomas Sankara et l’avocat de la famille Sankara, Me Sankara, présent à l’exhumation dit : « Je peux certifier que dans la tombe supposée être celle de Thomas Sankara, des restes ont été exhumés. En tant qu’avocat représentant la famille, nous avons constaté aux environs de 8h35, à 45 cm de profondeur les premiers ossements…Les restes qui ont été retirés de la poussière, sont constitués de quelques ossements, de tissus au fonds rouge avec des traits noirs…. Nous pensons que les restes qui ont été totalement enlevés aux environs de 11 heures pourront permettre aux experts de faire leur travail scientifique et de produire le rapport que nous attendons… »

L‘hymne national du Burkina Faso est entonné spontanément par la foule qui se trouve aux abords de la route au passage du corbillard qui transporte les restes supposés du Capitaine Thomas Sankara.

Le lundi 21 décembre 2015, un mandat d’arrêt international est lancé par la justice militaire du Burkina Faso contre Blaise Compaoré pour son implication présumée dans la mort de Thomas Sankara.

Le mardi 13 avril 2021, Monsieur Blaise Compaoré, ancien Président du Burkina Faso est inculpé pour attentat, complicité d’atteinte à la sûreté de l’État, assassinat et recel de cadavre dans l’affaire Thomas Sankara.

Suivant le site web, www.rebellyon.info,Boukari Kaboré qui a joué un rôle déterminant aux côtés de Thomas Sankara, écrit : « Thomas Sankara aimait beaucoup le débat. Si vous aviez une discussion, un débat avec lui, il allait jusqu’au bout. Ou bien vous le convainquiez, ou bien c’est lui qui vous convainquait. Si entre-temps le sommeil vous prenait, il vous laissait dormir et dès le lendemain il ramenait le même sujet et vous repreniez le débat de plus bel. Il aimait débattre et voulait être convaincu par la démonstration. Il disait sèchement la vérité et était à l’aise. Les plus beaux souvenirs que je garde de Thomas Sankara, c’est lorsqu’il devait représenter notre pays à des rencontres internationales. On était alors très fier d’être Burkinabè. Thomas était disert. Il n’avait jamais de discours écrit, mais cela ne l’empêchait pas d’être méthodique et très cohérent dans ses propos. Il était Particulièrement persuasif. Pour faire une Révolution, il faut une bonne dose de courage. Il y a des choses qui peuvent être bien, mais qui ne sont pas populaires. Pour un révolutionnaire, ça se réalise. Ce n’est qu’après que le peuple se reconnaît en ce qui a été réalisé. C’est ce qui est arrivé avec le peuple burkinabè. Aujourd’hui, tout le monde pleure le président Thomas Sankara. Pourquoi ? Parce que les gens se sont rendu compte qu’il s’est donné corps et âme pour le bien-être du Burkina tout entier. »

Surnommé, « L’enfant chéri des Burkinabés », la mort de Thomas Sankara reste une grande perte pour l’Afrique et l’espoir d’un changement basé sur la seule contribution des enfants de l’Afrique.

Aujourd’hui, vingt six ans après sa mort, Thomas reste, pour beaucoup, le  révolutionnaire  et l’ anti-impérialiste sincère doublé d’un grand visionnaire.

Pendant le 20ème anniversaire de l’assassinat du « Che » et une semaine avant son propre assassinat, Thomas Sankara avait dit : « On ne peut pas tuer les idées, les idées ne meurent pas »