RUDOLF DUALA MANGA BELL DU CAMEROUN

Le Cameroun est un Etat situé en Afrique centrale qui partage ses frontières avec le Nigéria à l’Ouest, le Tchad au Nord, la Centrafrique à l’Est et au Sud le Gabon, la Guinée équatoriale et la RDC.

C’est au Cameroun qu’est né, en 1872, Rudolf Duala  Manga Bell ; Fils aîné d’Auguste Manga N’doumbé, Chef supérieur des Bell de 1897 à 1908 et petit-fils de N’doumbé Lobé, Chef supérieur des Bell de 1858 à 1897.

La dynastie des Bell regroupe les Bonamandone, les Bonapriso et les Bonadoumbé, tous propriétaires du Plateau Joss de Douala.

En 1845, des missionnaires baptistes de nationalité britannique s’installent au Cameroun pour pratiquer leur commerce et mettre fin à l’esclavage.

En 1868, le marchand allemand de Hambourg, Woerman ouvre un comptoir aux environs de Douala.

Avec les guerres internes entre les Chefs de tribu du Cameroun, le Chef des Akwa nommé Dika Mpondo Akwa adresse un courrier à la Reine d’Angleterre le 7 août 1879 pour prier celle-ci de faire appliquer les lois anglaises à son territoire.

Le 8 mars 1881, le Chef de tribu des Bell adresse également un courrier à la Reine d’Angleterre pour la même raison et le 6 novembre 1881, les deux Chefs de tribus écrivent une lettre commune à la Reine d’Angleterre pour demander un transfert de souveraineté à la Grande-Bretagne tout en précisant dans leur courrier la préservation de leurs pouvoirs personnels.

Les Chefs de tribus soulignent qu’ils ne veulent ni d’une annexion, ni d’une colonisation.

Le Consul britannique Hewett ne se prononce pas immédiatement et des allemands, propriétaires des entreprises commerciales Woermann, Jantzen et Thormählen qui tiennent une grande partie du commerce au Cameroun parviennent à convaincre le Chancelier Bismarck de signer le Traité de protectorat.

Opposé au système colonial au départ, le Chancelier allemand est contraint de céder, sous la pression de ses compatriotes marchands et il charge le Dr Gustav Nachtigal, connaisseur de l’Afrique d’aller négocier le transfert de souveraineté au nom du Reich allemand et accepter toutes les conditions des camerounais.

En réalité, les allemands veulent obtenir ce Traité de protectorat pour le brandir à la Conférence internationale de Berlin sur le partage de l’Afrique prévu de novembre 1884 à février 1885.

Pour pousser les allemands à respecter le Traité à venir, les Chefs de tribu demandent, le 12 juillet 1884 à l’Allemagne représentée par le Consul impérial allemand Emil Schulze de signer un engagement écrit appelé « Wünsche der Kamerunleute » ou « Souhaits des camerounais » (Voir page 21).

A la suite de la signature du « Wünsche der Kamerunleute », le même jour du 12 juillet 1884, sur le bateau de guerre allemand « Möwe », les Chefs supérieurs des Akwa, des Bell et des Deido signent le Traité appelé « Traité Germano-Douala » (Voir page 22).

Le drapeau allemand est aussitôt hissé sur le Cameroun qui devient Kamerun et ensuite Douala.

D’autres sources indiquent que le « Traité Germano-Douala » a été signé par le Chef supérieur de la tribu des Akwa uniquement.

Lock Priso, Chef de Tribu de Bonabéri qui considère ce Traité comme « une escroquerie monnayée » refuse de le signer.

Ainsi , lorsque les allemands hissent leur drapeau sur Bonabéri, il le fait descendre et écrit au Consul allemand Emil Schulze en ces termes : « Je vous prie de descendre ce drapeau, personne ne nous a achetés, vous vouliez nous corrompre par beaucoup d’argent, nous avons refusé, je vous prie de nous laisser notre liberté et de ne pas apporter du désordre chez nous. »

Pour le sanctionner, le 20 décembre 1884, le Contre-amiral allemand Knorr se déplace jusqu’au Kamerun avec des bateaux de guerre « Bismarck » et « Olga » et fait débarquer 331 soldats super-armés.
Du 20 au 22 décembre 1884, le Bateau « Olga » bombarde Bonabéri et Bonapriso et les marins allemands brûlent la ville côtière de Hickory Town de la région de Bonabéri.

Les assaillants allemands volent la proue princière qu’ils conservent à ce jour au musée ethnographique de Munich, en Allemagne.

Rudolf Duala Manga Bell de son côté, après avoir fait une partie de ses études secondaires à Douala, part en Allemagne en 1891 et s’inscrit au Lycée d’Aalen puis à la Faculté de Droit de l’université de Bonn où il obtient sa Licence.

En 1896, il retourne au Kamerunet avec son diplôme et intègre l’administration judiciaire allemande.

Le 15 juillet 1896, en violation du Traité de protectorat, les autorités allemandes signent une Ordonnance qui fait du Kamerun, une terre de la couronne.

Auguste Manga N’doumbé, le père de Rudolf Duala Manga Bell devient Chef supérieur des Bell après le décès de son père.

En décembre 1896, Rudolf Duala Manga Bell épouse une jeune métisse nommée Engome, fille d’un anglais du nom de Dayas. Il naît de cette union Alexander Ndoumbe Douala Manga Bell en 1897.

En juillet 1902, les Chefs de tribu organisent une collecte populaire de fonds d’un demi-mark auprès de tous les adultes valides afin d’assurer les frais de voyage en Allemagne d’une délégation chargée de remettre une pétition à l’Empereur allemand, Guillaume II ; Pétition qui dénonce le traitement infligé aux noirs des colonies.

La délégation comprend le Chef supérieur des Bell, Manga N’doumbé et son notable Eyuma’a Njembélé ; le Chef supérieur des Akwa, Dika Mpondo Akwa, son fils Mpondo Akwa qui est aussi son Conseiller et le notable Mukudi Muangué de Bonakuamuang et enfin le Chef supérieur des Deido nommé Epée Ekwalla et son notable Dikongué Môni de Bonamuduru.

Après leur mission en Allemagne, tous les membres de la délégation retournent au Kamerun, à l’exception de Mpondo Akwa qui prolonge son voyage pour appuyer les doléances faîtes.

Au Kamerun, la population téléguidée par Mpondo Akwa, remet une autre pétition aux autorités allemandes pour le respect des dispositions du Traité de 1884.

Le comportement raciste du Gouverneur-Général, Jesko Albert Eugen Von Puttkamer, représentant du Reichet de Von Brauchitsch, Conseiller du gouverneur-Général et chef de la circonscription de Douala, est dénoncé.

En 1901, Buéa devient la capitale du Kamerun à la place de Douala.

Le gouverneur-Général Jesko Albert Eugen Von Puttkamer bien que fils du ministre d’Etat du Chancelier Bismarck et neveu du ministre de la guerre Von Papen est immédiatement rappelé en Allemagne.

Von Brauchitsch est, quant à lui, condamné à payer une amende de 1.000 marks.

Avec ces sanctions considérées comme des humiliations par la communauté allemande, l’animosité s’installe entre les colons et la population de Douala et Mpondo Akwa, parti en Allemagne pour faire entendre la voix des camerounais est conseillé par ses amis allemands de rester en Allemagne pour ne pas se faire arrêter au Kamerun.

Le 14 février 1903, une Ordonnance pour légaliser l’expropriation des terres du Kamerun pour cause d’utilité publique est signée et les camerounais jugent que le Traité signé en 1884 a une nouvelle fois été violé.

Le 9 mai 1907, Théodor Seitz est nommé Gouverneur impérial de Douala et un an après, en 1908, Rudolf Duala Manga Bell devient Chef supérieur des Bell, le 12ème de la dynastie des Bell à la suite du décès de son père.

Théodor Seitz, élabore, en 1910, un projet d’urbanisation appelé « Gross Duala » ; Projet par lequel les habitants de la zone d’intervention c’est-à-dire le « Plateau Joss » seront chassés.

Le Gouverneur Théodor Seitz souhaite faire du « Plateau Joss », un territoire réservé en grande partie aux allemands et l’un des plus grands ports d’Afrique pour le compte de l’Allemagne.

Ainsi, il y aura trois zones ; Une zone pour les services publics et les résidences des européens, une zone réservée à la population de Duala avec les quartiers New Deido, New Akwa et New Bell et une zone pour la barrière d’un kilomètre de large, qui séparerait la partie européenne, déjà interdite aux noirs, de la partie des Duala.

En réalité, le médecin du Gouverneur impérial, le Docteur Ziemann a dit au Gouverneur que 72 % des Duala ont la malaria et les éloigner serait la meilleure des solutions.

Le Chef supérieur des Bell dénonce le caractère raciste de ce projet qui ressemble, selon lui, à de l’apartheid et il dit : « Nous commençons par nier le besoin de créer une ville européenne et une ville purement indigène. La conception selon laquelle ces deux aménagements sont nécessaires n’est soutenue ni par les colons commerçants, les missionnaires…le gouvernement mis à part, plus précisément une partie de ses fonctionnaires, ni par tous les indigènes. En outre, l’assainissement de Douala n’exige pas une séparation spatiale aussi vaste de ses quartiers. »

Il ne manque pas de rappeler le non respect des clauses du traité du 12 juillet 1884 qui ne prévoient pas de telles entreprises mais les colons ne prennent pas en considération ses remarques et poursuivent la réalisation de leur projet.

Pour se faire entendre et amener les allemands à renoncer à cette expropriation, Rudolf Duala Manga Bell contacte ses amis journalistes et avocats basés en Allemagne.

Il dépêche son Secrétaire et cousin, Adolf Ngosso Din, en Allemagne pour soulever un sentiment d’indignation des européens.

Le jeune Adolf Ngosso Din, à peine âgée de trente (30) ans embarque clandestinement dans un bateau à partir de Tiko pour l’Allemagne.

Arrivé à destination, en Allemagne, il travaille aussitôt avec les avocats allemands Halpert et Gerlach.

A la suite des ces rencontres, les députés du Parlement allemand, le Reichtag, interpellent le gouvernement sur la manière dont il gère le protectorat exercé sur le Kamerun et fait cas de l’expropriation en cours.

La presse allemande dévoile l’injustice qui se déroule au Kamerun.

D’autres émissaires sont envoyés en France et dans différents Etats européens pour susciter plus de soutiens.

Le 28 août 1910, le Gouverneur Théodor Seitz est remplacé par le Gouverneur Otto Gleim.

En 1911, lorsque Mpondo Akwa rejoint son pays, il est accusé d’avoir tenu des propos anti-allemands et est déporté à Banyo puis à Ngaoundéré et, alors que détenu, il est autorisé sous belle escorte à nager dans la rivière voisine depuis des années, il est fusillé parce qu’il aurait, selon les colons, tenté de s’évader.

La vérité sur la mort de Mpondo Akwa reste cachée longtemps avant que les investigations de la famille ne dévoilent la réalité des faits.

Le projet d’urbanisation prend forme en 1913 et les habitants du « Plateau de Joss », du clan Bell, actuel quartier Bonanjo se voient notifier l’Arrêté du Chef de District local (Voir page 24).

Le 4 août 1913, après avoir été informés des démarches de Rudolf Duala Manga Bell qui visent à saper le projet d’expropriation, les colons le relèvent provisoirement de ses fonctions de Chef supérieur et le privent de sa pension annuelle de 3.000 Marks ou 1.533 Euros ou un million 6 mille
238 Francs CFA.

Rudolf Duala Manga Bell poursuit son combat et élabore « un Plan B » qui consiste à organiser une rébellion contre les allemands.

Discrètement, Duala Manga transmet son plan aux autres Chefs de tribus, notamment les Chefs de Baham, de Bali, de Bamoun (ou Foumban), de Banyo, de Kribi, de Dschang, de Ngaoundéré, de Yabassi, d’Ebolowa, de Yaoundé.

Lorsque le Chef de Tribu de Bamoun, le Sultan Ibrahim Njoya reçoit le messager du Chef Bell par l’intermédiaire de son envoyé Ndane, il fait parvenir à son tour, par ses propres messagers, ce mot au Chef des Bell : « Les Allemands sont mes pères, et lui est comme mon frère, comment dès lors pourrais-je entrer en guerre contre eux ? »

Le Sultan Ibrahim Njoya arrête l’envoyé de Rudolf Duala Manga Bell, le livre aux allemands et remet le courrier du Chef Rudolf Duala Manga Bell à un ecclésiaste allemand qui le communique à l’Administration allemande.

Le 10 mai 1914, le Secrétaire d’Etat allemand Wilhelm Heinrich Solf donne l’ordre à ses gardes d’arrêter Rudolf Duala Manga Bell.

Aussitôt arrêté, il est inculpé de formation de rébellion.

Quatre (4) jours après, le 15 mai 1914, Adolf Ngosso Din est arrêté à son tour en Allemagne et ramené à Douala le
24 mai 1914.

Le vendredi 7 août 1914, à 20 heures, la Cour dirigée par le juge allemand Niedermeryer, déclare Duala Manga Bell coupable de Haute trahison et le condamne à la peine de mort par pendaison.

Maître Tilg, l’avocat de nationalité allemande de Duala Manga Bell et Adolf Ngosso Din est expulsé du Kamerun et est porté disparu par la suite.

Avant sa pendaison, Duala Manga Bell est libéré pour faire ses adieux à sa famille et en homme digne, il revient pour se constituer prisonnier.

Le samedi 8 août 1914, à 16 heures, Duala Manga Bell et son Secrétaire NAdolf Ngosso Din sont pendus et enterrés tous les deux dans le cimetière indigène Njo Njo.

Duala Manga Bell aurait dit, juste avant sa pendaison : « Vous pendez un innocent, vous me tuez pour rien. Mais les conséquences de cet acte auront une suite mémorable. Maintenant, je quitte les miens ; mais maudits soient les Allemands. Dieu que j’implore, écoute ma dernière volonté : que ce sol ne soit plus jamais foulé par les Allemands »

Le Chef Martin Paul Samba est fusillé à Ebolowa et le chef Henri Madola de Grand Batanga est tué à Kribi.

Les lamibé de Kalfu et de Mindif sont tués ainsi que cinq dignitaires de Maroua.

Arrêté, le Chef de tribu Dika Mpondo Akwa est déporté en Guinée espagnole et, détenu dans des conditions atroces, il meurt le 6 décembre 1916.

Les restes de la dépouille de Rudolf Duala Manga Bell sont transportés en 1935 dans la maison royale de Bonanjo et il est célébré chaque 8 août au Cameroun.

Le 29 décembre 2009, le Prince Kum’a Ndumbe III, professeur des universités, écrivain et petit fils de Lock Priso réclame la proue princière que les allemands ont volé. Il dit : « Moi, le Prince Bele Bele, Kum, fils de Ndumbe III, lui¬-même fils de Kum’a Mbape (Lock Priso), en ce jour du 22 décembre 2009, 125 ans après le dérèglement durable de nos sociétés par les politiques coloniales et néo¬coloniales, je déclare solennellement : « J’exige du gouvernement allemand que le Tangué de mon grand père, Kum’a Mbape, pris comme butin de guerre, me soit restitué, à ma famille et à notre peuple avec dédommagements, comme le prévoient les conventions internationales en vigueur. La paix durable et la réconciliation entre les peuples passent par la réparation des injustices fondamentales. »

« SOUHAITS DES CAMEROUNAIS »

1 – Le monopole commercial restera entre les mains des Camerounais ;

2 – Les Camerounais ne demandent ni protection, ni annexion aux Européens ;

3 – Les Camerounais demandent le respect de leurs coutumes ;

4 – Les terres cultivées sont inaliénables ;

5 – Les Camerounais ne veulent pas de douane (allemande) chez eux – Celle-ci devant rester sous l’autorité des rois ;

6 – Pas d’impôts sur les animaux domestiques ;

7 – Pas de bastonnades ou d’emprisonnement sans faute, surtout pas à propos des transactions de commerce de troc, et ceci sans décision de justice.

TRAITE GERMANO-DOUALA DU 12 JUILLET 1884

Nous soussignés, rois et chefs du territoire nommé Cameroun, situé le long du fleuve Cameroun, entre les fleuves Bimbia au Nord et Kwakwa au Sud, et jusqu’au 4°10′ degré de longitude Nord, avons aujourd’hui, au cours d’une assemblée tenue en la factorerie allemande sur le rivage du roi Akwa, volontairement décidé que :

 Nous abandonnons totalement aujourd’hui nos droits concernant la souveraineté, la législation et l’administration de notre territoire,

 A MM. Edouard Schmidt, agissant pour le compte de la firme C. Woermann, et Johaness Voss, agissant pour le compte de la firme Jantzen et Thormanlen, toutes deux à Hambourg et commerçants depuis des années dans ces fleuves,

 Nous avons transféré nos droits de souveraineté, de législation et d’administration de notre territoire aux firmes susmentionnées avec les réserves suivantes :

Article 1er : Le territoire ne peut être cédé à une tierce personne.

Article 2 : Tous les traités d’amitié et de commerce qui ont été conclus avec d’autres gouvernements étrangers doivent rester pleinement valables.

Article 3 : Les terrains cultivés par nous et les emplacements sur lesquels se trouvent des villages, doivent rester la propriété des possesseurs actuels et de leurs descendants.

Article 4 : Les péages doivent être payés annuellement comme par le passé, aux rois et aux chefs.

Article 5 : Pendant les premiers temps de l’établissement d’une administration ici, nos coutumes locales et nos usages doivent être respectés.

Cameroun, le 12 juillet 1884.

Ont signé : Ed. Woermann Ont signé : Roi Akwa

Témoins : Témoins :

O. Busch David Meato Johannes V j
Endene Akwa King Bell
Ed. Schniidt Joe Garaer
Coffer Angwa Big Jini Akwa
John Angwa William Akwa
Manga Akwa Jirn Joss
Scott Jost Matt Joss
Lorten Akwa David Jo83
Ned Akwa London Bell
Jacco Esqre Elame Joss
Barrow Peter Black Akwa
Lookmgglass Bell.

ARRETE DU CHEF DE DISTRICT LOCAL

ARRETE DU CHEF DE DISTRICT LOCAL DE DOUALA DU 15 JANVIER 1913

1 La surface à exproprier est de 903 hectares.

2 37 terrains sur lesquels sont construites des maisons en dur seront épargnées par l’expropriation à condition que les terrains ne soient ni habités ni utilisés de quelque manière que ce soit par des indigènes.

3 L’expropriation sera achevée en cinq ans maximum.

4 La décision sur l’indemnisation sera prise non pas globalement mais cas par cas.

5 Toute réclamation doit être déposée au plus tard un mois après réception de la décision d’expropriation.