SYLVANUS OLYMPIO DU TOGO

Au 19ème siècle, lors de la première guerre mondiale, les togolais s’opposent à l’occupation de leur pays par les allemands et lorsque ces allemands sont défaits à la guerre, les vainqueurs, les français et les britanniques se partagent le Togo et le divisent en deux.

Une partie occupée par les français, appelée « Togo-français » et l’autre gérée par les britanniques, le « Togo-britannique ».

Sylvanus Olympio naît le 6 septembre 1902, à Kpando au « Togo-britannique », d’Epiphanie Elpidio Olympio et de Fidelia Afé.

Epiphanie Elpidio Olympio, le père de Sylvanus Olympio était un riche commerçant, né en 1873 d’une princesse nigériane d’Abéokuta et d’un père brésilien, Francisco da Silva Olympio, trafiquant d’esclaves établi à Agoué.

Epiphanie Elpidio Olympio, avait une trentaine d’enfants.

La mère de Sylvanus Olympio, Fidelia Afé, togolaise de l’ethnie Mamprusi, de la région de Dapaong, au Nord du Togo avait été vendue comme esclave à la famille Olympio mais, après son affranchissement, le père de Sylvanus Olympio est tombé amoureux d’elle.

Sylvanus Olympio débute ses études primaires à la Mission catholique allemande de Lomé.

A dix-huit (18) ans, il part à Londres, en Angleterre, pour poursuivre ses études et obtient la « London Matriculation » l’équivalent du Baccalauréat.

De 1922 à 1926, il entame son cursus universitaire à la section Economie politique de la « London School of Economics » et décroche son diplôme en Economie.

Intéressé par le Droit, Sylvanus Olympio se rend à Dijon en France et suit des cours de Droit international et lorsqu’il achève cette spécialité à Vienne en Autriche, il est embauché en 1927 par la société « Lever Brothers Company » de Londres.

En 1928, Sylvanus Olympio rentre en Afrique et est muté à Lagos, au Nigéria, comme adjoint à l’agent général de la compagnie Unilever de Lagos, puis à Hô au Ghana comme Chef de la représentation d’Unilever.

En 1930, Sylvanus Olympio épouse Dinah Grunitzky, une métisse née de Harry Grunitzky et de Hodjinga.

Harry Grunitzkyétait un officier allemand d’origine polonaise, reconverti dans le commerce. Il était père de onze (11) enfants de mères africaines.

De sa première femme, Dame Ayoko, originaire d’Aného Legbanou, Harry Grunitzky a eu cinq (5) enfants : Walter Grunitzky, Maria Grunitzky, Eleck Grunitzky, Berta Grunitzky et Pazian Grunitzky.

Sa deuxième femme, Dame Hodjinga, originaire de Keta, lui a donné deux (2) enfants, Dinah Grunitzky et Félix Grunitzky.

Il a eu une fille, Victoria Agnès Grunitzky avec Dame Otodopé, originaire d’Eoué.

La quatrième femme, Dame Nadou, originaire d’Aného, a eu une fille nommée Paulina Grunitzky.

La cinquième femme, Dame Dédé, originaire de Lomé, lui a donné un garçon, Friedrich-Franz Grunitzky.

Enfin, la sixième femme, Dame Sossimè, originaire d’Atakpamé, a eu un garçon baptisé Nicolas Grunizky.

Le couple Olympio a, quant lui, cinq (5) enfants, deux (2) filles et trois (3) garçons, Kwassi Bonito Herbert, Ablavi Rosita Olympio, Kwami Gilchrist Sylvanus Olympio, Ayaba Sylvana Olympio et Kodzo Elpidio Fernando Olympio.

Affecté en 1932 au Togo, à « United Africa Company » (UAC), une filiale du groupe Unilever, Sylvanus Olympio occupe le poste d’Agent général.

Respecté de ses pairs, il occupe la présidence de la Chambre de commerce de Lomé et le poste de Conseiller technique du Conseil des notables, un groupement pré-politique créé par les colons français pour permettre aux togolais d’administrer le Togo à leurs côtés.

En 1934, pour contribuer à la formation politique de ses compatriotes, Sylvanus Olympio prend part au Comité de rédaction du « Guide du Togo », un journal du togolais Savi de Tové.

Nicolas Grunitzky, beau-frère de Sylvanus Olympio, qui a suivi des études d’ingénieur en travaux publics en Europe rentre au Togo en 1938 ets’installe chez le couple Olympio.

Nicolas Grunitzky rejoint l’Administration coloniale française avant de démissionner pour créer sa propre entreprise.

Sylvanus Olympio est désigné Vice-président du « Cercle des Amitiés Françaises » et participe, le 13 mars 1941, avec son beau-frère Nicolasà la mise en place du « Comité de l’Unité Togolaise » (CUT) ou « UNITOGO ».

Le CUT créé par Lucien Montagné, Gouverneur du territoire à la veille de son retour définitif en France a pour mission, d’une part, de resserrer les liens entre les habitants du Togo sous tutelle de la France et d’autre part de veiller au bien-être moral, social et matériel de la population,.

Cependant, pour beaucoup, le CUT a été créé pour contrecarrer les actions du « Deutsche Togo Bund » qui réclame la reconstitution du territoire togolais avec le respect des limites fixées par les allemands et la suppression du partage du Togo entre français et britannique ; En somme, la réunification du Togo.

Le « Deutsche Togo Bund »a été fondé et enregistré en 1924, à Accra au Ghana.

En 1942, Sylvanus Olympio et six (6) de ses collègues sont arrêtés à Djougou au Bénin pour avoir travaillé avec une entreprise britannique alors qu’il est interdit de coopérer avec eux à l’époque.

En effet, la France dirigée par le Maréchal Pétain avait signé un pacte avec Hitler de l’Allemagne au cours de la deuxième guerre mondiale et les britanniques étaient leur ennemi commun.

Après trois (3) semaines de détention, Sylvanus Olympio est libéré et il lui est intimé l’ordre de quitter la prison, la nuit, sans moyen de déplacement. Il marche donc sur plusieurs kilomètres pour atteindre la ville.

En 1946, Sylvanus Olympio et Nicolas Grunitzky ne s’entendent plus.

Nationaliste, Sylvanus Olympio souhaite l’indépendance immédiate du Togo et Nicolas Grunitzky, « Pro-français » penche pour une indépendance progressive sous tutelle de la France.

Le 9 avril 1946, Nicolas Grunizky et un cousin de Sylvanus Olympio nommé Pedro Olympio créent le « Parti Togolais du Progrès » (PTP).

Le 27 avril 1946, lors du Conseil d’administration du CUT, Sylvanus Olympio joue de tout son poids pour transformer le CUT en un Parti politique dans le but de favoriser la réunification du peuple Ewé et l’indépendance du Togo.

Les Ewé sont un peuple basé au Sud-est du Ghana.

On les trouve également au Sud-ouest du Bénin et ils sont majoritaires au Sud du Togo.

Un intellectuel ghanéen, Daniel Chapman, professeur au Collège d’Achimota du Ghana lutte pour la réunification du peuple Ewé avec son association « All Ewé Conférence ».

Le 8 décembre 1946, Sylvanus Olympio est élu député et, en remportant la majorité des sièges de l’assemblée représentative, il est désigné Président de l’Assemblée nationale.

Sylvanus Olympio devient le représentant au Togo de l’association « All Ewé Conférence ». Il part le 8 octobre 1947 pour l’Organisation des Nations Unies (ONU) afin de défendre le projet d’unification du peuple Ewé et intervient aux tribunes de l’ONU chaque année.

Convoqué par les dirigeants du groupe Unilever à Paris en 1951, il est demandé à Sylvanus Olympio de choisir entre démissionner du groupe Unilever ou partir en croisière dans un Etat européens aux frais de la société.

Pour beaucoup, le but inavoué de cette proposition est d’empêcher Sylvanus Olympio de prendre part à la session de l’ONU de 1951 où il trouve l’occasion de critiquer les colons.

Sans hésiter, Sylvanus Olympio dépose sa démission et revient au Togo.

En dépit des menaces et des manœuvres des autorités françaises, le CUT remporte les consultations électorales et le
25 septembre 1951, Sylvanus Olympio suscite la création du « Mouvement de la Jeunesse Togolaise » appelé aussi « Juvento » ; Mouvement qui s’allie au CUT.

Appuyé par les colons, Antoine Méatchi, un politique togolais, ressortissant du Nord du Togo quitte le CUT et créé un nouveau Parti politique, l’ « Union des Chefs et des Populations du Nord » (UCPN).

L’UCPN est chargé par les colons d’aider Nicolas Grunitzky à avoir une audience au Nord du Togo, ce qui n’est pas le cas.

En 1954, l’Administration coloniale trouve le moyen d’éloigner Sylvanus Olympio de la scène politique. Elle le fait condamner par le Tribunal correctionnel sur le chef d’accusation de
« Non-déclaration de revenus à l’étranger ».

Sylvanus Olympio perd ses droits civiques pour cinq (5) ans et est condamné à payer la somme de cinq millions de Francs (5.000.000 F) CFA comme dommages et intérêts.

Dans ce laps de temps, le PTP et l’UCPN gagnent les consultations électorales.

En 1954, Gnassingbé Eyadéma, un jeune togolais, d’ethnie Kabyè du nord du Togo intègre les rangs de l’armée coloniale française.

Bien avant, Gnassingbé Eyadéma avait repris quatre fois la classe de C.E.1 et avait été exclu de l’école primaire pour « fainéantise et voyoucratie ». Il s’était alors engagé dans le métayage chez un agriculteur de Kabou.

Le métayage est une activité qui consiste, à partir d’un bail rural, à cultiver la terre et lorsque la récolte est faite, donner une partie au propriétaire de la terre et conserver pour son propre compte l’autre partie de la récolte.

Le 23 juin 1956, par la loi n° 56-619 dite « Loicadre Defferre », la France décide d’offrir plus d’autonomie à ses colonies d’Afrique noire en leur permettant d’avoir des Conseils de gouvernement et un collège unique.

La « Loicadre Defferre »présentée à l’Assemblée nationale par Gaston Paul Charles Defferre est défendue par le Président ivoirien Félix Houphouët-Boigny.

Nicolas Grunizky et Antoine Méatchi crient victoire et le
30 août 1956, la République autonome du Togo-Français est proclamée.

La division « Togo-Français » et « Togo-Britannique » est définitivement consommée avec la naissance de la République autonome du Togo-Français.

Le 10 septembre 1956, Nicolas Grunitzky est investi Premier ministre et forme le premier gouvernement autonome du « Togo-Français ».

Nicolas Grunitzky est installé le 18 septembre 1956 par le ministre de la France d’Outre-Mer.

L’autre partie du Togo, le « Togo-Britannique » est annexé au Ghana le6 mars 1957.

Sylvanus Olympio est très en colère de perdre une partie du territoire togolais et cette annexion provoque une grande tension entre le Premier ministre ghanéen, Kwame NKrumah et le togolais Sylvanus Olympio.

Les élections législatives pour la désignation d’une nouvelle assemblée pour affranchir le « Togo-Français » de sa tutelle française sont programmées pour le 27 avril 1958 mais, estimant que la France est capable d’organiser des fraudes, les indépendantistes exigent que les opérations soient supervisées par l’ONU.

La requête est acceptée et une mission de l’ONU conduite par l’Hawaïen Max Dorsinville est dépêchée au Togo.

Déchu de ses droits civiques, Sylvanus Olympio ne peut prendre part à ces élections mais les indépendantistes ou « Ablodé », rassemblés autour du CUT remportent ces élections avec
33 sièges sur les 46 à pourvoir.

« Ablodé », sur la base des recherches de l’historien togolais Godwin Tété, membre de l’Alliance Nationale pour le Changement » (ANC), a pour synonyme, les mots : Indépendance ; Liberté ; Libération ; Affranchissement (d’un esclave) ; Délivrance ; Paix ;Tranquillité ; Démocratie ; Auto-détermination ; Etat de droit ; Droit de l’homme ; Souveraineté ; Dignité…

Ce mot, de l’ethnie Ewé, a été prononcé pour la première fois par le Révérend Pasteur Samuel Ataklo qui officiait à la Mission Protestante de Lomé et, expliqué aux colons, il a provoqué le courroux de l’Administration coloniale.

Après avoir remporté les élections législatives, le pouvoir colonial accorde l’amnistie à Sylvanus Olympio et lui restitue ses droits civiques.

Le 16 mai 1958, Sylvanus Olympio est proclamé Premier ministre de la République du Togo, à la place de Nicolas Grunitzky.

Sylvanus Olympio se rend en France en 1958 pour rencontrer le Général de Gaulle et à la suite des échanges, la France informe le nouveau Premier ministre que les dépenses de sa tutelle pendant la colonisation s’élève à 800 millions de Francs (800.000.000 F) CFA.

Surpris par cette annonce, Sylvanus Olympio reporte la proclamation de l’indépendance de son pays de deux (2) ans, le temps de rembourser la dette de la France car, pour lui, un Etat endetté ne peut être libre.

Le 15 novembre 1959, pour les élections municipales, le CUT remporte 136 sièges sur 160 et Sylvanus Olympio est élu maire de la ville de Lomé.

Le 27 avril 1960, à minuit, Sylvanus OLYMPIO proclame l’indépendance du Togo et tient ce discours :

« Sentinelle, que dis-tu de la nuit ?

La nuit est longue mais le jour vient !

Excellences, Mesdames, Messieurs,

Le grand jour tant souhaité est enfin arrivé.

Notre pays, le cher Togo qui, depuis 1884, a été successivement protectorat allemand,

Condominium franco-britannique,

Territoire sous tutelle de la France

Retrouve, en ce jour du 27 avril 1960, sa liberté d’antan.» (Voir en fin de page).

Le premier Président du Togo ne souhaite pas rompre brutalement les liens avec la France comme l’avait fait le Président guinéen Sékou Touré. Il dit donc à l’AFP en mai 1960 : « Je vais faire mon possible pour que mon pays se passe de la France.»

Aux élections présidentielles du 9 avril 1961, Sylvanus Olympio est élu premier Président de la République du Togo avec 560.938 voix sur 564.617 votants, soit 97 % des suffrages exprimés.

Nicolas Grunitzky du PTP et Antoine Méatchi de l’UCPN prennent la route de l’exil.

Au pouvoir, Sylvanus Olympio demande à la société minière, exploitante du phosphate du Togo de revoir le contrat pour que le Togo tire profit de l’exploitation de ce produit.

La démarche du Président togolais ne plaît pas aux actionnaires de cette société Occidentale et lorsque Sylvanus Olympio sollicite les autorités françaises pour la construction d’un port à Lomé, elles refusent, sous prétexte qu’un port est en construction au Dahomey appelé aujourd’hui Bénin, Etat voisin au Togo.

Sylvanus Olympio se tourne vers l’Allemagne qui accepte de lui prêter des millions de Deutsche Mark et, bon économiste, il gère convenablement le budget de son pays.

Il limite les aides extérieures et parvient, en 1960, à équilibrer les budgets déficitaires.

Avec ses attributions de ministre des Finances et ses connaissances en économie, Sylvanus Olympio réprime le gaspillage des ressources de l’Etat et, pour montrer l’exemple, il vit modestement et se promène quelquefois à vélo dans les rues de la capitale togolaise.

La politique d’austérité ne plaît pas à certains togolais mais le Président poursuit ses réformes puisque, pour lui, le Togo doit mobiliser sa propre épargne et non s’endetter continuellement.

Pour le Président Sylvanus Olympio, la fin de la soumission de son pays à la France passe par l’acquisition de son indépendance économique.

Ainsi, il juge que l’endettement oblige les dirigeants africains à se plier au diktat des Occidentaux.

Il diversifie les sources d’enrichissement et à une allocution à la nation de 1961, le Président Sylvanus Olympio est heureux d’annoncer au peuple togolais, la participation du Togo, au capital social de la « Compagnie Togolaise des Mines du Bénin » (CTMB) à hauteur de 20 %.

L’autre grand projet du Président Sylvanus Olympio est de mettre un terme à l’utilisation du Franc CFA au Togo.

Dès lors, sur leurs médias Occidentaux, les autorités françaises traitent le Président Sylvanus Olympio de tyran, de dictateur qui torture ses opposants et est qualifié de tribaliste qui déteste les Kabyè ; Ethnie basée au Nord du Togo.

Le 30 janvier 1962, un conflit éclate entre le CUT et la Juvento et le Président dissout ce mouvement, chasse du gouvernement ses membres et arrête, à Mango, dans la région des savanes, quelques partisans du Juvento.

Le président Sylvanus Olympio part le 22 mars 1962 aux Etats-Unis d’Amérique et rencontre le Président américain John F. Kennedy

Le Président togolais se trouve confronté aux démobilisés de la guerre d’Algérie mis à la disposition de leurs pays respectifs en 1962 et à l’annonce de cette nouvelle, il avait confié à son gendre : « C’est une bonne chose, mais je crains fort que les troupes africaines qui seront démobilisées ne viennent semer le trouble dans nos pays. »

Les craintes du Président se concrétisent lorsque certains de ces soldats togolais démobilisés dont le Sergent Gnassingbé Eyadéma appelés tous « Demi-soldes » émettent le souhait d’intégrer l’armée du Togo.

Le Président Sylvanus Olympio refuse et estime qu’il n’est pas nécessaire de doubler l’effectif de l’armée du Togo ; Un jeune Etat de deux (2) ans d’indépendance seulement.

De ce fait, l’Etat togolais ne peut se permettre de payer tous ces démobilisés.

Pour le Président, ces soldats démobilisés qui ont reçu des indemnités de la France pour leur participation à la guerre d’Algérie peuvent investir leur argent dans des activités productrices de développement.

Les soldats campent sur leur position et exigent d’être intégrés dans l’armée togolaise.

L’ambassadeur de France au Togo, Henri Mazoyer, se propose de régler le conflit et entreprend des négociations.

Henri Mazoyer devient l’intermédiaire entre le Président Sylvanus Olympio et les « Demi-soldes » installés provisoirement à Cotonou au Bénin et à Niamey au Niger.

Par l’entremise d’un combattant démobilisé, Emmanuel Bodjolle qui a choisi d’acheter un taxi, pour le transport Lomé-Cotonou, l’ambassadeur de France communique avec les« Demi-soldes ».

Il leur fait donc parvenir la décision de Président togolais de ne pas les intégrer à l’armée togolaise ; Ceci quelques jours avant l’inauguration du Centre culturel français.

La tension devient palpable au Togo en ce mois de janvier 1963 et beaucoup de togolais chuchotent déjà un coup d’Etat en préparation.

Le Président Sylvanus Olympio qui soupçonne l’ambassadeur de France d’être du côté des « Demi-soldes », ne se rend pas à l’inauguration du Centre culturel français.

De plus, il est certain que la France cherche à le tuer étant donné qu’il a en projet de créer une nouvelle monnaie au Togo, à la place du Franc CFA.

Le Président togolais a lancé effectivement un appel d’offre d’émission de la monnaie togolaise et qui a été remporté par l’Angleterre.

Sylvanus Olympio a fait garantir la nouvelle monnaie par l’Allemagne afin de couper tout lien avec la France.

Deux (2) jours avant la signature de l’Accord de rupture avec la banque de France fixée au mardi 15 janvier 1963, le dimanche 13 janvier 1963, le Président de la République du Togo, Sylvanus Olympio est assassiné.

L’assassinat du Président togolais en 1963 est le premier coup d’Etat militaire en Afrique noire.

Le 14 Janvier 1963, le Président américain, John F. Kennedy déclare: « L’assassinat tragique du Président Olympio est un coup porté au progrès pour la stabilité des gouvernements en Afrique. C’est aussi une perte non seulement pour son propre pays, mais aussi pour tous ceux qui l’ont connu ici aux Etats-Unis. Sa visite, en mars 1962, a été utile pour accroître notre compréhension des problèmes de l’Afrique et de ses aspirations. Son rôle positif, en favorisant la coopération entre les pays anglophones et francophones a aidé à promouvoir la paix et le progrès en Afrique. Son jugement sage et ses qualités d’homme d’Etat seront regrettés par toutes les nations qui chérissent les valeurs humaines et les idéaux. »

Cependant, le 22 novembre 1963, soit onze (11) mois seulement après la mort de Sylvanus Olympio, le Président américain John F. Kennedy est lui-même assassiné.

La France est accusée d’avoir commandité la mort du Président Sylvanus Olympio mais l’un des putschistes, l’Adjudant-chef Emmanuel Bodjollé, chef d’Etat-major âgé de trente-cinq (35) ans et ancien intermédiaire entre l’ambassadeur de France et les « Demi-soldes »dit : « Pourquoi incriminer la France dans une affaire visiblement afro-africaine? »

Des personnes affirment que le projet de l’assassinat du Président amûribien avant le samedi 12 janvier 1963.

Pour les faits, ce samedi 12 janvier 1963, jour de l’attaque de la résidence du Président Sylvanus Olympio, aux environs de 23 heures, six (6) militaires dont l’Adjudant-chef Emmanuel Bodjollé et le Sergent Gnassingbé Eyadéma discutaient avec les deux (2) policiers qui gardaient la résidence du Président Sylvanus Olympio.

Le Président togolais en a profité, pour enfiler un bermuda et une chemise beiges.

Il est descendu sans chaussures au-rez-de-chaussée, est sorti par la fenêtre, traversé le jardin et escaladé le mur qui sépare sa résidence à celle de l’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique.

Les assaillants ont enfoncé le portail, tenu en respect l’épouse du Président Dinah Olympio, les enfants et les domestiques, tiré partout sur les meubles et demandé où se trouvait le Président.

Dinah Olympio avait répondu : « Il est descendu depuis plus d’une heure. J’ignore où il se trouve »

Les fouilles des « Demi-soldes » n’ayant rien donné, certains soldats, sont retournés à leur base après avoir volé tous les objets de valeur.

Très tôt le matin du dimanche 13 janvier 1963, terrifié par l’absence du Président à sa résidence au cas où le coup d’Etat échoue, le Sergent Gnassingbé Eyadéma encore au sein de la résidence du Président a téléphoné à une tierce personne, en présence de Dinah Olympio et ses enfants et a dit : « Allo Monsieur
Mazoyer ? Nous sommes chez lui. Il a disparu. »

Aussitôt, l’ambassadeur de France au Togo a appelé son homologue américain, Léon Poullada pour vérifier si le Président Sylvanus Olympio ne se serait pas caché dans l’enceinte de son ambassade puisque que la résidence du Président togolais et l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique ont un mur mitoyen.

La fille du Président togolais, Sofia Olympio indique qu’à 3H30 du matin, le téléphone avait sonné à la résidence de l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique.

A la suite de l’appel de l’ambassadeur de France,l’ambassadeur américain a quitté précipitamment en voiture sa résidence en située à trois (3) kilomètres de l’ambassade et à son arrivée, il est tombé nez-à-nez avec des putschistes togolais ivres et drogués qui l’ont menacé mais l’ambassadeur s’est frayé un chemin pour pénétrer dans l’enceinte de son ambassade, juste gardé par un veilleur de nuit.

De sa cachette, Sylvanus Olympio qui a reconnu l’ambassadeur américain l’a interpelé doucement et lui a expliqué la tentative d’assassinat dont il fait l’objet.

Léon Poullada, l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique lui a demandé de patienter, le temps pour lui d’ouvrir les portes de l’ambassade.

Une fois à l’intérieur du bâtiment, l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique Léon Poullada a téléphoné à l’ambassadeur de France Henri Mazoyer pour lui raconter la tentative d’assassinat du Président Sylvanus Olympio et lui a indiqué la cachette du Président togolais.

L’ambassadeur de France Henri Mazoyer aurait dit à l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique de lui remettre Sylvanus Olympio et de « se tenir hors du coup ».

L’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique n’a plus agi et est reste caché dans le bâtiment.

La fille du Président togolais, Sofia Olympio affirme que l’ambassadeur américain était mort de peur.

En 1964, le fils de Sylvanus Olympio, Gilchrist Olympio a été reçu pendant
trois (3) heures à Washington par Léon Poullada qui a quitté le département d’Etat traumatisé, selon certaines personnes.

L’ancien ambassadeur lui a confié que c’était l’ambassadeur de France, Henri Mazoyer, qui l’avait prévenu cette nuit-là qu’un coup d’Etat était en cours et que le Président s’était peut-être réfugié dans son ambassade.

A 6H40, Léon Poullada dit avoir appelé au téléphone le Vice-consul nommé Richard L. Storch qui habitait en face de l’ambassade afin qu’il surveille, à partir de chez lui, tout ce qui se passe dehors.

Richard L. Storch dit avoir vu des hommes armés faire des va-et-vient et à 7H10, il a aperçu un civil en short et pieds nus au milieu des putschistes, certainement le Président Sylvanus Olympio.

A 7H15, lorsqu’il s’est déplacé pour se servir un café, il a entendu trois (3) détonations, à intervalles réguliers et a dit le lendemain dans son rapport : « Des coups de feu trop espacés pour être des tirs contre un homme en fuite ».

Du coin de la rue, l’épouse de Sylvanus Olympio a surgit et a dit : « (je) trouvai mon mari gisant au sol, criblé de balles et mutilé à coups de baïonnette. Me voyant arriver, les militaires se sauvèrent. Une Française qui avait suivi la scène vint me raccompagner à mon domicile. Ainsi mourut mon mari. Jusqu’à l’ultime instant de son existence, il n’a jamais fait preuve de violence ; c’est ainsi que je l’ai vu mourir en homme digne et courageux, rendant son dernier soupir pour un pays dont il avait toujours été fier et qu’il aimait de toute la force de son âme. »

Une autre version indique que : « Quelques minutes après les échanges d’appels entre les ambassadeurs, des soldats ont pénétré dans l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique, au Togo, et ont fait sortir Sylvanus Olympio de sa cachette et transporté dans une jeep au camp du Régiment inter-armés français dirigé par le Commandant de gendarmerie, Georges Maîtrier.Gnassingbé Eyadéma a demandé à un soldat de tuer le Président installé sous un arbre mais ce soldat nommé Kara, a tiré vers les pieds du prisonnier sans le toucher. Fâché, Gnassingbé Eyadéma s’est lui-même saisi du fusil-mitrailleur et a tiré à bout portant, deux balles dans sa poitrine et une dans son abdomen.Ensuite, il a sorti un couteau de sa poche, coupé les veines du Président et, avec la baïonnette de l’arme, lui a tailladé la cuisse gauche. Laissé au sol, le Président Sylvanus Olympio a agonisé pendant de bonnes heures, s’est vidé de son sang avant de mourir. »

Dans tous les cas,le Président Sylvanus Olympioest déclaré mortaux environs de 7H30 alors que la Radio France Internationale (RFI) avait déjà annoncé sa mort à 06 h du matin.

Gnassingbé Eyadéma aurait été récompensé par le pouvoir colonial avec la somme de trois cents mille Francs (300.000 F) CFA.

Ilaurait raconté l’assassinat du Président à ses camarades et aurait dit : « C’est comme ça que je faisais en Algérie pour m’assurer que mes victimes étaient bien mortes ».

Devant les reporters des magazines et journaux, « Time Magazine », « Le Figaro », « Le Monde » et « Paris Match », Gnassingbé Eyadéma a dit, avant de se rétracter : « Je l’ai descendu parce qu’il ne voulait pas
avancer ».

Le 15 janvier 1963, Gnassingbé Eyadéma raconte les faits à deux journalistes, le nommé Chauvel du journal « Le Figaro » et Pendergast de « Time-Life » : « A l’aube, nous sommes allés vers le parking de l’ambassade américaine. L’homme, tout sali, était blotti sous le volant d’une Plymouth de l’ambassade, garée là. On lui a dit : « Nous t’avons repéré, sors de là ! ». Olympio a répliqué : « D’accord, j’arrive. Où m’emmenez-vous ? » – « Au camp militaire », avons-nous répondu. Il est descendu de la voiture et a marché vers le portail de l’ambassade. Là, il s’est arrêté (réalisant sans doute que, s’il continuait, il perdait toute protection diplomatique), et nous a dit qu’il ne voulait pas aller plus loin. Je décidai : c’est un homme important, et il pourrait y avoir des manifestations de foule s’il restait ici. Aussi, je l’ai descendu. »

Cette version est rejetée en bloc par d’autres personnes qui affirment que : « Gnassingbé Eyadéma se serait confié à des proches en disant avoir reçu la somme de 300.000 FCFA pour avouer un crime qu’il n’a pas commis.Ainsi, le Sergent-chef Gnassingbé Eyadéma n’était pas sur les lieux du crime et c’est plutôt le gendarme français, Georges Maîtrier et conseiller du Président Sylvanus Olympio qui lui a tiré deux balles ; L’une dans sa poitrine et l’autre balle dans son bassin. Lorsque le Président togolais s’est écroulé, un soldat togolais a sectionné les veines de ses mains et de sa cuisse droite.Ce jour-là, samedi 12 janvier 1963, il y avait,  autour de la résidence du Président togolais, les soldats Emmanuel Bodjollé, Janvier Chango, Robert Adéwui et le soldat français en question, Georges Maîtrier. Sur le champ, l’arme du crime est enterrée dans le jardin de l’ambassade en France au Togo puis transférée en France. »

Le PrésidentSylvanus Olympio assassiné, les soldats démobilisés font appel à Nicolas Grunitzky en exil pour prendre les règnes du pouvoir.

Le mardi 15 avril 1963, Sylvanus Olympio est inhumé à Agoué dans sa ville natale.

Dans une interview accordée le 16 avril 1963 à la Radio togolaise, Nicolas Grunitzky déclare : « Personne ne voulait tuer le président (Sylvanus Olympio). C’est un accident. »

Jacques Foccard ou « Monsieur Afrique » dit : « Avec lui (Sylvanus Olympio), mes relations n’ont jamais été cordiales comme celles que j’entretenais avec Nicolas Grunitzky »

Le 13 janvier 1967, Gnassingbé Eyadéma fait un coup d’Etat et chasse Nicolas Grunitzky du pouvoir qui s’exile à nouveau.

Le 27 septembre 1969,Nicolas Grunitzky meurt à Paris dans un accident de la circulation.

Au pouvoir, Gnassingbé Eyadéma, proche des français, instaure un régime dictatorial pendant trente sept (37) ans, sans être inquiété.

Pour contenir la révolte de la population d’Agoué après l’assassinat du Président Sylvanus Olympio, le Président Gnassingbé Eyadéma,habilement et secrètement, avance sa frontière vers une autre ville togolaise appelée Hilacondji.

Par cet acte, le Président togolais Gnassingbé Eyadéma pour des raisons personnelles, lie gratuitement un ban de son territoire à l’Etat voisin, le Bénin.

La ville d’Agouédevient ainsi une ville du Bénin.

La dépouille du Président Sylvanus Olympio se trouve donc à cette date sur le territoire béninois et son fils, Gilchrist Olympio dit : « Nous n’avons jamais dit que le corps de mon père serait transféré quelque part. Nous ne croyons pas que cette question est si importante. Il y a des gens qui sont enterrés à des milliers de kilomètres de leur pays mais l’essentiel c’est leur esprit et âme qui veillent sur le pays. Cela fait partie des sujets sur lesquels on a eu à échanger plusieurs fois. Mais, personnellement, ce n’est pas un problème. Le corps et l’âme de Sylvanus Olympio se trouvent au Bénin, non loin de Lomé en paix.

Bon ! Nous sommes contents, les Béninois aussi sont contents de l’avoir sur leur territoire, alors nous préférons le garder ici pour le moment (…) Peut-être nos progénitures pourront en débattre autrement mais déplacer le corps d’un lieu à un autre, ce n’est pas d’actualité pour le moment.»

Le 5 février 2005, à bord de l’avion qui le transporte en France, pour des soins, Gnassingbé Eyadéma décède.

Le 20 septembre 1964, environ vingt (20) mois après la mort de son mari, Dinah Olympio toujours affectée, décède à Cotonou au Bénin.

Dinah Olympioest enterrée aux côtés de Sylvanus Olympio à Agoué au Bénin.

DISCOURS TENU PAR LE PRESIDENT
SYLVANUS OLYMPIO27 AVRIL 1960, JOUR DE L’IDEPENDANCE DU TOGO :

« LA NUIT EST LONGUE, MAIS LE JOUR VIENT», REPOND LA SENTINELLE »

Excellences, Mesdames, Messieurs,

Le grand jour tant souhaité est enfin arrivé!

Notre pays, le TOGO qui, depuis 1884, a été successivement Protectorat allemand,

Condominium franco-britannique,

Territoire sous tutelle de la France,

Retrouve en ce jour du 27 avril 1960 sa liberté d’antan.

De ce moment et à jamais,

Affranchi de toute sujétion, de toute entrave,

Maître de ton destin,

TOGO, mon pays, te voilà libre enfin,

Libre d’être toi-même,

De suivre tes idées et tes inclinations,

De choisir selon ta raison et tes sentiments,

De décider d’après ta propre volonté,

Libre enfin,

Dans la dignité retrouvée,

De prouver et d’affirmer ta personnalité.

Notre joie est profonde, immense.

Si profonde qu’elle ne peut s’empêcher d’être grande aussi.

Le jour est venu, mais la nuit a été longue.

Tant d’années avant d’avoir pu être compris,

Tant d’espoirs pour rester ferme tout au long de cette route semée de déceptions,

Tant de volonté pour connaître enfin cette heure que nous ne saurions vivre avec légèreté.

Mais le jeune Togo est là,

Fier de sa force, impatient d’entrer dans l’arène.

Il porte sur le front l’orgueil d’un peuple libre

Et son cœur ardent s’emplit d’enthousiasme devant la tâche,

Certes rude mais combien exaltante, qui lui est offerte.

Que sa joie éclate!

Que dans tout le pays,

Nul autre sentiment ne partage les cœurs afin que cet instant, Unique dans la vie d’une nation,

Reste pur dans le souvenir de ceux qui l’auront vécu.

Instant historique aussi.

A ce lieu,

En ce jour,

A cette heure,

Au nom du peuple togolais,

Je proclame solennellement l’Indépendance du TOGO,

Notre patrie.

Et maintenant, Togolais et Togolaises,

Allons, comme l’hymne national nous y convie,

Allons tous ensemble bâtir la cité.